‹ Histoire de FranceChapitre 25 sur 82 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

d'austrasie (687-752).

Origine des Carlovinglen*. — L'empire des Mérovingiens, arrivé à son apogée sous Dagobert, s'était après lui lentement dissous entre les mains incapables des rois fainéants. Mais, au milieu des Francs ripuaires, qui avaient conservé sur les bords du Rhin l'énergie guerrière des premiers conquérants, s'était élevée une famille qui réunissait toutes les conditions requises alors pour exercer une grande influence. Elle avait des biens très-considérables, car on a compté jusqu'à cent vingtrtrois domaines qui lui appartenaient, et elle avait par conséquent une nombreuse clientèle, c'est-à-dire beaucoup de guerriers attachés à sa fortune. Si tous ses membres attiraient sur eux l'attention par leurs richesses et par leur courage, quelques-uns s'étaient signalés par leur sainteté. Trois d'entre eux, Arnulf, Ghrodulf et Drogon occupèrent successivement le siège épiscopal de Metz. Pépin de Landen, fut maire d'Austrasie sous Clotaire II. « Dans tous ses jugements, dit son biographe, Pépin s'étudiait à conformer ses arrêts aux règles de la divine justice et associait à tous ses conseils le

| 1. Ouvrages à consulter la Chronique de Frédégaire , les Annahs QÉginhard.

bienheureux Arnulf, évêque de Metz, qu'il savait être dans la crainte et dans l'amour de Dieu. S'il arrivait que, par ignorance des lettres, il fût moins en état de juger des choses, celui-ci, fidèle interprète de la divine volonté, la lui faisait connaître avec exactitude, car il savait expliquer le sens des saintes Écritures : et, avant d'être évêque, il avait exercé sans reproche les fonctions de maire du palais. Fort d'un pareil appui, Pépin imposait au roi lui-même le frein de l'équité, et l'empêchait d'abuser de la puissance royale. Après la mort d'Arnulf, il s'adjoignit le bienheureux Chunibert, évêque de Cologne. On peut juger de quelle ardeur d'équité était enflammé celui qui donnait à sa conduite des surveillants si diligents et de si incorruptibles arbitres. Il vécut ainsi soigneusement appliqué à la pratique du juste et de l'honnête, et par les conseils des hommes pieux, demeura constant dans l'exercice des saintes œuvres. a>

La femme de Pépin de Landen, Itta, sa fille Gertrude, « l'épouse choisie du roi des anges, » comme dit le vieux chroniqueur, moururent en odeur de sainteté, et Pépin lui-même fut canonisé. Arnulf l'avait été déjà; son petit-fils fut saint Wandrille.

Il n'y a point à s'étonner qu'une si sainte et si puissante maison se fût placée au-dessus de tous les grands d'Austrasie. Ses chefs avaient possédé héréditairement la mairie de ce royaume pendant le septième siècle; d'abord Pépin de Landen et Arnulf, ensuite Grimoald, qui s'était cru assez fort pour mettre son propre fils sur le trône; enfin Pépin d'Hôristal, petit-fils d'Arnulf par son père Anségise, et de Pépin le Vieux, par sa mère Begga. (Landen et Héristal, petites villes aux environs de Liège.)

Sous la conduite de cette famille, qui doit son nom au plus illustre 'de ses membres, Gharlemagne, la nation allait rentrer, après un siècle et demi de guerres civiles, dans la voie des conquêtes. La domination franque croulait de toutes parts, ils la rétabliront: l'autorité royale n'était plus qu'un titre, ils lui rendront sa force. En quelques années ils auront élevé un nouvel empire presque aussi vaste que l'avait été l'empire d'Occident.

La période de deux siècles que cette maison remplit se présente avec trois caractères :

D'abord ce sont les efforts des premiers Garlovingiens pour replacer sous le joug des Francs les peuples qui s'étaient affran-

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chis et sous l'autorité du prince les grands qui comptaient déjà ne plus obéir (687-768).

