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ENTREPRISES EXTÉRIEURES

die, Guillaume II, fils bâtard du duc Robert le Diable, vint rendre visite au roi anglo-saxon, il vit des Normands partout : à la tête des troupes, dans les forteresses, dans les évêchés ; il lui sembla que la conquête de l'Angleterre était à moitié faite7 et il revint en songeant qu'il serait facile de changer sa couronne de duc contre cette couronne de roi. Mais les Saxons avaient été blessés du fastueux appareil dans lequel Guillaume s'était montré et des égards qu'avaient eus pour lui les Normands qui l'avaient reçu en souverain. Ils forcèrent Ëdouard à renvoyer ses amis outre Manche, et le Saxon Harold eut toute influence à la cour et dans le pays.

Édouard avait autrefois livré des otages à Guillaume ; il chargea Harold d'aller les réclamer. Le duc l'accueillit avec honneur. Un jour qu'ils chevauchaient ensemble : « Quand Édouard et moi, dit le Normand, nous vivions comme deux frères, il me promit que, s'il devenait roi d'Angleterre, il me ferait son héritier; Harold, si tu m'aidais à le devenir, je te comblerais de biens ; promets-moi de me livrer le château de Douvres, et, en attendant, laisse-moi un des otages. » Harold promit vaguement, n'osant refuser à l'homme qui le tenait en son pouvoir. Arrivé à Bayeux, en présence de sa cour, Guillaume l'invita à jurer, sur deux petits reliquaires, qu'il exécuterait ses promesses. Harold jura : il lui sembla qu'un serment prêté sur deux petits reliquaires n'était pas un serment de grande conséquence : mais Guillaume Pavait trompé : il y avait dessous une grande cuve pleine d'ossements ; quand on la découvrit, Harold pâlit : comment se parjurer sur les corps de tous les saints.

Son retour fut suivi de la mort d'Édouard. Le Wittenagemot, ou grand conseil national, lui donna la couronne. Aussitôt Guillaume lui envoya rappeler ses promesses « faites sur de bons et saints reliquaires. » Harold répondit qu'arrachées par la force, elles étaient sans valeur, et que d'ailleurs sa royauté appartenait au peuple saxon. Guillaume traita le Saxon d'usurpateur, de sacrilège, et en appela à la cour de Rome. Hildebrand, qui la dirigeait, et qui se plaignait que le denier de Saint-Pierre, tribut imposé aux Saxons par un des rois danois, en faveur de l'Église romaine, ne fût plus payé, fit excommunier Harold et donner à Guillaume la royauté d'Angleterre. Le pape lui envoya une bannière bénite, symbole de l'investiture militaire, avec un anneau contenant un cheveu de saint Pierre enchâssé sous un diamant, emblème de Pin-

DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIe SIÈCLE. 253

vestiture ecclésiastique. Le duc publia alors son ban de guerre par toute la France. Une foule d'aventuriers accoururent, et une armée de 60 000 hommes partit, le 27 septembre 1066, de Saint-Valéry sur Somme, montée sur 1400 navires.

Elle débarqua à Pevensey, dans le comté de Sussex. Harold, qui venait de repousser, sur les côtes du Yorkshire, une invasion norvégienne, accourut en toute hâte; mais il fut vaincu et tué à la journée d'Hastings (1066), après avoir vaillamment combattu; la belle Édithe, au cou de cygne, put seule reconnaître le corps du dernier roi saxon. Avec lui, la nationalité saxonne succomba. Guillaume divisa le pays entre tous ceux qui l'avaient suivi, en s'adjugeant pour lui-même la meilleure part, H62 manoirs et les principales villes. Tel qui, sur le continent, était valet ou serf, se trouva homme d'armes et gentilhomme ayant serfs et vassaux, château et seigneurie. La race saxonne dépouillée maudit longtemps les Français, ses nouveaux maîtres.

C'étaient bien des Français, en effet, qui venaient de vaincre; c'était leur civilisation, leurs coutumes, leur langue, leurs institutions féodales qui allaient s'implanter en Angleterre. Parmi les noms du baronnage anglais, on retrouve encore aujourd'hui des noms de France, et le français resta jusqu'à Édouard III, c'est-à-dire jusqu'au milieu du douzième siècle, . la langue de la cour et des tribunaux.

Mais la France paya cher cette conquête faite par ses armés, ses moeurs et son idiome. Les ducs de Normandie, devenus rois d'Angleterre, eurent une puissance qui tint longtemps en échec celle de nos rois. Deux siècles de guerre, huit d'inimitié jalouse entre les deux peuples, tels furent pour nous les résultats de ce grand événement.

Conquête tin Portugal par un prince français (1094). — Les infidèles étaient en Sicile et à Jérusalem; ils étaient plus près encore et plus menaçants en Espagne. De bonne heure des chevaliers français prirent la route des Pyrénées pour soutenir les chrétiens de ce pays. En 1086, après la désastreuse bataille de Zalaca, Alphonse VI écrivit au roi de France pour implorer ses secours. L'indolent monarque ne répondit pêint à cet appel d'honneur; mais une foule de chevaliers passèrent les monts et aidèrent le roi de Gastille à rejeter les Arabes sur l'Andalousie. Parmi ces pieux volontaires, on vit arriver, vers la fin du onzième siècle, deux princes, Raymond, comte de Toulouse, et Henri, quatrième fils du duc

capétien de Bourgogne. Tous deux venaient combattre sous l'étendard d'Alphonse VI, roi de Castille- Leurs services furent éclatants, car Alphonse leur donna ses deux filles en mariage. Avec la main de Tharéja, Henri reçut un territoire qui s'étendait alors du Minho au Mondégo (109^). C'était un petit domaine : il se chargea de l'agrandir aux dépens des infidèles; il remporta sur eux dix-sept victoires, et fonda glorieusement l'indépendance du Portugal. Ses descendants y régnent encore (branche de Bragance)1, mais, de bonne heure, oublièrent leur patrie d'origine. Celle-ci leur doit pourtant un souvenir, car ils portèrent son nom avec honneur aux extrémités de l'Occident. D'autres, dans le môme temps, le portaient au milieu de l'Asie. ,

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