PAR LE SOULÈVEMENT DES PEUPLES
partage. Les peuples, les cités d'au delà des monts qui aspiraient déjà à se débarrasser des barbares, pour commencer une vie libre et nationale, s'associèrent à son ressentiment. « L'empereur revenait de la grande chasse dans la forêt des Vosges, pour passer l'hiver à Aix-la-Chapelle, lorsqu'il apprit que son neveu Bernard, cédant follement aux conseils d'hommes pervers, s'était révolté; que déjà tous les princes et toutes les cités de l'Italie lui avaient prêté serment ; qu'enfin tous les passages par où l'on doit pénétrer dans ce royaume étaient fermés et défendus. Cette triste nouvelle étant confirmée par de fidèles témoins, l'empereur tira des troupes de la Gaule, de la Germanie, de tous côtés, et vint jusqu'à Châlons avec une armée très-nombreuse. Bernard, se reconnaissant trop faible contre de telles forces, se remit entre les mains de l'empereur, déposa ses armes et se prosterna à ses pieds, confessant sa faute. Son exemple fut suivi par les seigneurs de son royaume; une foule de clercs et de laïques avaient trempé dans ce crime. Ceux que la tempête enveloppa furent les évêques de Milan, de Crémone et d'Orléans. Quand les chefs de la conspiration eurent été arrêtés, l'empereur fit grâce à Bernard et à ses complices de la peine capitale qui devait les frapper selon la loi des Francs, mais leur fit arracher les yeux. Bernard mourut quelques jours après ce supplice. Les évêques furent déposés et renfermés dans des monastères ; pour le reste des coupables, ils furent ou bannis ou rasés. Au nombre des derniers étaient trois jeunes frères de l'empereur (l'Astronome).»
Répression des mouvement» insurrectionnels. — La tentative faite par l'Italie était prématurée. Le peuple des Francs tenait trop encore à cet empire qu'il avait fondé pour permettre qu'il tombât déjà en dissolution, et il se portait avec ardeur à toutes les guerres qui pouvaient en assurer la conservation. La mort de Charlemagne avait été comme le signal d'une prise d'armes de toutes les nations tributaires ou ennemies. Les Slaves de l'Elbe avaient envahi la Saxe; les Avars de Pannonie s'étaient soulevés; les Bretons sortaient de leur presqu'île ; les Vascons détruisirent une armée franque, et les Arabes d'Espagne envahirent la Septimanie; tandis que les Sarrasins ravageaient les côtes du sud, et les Northmans celles du nord et de l'ouest. Tous les coureurs d'aventures furent repoussés, les rebelles remis sous le joug, et Louis sembla, pen- • dant quelque temps, porter aussi dignement que son père le sceptre impérial.
Pénitence pnbllqne de Louis (gf22). — Mais bientôt la désolante faiblesse du prince apparut à tous les yeux, ce L'an 822, il convoqua une assemblée générale en un lieu nommé Attigny. Ayant appelé dans cette assemblée les évêques , les abbés, les ecclésiastiques, les grands de son royaume, son premier soin fut de se réconcilier d'abord avec ses frères , qu'il avait fait raser malgré eux, ensuite avec tous ceux auxquels il crut avoir fait quelque offense. Après quoi, il fit une confession publique de ses fautes, et il subit, de son gré, une pénitence pour tout ce qu'il avait fait, tant envers son neveu Bernard qu'envers les autres. »
C'est un grand spectacle que celui d'un homme puissant avouant publiquement ses fautes, et les rachetant par la pénitence. Ce spectacle, Théodose l'avait offert au monde romain. Mais, après s'être humilié dans la cathédrale de Milan, Théodose s'était relevé plus fort à ses propres yeux et aux yeux des peuples, parce que c'était devant Dieu seul et sous le poids des remords de sa conscience qu'il avait courbé la tête ; Louis sortit du palais d' Attigny amoindri, dégradé, parce que c'était d'un corps politique, d'une autorité rivale de la éienne qu'il avait reçu son absolution. Chacun sut dès lors tout ce qu'on pouvait oser avec un tel homme.
Déposition et rétablissement de Louis (830-834). — En 823, il était né à l'empereur, de Judith, sa seconde femme, un fils, nommé Charles. La mère voulut que cet enfant eût aussi son royaume, et le père, défaisant en 829 le partage de 817, lui donna l'Alamannie. Aussitôt les aînés ameutent les peuples ; une vaste conspiration se forme, et l'empereur, abandonné de tous, tombe aux mains des rebelles. Ils forcent l'impératrice à prendre le voile, font raser ses frères, et enferment leur père avec les moines, pour que ceux-ci lui persuadent d'embrasser de lui-même la vie monastique. Lothaire, le chef de la révolte, espérait ainsi se débarrasser de son père sans violence. Mais les moines comprirent qu'ils avaient plus à gagner à remettre leur pénitent sur le trône qu'à le cloîtrer avec eux. Ils se firent les agents d'un autre complot, portèrent à Louis et à Pépin de secrets messages dans lesquels l'empereur promettait d'augmenter leurs royaumes s'ils le rétablissaient. La supériorité de Lothaire leur était déjà odieuse; ils consentirent, et l'assemblée de Nimègue, convoquée au milieu des Francs orientaux qui souhaitaient le maintien de l'empire, rendit Louis à son autorité (830).