Viennent ensuite les conquêtes et les essais d'organisation de Charlemagne (768-8 14) : *

Sous ses successeurs, se voient le déchirement de l'empire parla révolte des peuples, la ruine nouvelle de l'autorité royale par les usurpations des leudes, enfin le complet avortement de l'œuvre tentée par les Carlo vingiens (814-887). .

Pépin d'Hérlstal (08y-?14t). — Après sa victoire sur les Neustriens, à Testry, Pépin, dit un chroniqueur, prit le roi Thierry IÏI avec ses trésors, et s'en retourna en Austrasie : toute la révolution est dans ses paroles. La royauté ne fut pas supprimée ; mais le duc des Francs ne conserva un roi qu'afin de pouvoir montrer de loin en loin, au peuple assemblé, un prince du sang de Clovis. On a appelé ces princes les rois fainéants. Ils ne méritent pas que leurs noms soient tirés de l'obscurité où, de leur vivant même, ils étaient tombés.

Pépin avait deux choses à faire : reconstruire l'empire des Francs qui s'en allait en pièces, reconstruire l'autorité royale qui était en ruine. De ces deux choses, la seconde était plus difficile à accomplir que la première. L'aristocratie austrasienne consentit bien en effet à remettre sous le joug les populations du sud de la Gaule et les tribus germaniques qui s'étaient affranchies de la domination des Francs ; mais elle entendait que ce fût à son profit, non à son détriment. Or, il arriva ce qui s'est vu souvent, qu'en aidant son chef à prendre la liberté des autres, elle lui donna la tentation et la force de prendre aussi la sienne. Gela ne se fit pas sous Pépin ; mais cela était fait sous Charlemagne.

Tout en flattant les grands, Pépin rétablit l'antique usage des champs de mars; il se donnait par là un appui contre l'aristocratie, dans la masse des hommes libres; et ce fut cette assemblée qu'il consulta chaque année sur la paix et la guerre.

Les Neustriens ne cherchaient pas à se relever de leur défaite ; il essaya de les rattacher à sa cause en faisant épouser à son fils Drogon la veuve de leur dernier maire, Berthaire.

L'Aquitaine s'organisait sous des chefs nationaux, mais n'était point menaçante: les tribus germaniques le devenaient. Ce fut contre celles-ci qu'ils se tourna, a II fit beaucoup de guerres, disent les chroniques, contre Radbod, duc païen des Frisons, et d'autres princes, contre les Suèves et plusieurs autres nations. Dans ces guerres il fut toujours vainqueur. »

De précieux auxiliaires l'aidèrent dans cette lutte : les missionnaires qui cherchaient à gagner à l'Évangile ceux que Pépin tâchait de gagner à la paix en les enfermant dans un grand . empire. Saint Willibrod, nommé par le pape archevêque des Frisons, en 696, convertit Radbod.

Mort de Pépin d'Ilérintal (714) : Insurrection. — Pépin mourut en 714. Drogon, son fils aîné, était mort avant lui, et son second fils, Grimoald, avait été assassiné à Liège, pendant qu'il priait à l'église. Grimoald avait un enfant en bas âge , Théobald : Pépin l'institua maire de Neustrie et d'Austrasie , sous la tutelle de son aïeule Plectrude. Mais ceux qu'avait contenus à peine la forte main de Pépin refusèrent d'obéir à une femme et à un enfant. Les Neustriens prirent un maire de leur choix , Raginfred , et se jetèrent sur l'Austrasie par l'ouest, tandis que les Frisons et les Saxons l'attaquaient par Test. Les Austrasiens , ainsi pressés , laissèrent là Plectrude avec l'enfant qu'on leur donnait pour chef, et tirèrent de la prison où Plectrude l'avait jeté, le vrai fils de Pépin , Charles à qui l'histoire a conservé son surnom populaire de Marteau ou Martel, qu'il gagna par son courage et sa force dans les batailles.

