ENTREPRISES EXTÉRIEURES
margraves, les prélats, enfin, ce qui ne s'était jamais vu, beaucoup de femmes, nobles ou pauvres, entreprirent ce pèlerinage, et plusieurs témoignaient le plus ardent désir de mourir à Jérusalem plutôt que de rentrer dans leur pays. » Foulques Nerra, comte d'Anjou, y alla trois fois, la dernière en 1039. Robert le Magnifique, duc de Normandie, fit aussi ce pèlerinage et mourut à Nicée (1035). Les comtes de Barcelone, de Flandre* çle Verdun, tentèrent le voyage et réussirent. En 1054, Tévêque de Cambrai partit avec 3000 Flamands ; en 1067, quatre évêques allemands, avec 7000 hommes.
lté forme dans l'Église par Grégoire VII, qui ranime l'enthousiasme religieux. — Ainsi le monde, immobilisé depuis deux siècles par la féodalité, se remettait de luimême en mouvement, lorsque Grégoire VII lui donna une nouvelle secousse qui ébranla l'Église, et par elle la société laïque. Au onzième siècle, l'Église était trop riche ; beaucoup de ses membres oubliaient que leur bien n'était que celui des pauvres, et prenaient les habitudes des seigneurs féodaux. La discipline se relâchait comme les mœurs. Le célibat n'était plus rigoureusement observé ; et il semblait que les charges dans l'Église allaient devenir héréditaires, comme Tétaient devenues celles de l'État. Les nobles les envahissaient; « les sanctuaires, dit un écrivain du temps, ne retentissent plus du chant des psaumes et des louanges de Dieu, mais du bruit des armes et des aboiements de meutes de chasse. »
Hildebrand, longtemps moine en France, à Cluny, et devenu pape sous le nom de Grégoire VII, en 1073, arracha énergiquement l'Église à ce danger. Il rendit au clergé les vertus de l'abstinence et du sacrifice ; et cette Église régénérée, il essaya de la mettre au-dessus du pouvoir temporel. Pour la ramener sous la seule autorité du siège de Rome, il voulait qu'elle ne tint rien des laïques, qu'elle tînt tout du pape ; de sorte qu'en donnant à l'évêque la consécration spirituelle, le pontife lui donnât en môme temps l'investiture des terres dépendant de son église. C'est la querelle des investitures qui intéressa surtout l'Italie et l'Allemagne. Grégoire VII échoua dans cette partie de sa grande entreprise. Vaincu, fugitif, il répétait ces paroles amères : « J'ai aimé la justice, j'ai fui rimquité, voilà pourquoi je meurs dans l'exil. » Il ne mourut pourtant pas tout entier. Le saint^siége avait repris, par lui, une vie nouvelle, l'Église une influence plus grande sur les populations et sur les affaires du siècle. Elle dut à
DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIe SIÈCLE
Grégoire VII de pouvoir accomplir un des événements les plus considérables du moyen âge, de changer les pèlerinages en croisades.
Conquête tic l'Italie méridionale par le* Normands (1040-1130). — Il y eut d'abord comme des croisades particulières, c'est-à-dire des expéditions militaires faites sous l'influence du saint-siége, et pour éloigner de lui un péril ou pour rétablir son autorité méconnue. Ainsi, des pèlerins normands venus à Rome, vers l'an 1016, furent employés par le pape contre les Grecs qui attaquaient Bénévent. D'autres, revenant de Jérusalem, aidèrent les habitants de Salerne à chasser les Sarrasins qui les assiégeaient. Le bruit de leurs succès, celui surtout du butin qu'ils enlevèrent, firent accourir d'autres Normands. Il en vint tant qu'ils se trouvèrent assez forts pour rester les maîtres du pays. Le pape Léon IX, ' commençant à se repentir de s'être donné de si vaillants voisins, marcha contre eux avec une armée d'Allemands. Ils le firent prisonnier. Mais ils se souvinrent que le pontife disposait des couronnes, et qu'il pouvait donner le droit à celui qui n'avait que la force. Ils s'agenouillèrent devant leur prisonnier, se déclarèrent ses vassaux, et reçurent de lui en fief tout ce qu'ils avaient conquis (1053). Le pape sortit de captivité suzerain d'un nouvel État. C'était le duché de Pouille, auquel les Normands ajoutèrent bientôt la Sicile ; le tout fut réuni, en 1130, sous le nom de royaume des Deux-Siciles; et une dynastie normande, ayant pour chefs Robert Guiscard et Roger, les fils de Tancrède de Hauteville, gentilhomme de Coutances, régna à Naples, où des comtes d'Anjou portèrent aussi la couronne, où la maison de Bourbon est encore souveraine.
sl ' Conquête de l'Angleterre par les Normands (ÎOOO).
— Une autre dynastie normande s'assit, dans le même temps, sur le trône d'Angleterre. La grande lie de Bretagne, conquise au cinquième siècle par les Saxons et les Anglais, l'avait été encore une fois au onzième par les Danois. Ceux-ci ne purent la garder longtemps. Édouard le Confesseur, descendant des anciens rois du pays, recouvra la couronne en 1042; mais il prépara le succès d'une invasion nouvelle par la faveur qu'il montra aux Normands, parmi lesquels il avait vécu durant son exil. Il en attira un grand nombre à sa cour, leur distribua les principales fonctions et accorda un grand crédit à Eustàche, comte de Boulogne, son beau-frère. Quand le duc de Norman-