j PAR LE SOULÈVEMENT DES PEUPLES. (814-843). \1l
Seconde déposition de Louis (883). — La leçon fut perdue par Louis. Remonté sur le trône, il ne sut pas mieux gouverner. Des intrigues recommencèrent. Il déposa Pépin et donna son royaume d'Aquitaine à l'enfant de Judith ; ses autres fils virent là une menace pour eux-mêmes ; ils se réunirent encore et vinrent attaquer leur père avec trois armées près de Coimar en Alsace. Le pape, Grégoire IV, était avec eux. Louis avait des forces considérables, et une bataille semblait imminente. Mais on lui débaucha son armée ; le pontife menaça d'excommunication tous ceux qui combattraient contre Lothaire , et l'empereur renvoya lui-même ceux qui lui restaient fidèles , en disant : « Je ne veux pas que personne meure pour moi : allez auprès de mes fils. » Il vint lui-même se remettre entre leurs mains avec Judith et Charles. L'esprit des hommes de ce temps resta pourtant frappé de cette grande trahison, et ce lieu fut appelé le champ du Mensonge, Lûgenfeld.
Les vainqueurs insultèrent à la vieillesse et à la dignité de leur père en le soumettant à une dégradation publique. On lui fit lire en présence de tout le, peuple, dans l'église de Saint- Médard de Soissons, un long récit de ses fautes où il s'accusait d'avoir exposé le peuple à des parjures et l'État aux meurtres et aux pillages, en faisant, dans l'empire, des divisions nouvelles et en provoquant la guerre civile ; après quoi les évêques vinrent solennellement lui enlever son baudrier militaire et lui donner l'habit du pénitent.
Second rétabli attentent de Louis (834). Cette humiliation de l'empire, dans la personne de l'empereur, rendit à Louis des partisans. Sa pieuse résignation, la révoltante dureté de ses fils excitèrent la compassion des peuples. Les frères d'ailleurs ne s'entendirent pas mieux que la première fois— Si Louis et Pépin ne voulaient pas être dépouillés au profit de Charles, ils ne consentaient pas à obéir à Lothaire, qui se proposait de maintenir l'unité du commandement impérial ; et ils trouvaient dans la répugnance de leurs peuples, à rester enfermés dans l'empire un appui sûr et des forces dévouées. Ils vinrent donc tirer Louis du monastère où Lothaire le retenait, et lui rendirent le pouvoir (834) ; mais il ne voulut en reprendre les insignes qu'après en avoir reçu la permission des évêques.
IVouvelles fautes; nouvelles ffuerres, mort de Louis
(84:0). — L'empereur, sorti du cloître, pour lequel il était si bien fait, retomba dans les mêmes fautes. Dans sa prédilection
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aveugle pour son dernier-né, il oublia que la cause de tous ses malheurs était le partage qu'il avait fait de son vivant entre ses fils. En 837, il donna à Charles laBourgogne, la Provence et la Septimanie. Le roi d'Aquitaine, Pépin, étant mort l'année suivante, les enfants qu'il laissait furent dépouillés et Charles eut encore ce royaume.> Alors Louis le Germanique et Lothaire, qui étaient réduits, l'un à la Bavière, l'autre à l'Italie, reprirent les armes. L'empereur, pour n'avoir pas à les combattre tous deux, traita avec Lothaire (839). Il lui abandonna toutes les provinces à l'orient de la Meuse, du Jura et du Rhône, avec le titre d'empereur ; les provinces occidentales seraient le lot du fils de Judith, Louis le Germanique ne conservant que la Bavière. Celui-ci, soutenu de toute l'Allemagne, réclama contre ce partage injuste; et le vieil empereur consuma ses derniers jours dans cette guerre impie. Il mourut sur le Rhin, près de Mayence: « Je lui pardonne, disait-il aux évôques qui l'imploraient pour le rebelle, mais qu'il sache qu'il me fait mourir. » Le moyen âge, plus touché des vertus de l'homme que des défauts du prince, a été plein d'indulgence pour la mémoire du débonnaire!
Bataille de Fontanet (841) et traité de Verdun (84:3). — Depuis la mort de Charlemagne, l'empire qu'il avait fondé s'agitait incessamment, comme un grand corps prêt à se dissoudre. Chaque prince voulait un royaume, et chaque grande division de l'empire voulait un roi, pour former un État à part. En 817, il y avait eu une première division ; d'autres encore en 829, en 837 et en 839. Les peuples, à la fin, lassés de ces déchirements perpétuels, vinrent décider la question à la solennelle bataille de Fontanet, près d'Auxerre. Toutes les tribus de l'Allemagne, sous Louis le Germanique, et les Neustriens, les Aquitains, les Burgondes et les Provençaux sous Charles le Chauve, combattirent dans les mômes rangs pour renverser l'ordre politique établi par Charles Martel, Pépin et Charlemagne, au profit des Francs austrasiens. Ceux-ci, c'est-à-dire presque toute la population franque établie entre la Seine et le Rhin, qui ne défendait que leur propre cause en soutenant celle de l'empire, furent secondés par les Italiens qui avaient adopté les nouveaux empereurs comme les légitimes héritiers de Marc Aurèle et de Trajan. Lothaire, le fils aîné de Louis le Débonnaire, était leur chef (8^1). Il portait le titre . d'empereur et ne voulait voir dans ses frères que des lieutenants.
Des deux côtés on se prépara à cette bataille avec une sorte