Charles Martel (915-743 ). — Il avait vingt-cinq ans. C'était un vrai barbare^ un rude soldat, a Guerrier herculéen, dit une vieille chronique , chef très-victorieux qui , dépassant les limites où s'étaient arrêtés ses pères, et ajoutant aux victoires paternelles de plus nobles victoires, triompha avec honneur des chefs et des rois, des peuples et des nations barbares, tellement que depuis les Esclavons et les Frisons, jusqu'aux Espagnols et aux Sarrasins , nul de ceux qui s'étaient levés contre lui ne sortit de ses mains que prosterné sous son empire et accablé sous son pouvoir. » Charles eut d'abord le dessous. Les Neustriens et les Frisons entrèrent à la fois dans l'Austrasie et pénétrèrent jusqu'à Cologne. Il se retira dans l'impénétrable pays d'Ardennes , observant tout du haut de ces collines boisées, et attendant une occasion favorable. Un jour avec 500 cavaliers seulement, il surprit près d'Amblef l'armée neustrienne, qui se laissa saisir d'une telle épouvante qu'elle se mit à fuir de tous côtés. Une partie des fuyards se jeta dans l'église d'Amblef. Un d'eux franchissait le seuil en courant, quand un Austrasien, lançant un dernier coup de sabre, lui abattit le pied qui dépassait encore la porte. Le droit d'asile du saint lieu avait-il été violé? Les Neustriens disaient oui ; l' Austrasien répondit qu'il avait respecté tout ce qui était en

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dedans du seuil sacré et frappé seulement ce qui était dehors. On trouva qu'il avait raison.

Une action plus sérieuse s'engagea Tannée suivante à Vincy près de Cambrai ; les Neustriens y éprouvèrent une sanglante défaite (717). Les Aquitains étant venus à leur aide, il les battit tous ensemble, une seconde fois, près de Soissons (719). 11 laissa aux Neustriens le fantôme de roi que Raginfred leur avait donné , Chilpéric II , mais gouverna sous son nom. Des expéditions répétées contraignirent les Alamans, les Bavarois, les Thuringiens, à reconnaître la vieille suprématie des Francs. Les Frisons furent menacés , et six fois Charles pénétra sur les terres des Saxons, y

Victoire de Poitiers; les Francs sauvent la chrétienté de l'invasion musulmane (732). — Mais sa plus grande gloire fut d'avoir sauvé la France de l'invasion musulmane que l'Afrique et l'Espagne venaient de subir. Maîtres de la Péninsule (711), après une bataille de trois jours, les Arabes ne s'étaient pas laissé arrêter par la haute barrière cles Pyrénées ; ils avaient pénétré en Gaule par la Septimanie , pris Narbonne, Carcassonne et Nîmes, assiégé Toulouse, presque détruit Bordeaux. Ils allèrent plus loin encore, jusqu'en Poitou , jusqu'en Bourgogne; Autun fut sacoagé , et ils brûlèrent, en 731 , l'église de Saint-Hilaire de Poitiers.

Le Mérovingien qui régnait à Toulouse , sous le titre de duc d'Aquitaine, Eudes, vaincu sur les bords de la Garonne, se décida à recourir au puissant duc des Francs ; et les représentants des deux grandes invasions germanique et musulmane , qui s'étaient partagé l'empire romain , se rencontrèrent aux environs de Poitiers. Le choc fut terrible. Les peuples en gardèrent le souvenir comme celui de la plus terrible bataille du moyen âge. Il y allait en effet du salut de la chrétienté. Trois cent mille Sarrasins , disent les vieux chroniqueurs , avec leur exagération ordinaire , tombèrent sous l'épée. Le reste s'enfuit jusque sous les murs de Narbonne , et de toutes leurs conquêtes sur la terre des Francs les Arabes ne conservèrent que la Septimanie ou la côte qui s'étend du Rhône aux Pyrénées. Après cette victoire , le duc d'Aquitaine prêta serment d'obéissance au glorieux maire du palais d'Austrasie.

Conquête de la Uonr^ne et de la Provence ( 733- Î5B). — Les Bourguignons avaient refusé de se soumettre aux indignes successeurs de Dagobert; Charles tourna ses armes contre eux. Lyon, Vienne, Valence , Avignon reçurent i 9

garnison franque. Maître aussi de la vallée du Rhône, il alla, quatre ans plus tard , chercher au delà du grand fleuve les vaincus de Poitiers; il pénétra dans la Septimanie, démantela Nîmes, brûla ses arènes, sur lesquelles on voit encore les traces de l'incendie qu'il alluma , et détruisit les villes maritimes de Maguelone et d'Agde. En 739, il acheva, par la prise des deux puissantes cités d'Arles et de Marseille, la soumission de la Provence ; la réduction de la Septimanie était réservée à son fils Pépin.

Préparatifs d'une expédition en Italie. — Pour récompenser ses glorieux soldats, Charles leur distribua des terres ou bénéfices qu'il prit sur les immenses domaines de FÉglise. Le clergé lui en garda rancune et maudit sa mémoire. Cependant il allait, quand la mort le surprit, passer les Alpes ' pour défendre le pape qui l'appelait contre les Lombards (741).

Mairie de Pépin le Bref ( 741-752 ). — Des deux fils aînés de Charles Martel , l'un , Carloman , reçut l'Austrasie et les pays d'outre -Rhin; l'autre, Pépin, eut la Neustrie et la Bourgogne. Depuis la mort de Thierry IV, en 737, Charles- Martel avait laissé le trône vacant, Carloman fit comme lui. Il n'avait pas besoin ,* au milieu de ses leudes germains , de cacher son pouvoir sous le nom d'un roi. Pépin le Bref, maître des régions occidentales, voulut gagner les Neustriens en flattant leur vieil attachement pour la race royale de Mérovée : il proclama Chilpéric III.

Victoire sur les Bavarois, les Alamans et les Aqui* tains. — Les ducs des Bavarois, des Aquitains et des Alamans refusèrent l'obéissance aux nouveaux chefs des Francs. Mais les deux frères étaient unis , ils triomphèrent. Odion, duc des Bavarois , se soumit ; celui des Alamans fut dépouillé ; Hunald , duc des Aquitains, se retira dans un couvent. Carloman fit comme lui : il s'enferma , en 747 , au monastère du Mont-Cassin, il avait deux fils. Pépin s'empara de l'héritage de son frère , sans s'inquiéter des droits de ses neveux , et, maitre de tout l'empire , songea à mettre un terme à la situation étrange qui durait depuis la bataille de Testry. Car il y avait , maintenant, assez de gloire dans sa maison pour qu'il ne craignît pas de recommencer la tentative qui avait si mal réussi à Grimoald un siècle auparavant.

lies derniers Mérovingiens ( 952 ). — a La famille des Mérovingiens, ditÉginhard , ne faisait depuis longtempspreuve

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d'aucune vertu , et ne montrait rien d'illustre que son titre de roi. Le prince se contentait d'avoir des cheveux flottants et la barbe longue , de s'asseoir sur le trône et de représenter le monarque. 11 donnait audience aux ambassadeurs et leur faisait les réponses qui lui étaient enseignées ou plutôt commandées. A l'exception d'une pension alimentaire , mal assurée et que lui réglait le préfet du palais , selon son bon plaisir , il ne possédait qu'une seule villa d'un fort modeste revenu, et c'est là qu'il tenait sa cour , composée d'un très-petit nombre de domestiques. S'il était nécessaire qu'il allât quelque part, il voyageait monté sur un chariot traîné par des bœufs, qu'un bouvier conduisait à la manière des paysans. C'est ainsi qu'il se rendait à l'assemblée générale de la nation, qui se réunissait une fois chaque année pour les affaires du royaume. *

Rapports des Carlovinçiens avec Rome pour la conversion des Frisons et des Saxons. — 11 ne fallait pas de bien grands efforts pour enfermer au fond d'un monastère cette royauté inutile et oubliée. Pépin avait pour lui l'assentiment national, il voulut encore mettre de son côté les apparences du droit. Le pape avait rompu avec l'empire d'Orient sur la question des images ; menacé jusque dans Rome par les Lombards, il avait besoin d'un secours étranger pour sauver son indépendance, et ce secours il ne le pouvait trouver que dans les Francs. Depuis longtemps le pontife était en relation avec les chefs de ce peuple ; car depuis Grégoire le Grand , l'Église de Rome avait repris avec énergie la conversion des infidèles. L'Angleterre avait été conquise par ses missionnaires , puis la Germanie attaquée. Saint Golomban et saint Gall soumirent PHelvétie à la foi; d'autres répandirent l'Évangile dans la vallée du Danube ; Willibrod le porta dans la Frise, Winfried dans la Saxe. Or, tous ces missionnaires partaient, pour leur périlleuse mission, de la terre des Francs. C'est de là qu'ils se disposaient à assaillir l'idolâtrie ; c'est là qu'ils trouvaient de pieuses recrues pour les aider au combat sacré, ou un refuge en cas de revers. De leur côté, les rois ou ducs comprenaient bien que la conquête spirituelle des pays germaniques frayait les voies à la conquête temporelle. Aussi ils encourageaient, ils soutenaient les missionnaires; leur chef, l'Anglo-Saxon Winfried, devenu célèbre sous le nom de saint Boniface, était un des conseillers de Garloman, et les deux princes venaient, aux conciles de Leptines (743), et de Soissons, 745), de montrer, pour les vrais intérêts de l'Église,

148 RECONSTRUCTION DE i/EMPIRE ET DU POUVOIR

pour la réforme des mœurs et de la discipline, un zèle pieux et éclairé.

Pépin fut donc naturellement conduit à demander au pape, qui implorait son secours, de donner le titre à celui qui avait le pouvoir. « L'an 751, ditÉginhard, Burchard, évêque de Wùrtzbourg, et Fulrad, prêtre chapelain, furent envoyés à Rome, au pape Zacharie, afin de consulter le pontife, touchant les rois qui alors étaient en France, et qui n'en possédaient que le nom sans en avoir en aucune façon la puissance. Le pape répondit qu'il valait mieux que celui qui avait l'autorité eût aussi le titre, et enjoignit que Pépin fût fait roi. »

Childéric III est eu fermé dans un monastère (952). — c Dans cette année (752), d'après la sanction du pontife romain, Pépin fut appelé roi des Francs, oint, pour cette haute dignité, de l'onction sacrée, par la sainte main de Boniface, archevêque et martyr d'heureuse mémoire , et élevé sur le trône, selon la coutume des Francs, dans la ville de Soissons. Quant à Childéric, qui se parait du faux nom de roi, Pépin le fit mettre dans un monastère. * C'était celui de Sithieu ou de Saint-Bertin,près de Saint-Omer. Il y mourut trois ans après.

La fin de cette première dynastie de nos. rois n'excita pas un regret et ne laissa pas un souvenir. Les contemporains ne s'en aperçurent que pour voir dans cet événement le juste châtiment du mépris trop souvent marqué par les Mérovingiens pour l'Église. « L'homme de Dieu, dit le biographe de saint Colomban, étant allé trouver le roi de Bourgogne, Théodebert, lui reprocha son arrogance et lui conseilla d'entrer dans le sein de l'Église pour y faire pénitence, de peur qu'après avoir perdu son royaume temporel, il ne perdit encore la vie éternelle. » Les rois de la première race avaient conservé, au milieu même de leur dégradation, un dernier reste de la fierté barbare qu'on ne retrouvera plus dans les princes de la seconde. En entendant les paroles du moine, continue le chroniqueur, Théodebert et tous les assistants se prirent à rire, disant qu'ils n'avaient jamais ouï raconter qu'un Mérovingien fût devenu clerc volontairement. « Il dédaigne l'honneur d'être clerc, s'écria le saint ; eh bien ! il le sera malgré lui. » Pépin s'était chargé d'accomplir la prophétie.

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