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L'orthographe paraît être Darc

La guerre, les combats, les blessures, les dévastations, voila le premier spectacle qui frappa les yeux de Jeanne. Au foyer domestique, quand elle restait à coudre et à filer près de sa mère1, c'étaient encore des récits de guerre qu'elle entendait, puis après de saintes traditions, de pieuses légendes sur saint Michel l'archange des batailles, sainte Catherine et sainte Marguerite , auxquelles la jeune paysanne tressait dévotement des couronnes et des guirlandes, qu'elle s'habituait à regarder comme ses saintes particulières ; auxquelles elle allait rêver dans le bois des Chênes, sous le grand hêtre des Fées, qui étaient à deux pas de sa demeure. A tous ses rêves se trouvait associée l'image de Charles VII, de ce pauvre jeune roi renié par sa mère et chassé par l'Anglais de son héritage.

Jeanne grandit, atteignit sa quatorzième année au milieu de toutes ces excitations, avec une santé forte, mais cependant troublée ; bien bonne fille, simple, douce et timide, disent les contemporains, se plaisant à l'église et aux lieux saints, se confessant fort souvent et augmentant par les macérations du corps cette exaltation de l'âme, cette seconde vue de l'esprit qui réalisent au dehors et font voir et toucher avec une foi sincère les visions intérieures. Un jour, en 1423, jour d'été et jour de jeûne, sur le midi, la jeune fille étant au jardin près de l'église, vit tout à coup une grande lumière, et, du milieu de cette lumjère, sortit une voix qui disait: « Jeanne, sois bonne et sage enfant, va souvent à l'église. » Une autre fois, elle vit dans cette lumière de belles figures dont une qui avait des ailes lui dit : « Jeanne , va délivrer le roi de France et lui rendre son royaume. * Elle trembla beaucoup et répondit: « Messire, je ne suis qu'une pauvre fille ; je ne saurais conduire des hommes d'armes.» La voix répondit: « Sainte Catherine et sainte Marguerite t'assisteront. » Elle revit encore l'archange et les deux saintes, entendit ses voix, comme elle disait; elle les entendit pendant quatre ans : il fallut bien leur obéir.

Mais comment obéir? Sur quelques timides insinuations, son père avait déclaré que, plutôt que de la voir partir avec des gens de guerre, il la noierait de ses propres mains. Elle

1. Elle ne fut jamais bergère. Elle dit elle-même dans son procès que depuis qu'elle a été grande et qu'elle a eu entendement, elle ne gardait aux champs les brebis ni autres betes, et qu'il n'y avait à Rouen femme qui pour coudre lui sût apprendre quelque chose.

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obtint d'être envoyée à Vaucouleurs chez un de ses oncles, André Laxart, sous prétexte de soigner sa tante malade.. Cet oncle ajoutait foi à la mission de Jeanne, et elle le décida à invoquer pour elle l'appui du sire de Baudricourt, capitaine du lieu. Baudricourt reçut fort mal le messager et répondit qu'il fallait bien souffleter cette jeune fille et la ramener chez son père. Jeanne ne se rebuta pas, « car, disait-elle, avant qu'il soit la mi-carême, il faut que je sois devers le roi, dussé-je, pour m'y rendre, user mes jambes jusqu'aux genoux. » Elle alla vers le capitaine, et elle réussit. Baudricourt fut non pas convaincu, mais entraîné par les gens du peuple, qui étaient dans l'admiration. Ils se cotisèrent pour équiper Jeanne et lui acheter un cheval, le capitaine ne voulant lui donner qu'une épée. Elle coupa ses longs cheveux, prit des vêtements d'homme, et, malgré les dernières résistances de sa famille, elle partit de Vaucouleurs, sous la conduite de six hommes d'armes, au commencement de février 1429.

C'était un terrible voyage que d'aller, dans un pareil moment, des bords de la Meuse aux bords de la Loire. Jeanne avait à redouter et les grossiers protecteurs qu'on lui avait donnés, et les brigands et les ennemis. Rien ne l'effraya, elle rassurait elle-même ses compagnons : « Ne craignez rien, leur disaitelle, Dieu me fait ma route; c'est pour cela que je suis née ; mes frères de paradis me disent ce que j'ai à faire. » L'enthousiasme qu'elle ressentait et qu'elle inspirait triompha de toutes les difficultés, de tous les périls, et, le 2k février, elle arriva à Ghinon où était Charles VII. Le conseil discuta peudant deux jours si le roi devait la voir: on s'y résolut à la fin, car les choses allaient bien mal à Orléans, on voulait essayer de tous les moyens pour sauver cette ville importante.

Jeanne fut reçue au milieu d'un appareil et d'une pompe qui ne la déconcertèrent aucunement. Sans timidité comme sans hardiesse, elle reconnut du premier coup d'œil ce roi dont l'image la préoccupait depuis tant d'années, alla droit à lui, quoiqu'il affectât de se tenir caché entre les courtisans, et lui dit : « Gentil dauphin, pourquoi ne me croyez-vous? Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume et de votre peuple ; car saint Louis et saint Charlemagne sont à genoux devant lui en faisant prière pour vous. Si vous me baillez gens, je lèverai le siège d'Orléans, et je vous mènerai sacrer à Reims, car tel est le plaisir de Dieu que ses ennemis les

Anglais s'en aillent en leur pays, et que le royaume vous demeure. »

La cour railleuse de Charles VII n'était pas facile à convaincre d'une miraculeuse mission. Il lui fallait tout au moins s'assurer si la nouvelle venue n'était pas une envoyée du

diable. Évèques, moines, docteurs et professeurs de l'université de Poitiers, l'interrogèrent solennellement. « Jeanne, lui

1. Cette maison, qui se trouve rue du Tabourg, n° 35, était l'ancien hôtel de Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans; Jeanne d'Arc l'habita pendant le siège, partageant la chambre de la femme et de la aile du trésorier. »«

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disait l'un , tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de France. Si telle est sa volonté, il n'a pas besoin de gens d'armes. — Ah! mon Dieu, répondit-elle sans se troubler, les g» ns d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. — Crois-tu en Dieu? lui criait un autre. Eh bien! Dieu ne veut pas que Ton ajoute foi à tes paroles, à moins que tu ne montres un signe. — Je ne suis point venue pour faire des signes ou des miracles, répliqua-t-elle ; mon signe sera de faire lever le siège d'Orléans. Qu'on me donne des hommes d'armes, peu ou beaucoup, et j'irai.»

D'ailleurs ce n'était pas cette cour, ce n'était pas ces juges qu'il importait de convaincre, c'était le peuple, et le peuple était convaincu ; l'opinion populaire entraîna le gouvernement qui hésitait; Jeanne d'Arc fut équipée, armée, envoyée où elle se disait appelée, à Orléans.

Délivrance d'Orléans (8 mai 1429). — Orléans était bien en danger; mais il faut dire aussi que les Anglais qui l'assiégeaient n'étaient pas en situation beaucoup meilleure. Les fatigues d'un long siège d'hiver, les pertes éprouvées dans les combats, les désertions avaient considérablement affaibli leur armée ; le duc de Bourgogne, blessé de la conduite du duc de Bedford envers lui, venait de rappeler ses troupes; et l'armée anglaise montait tout au plus alors à quatre ou cinq mille hommes, dispersés dans une douzaine de bastilles qui ne communiquaient point toutes entre elles.

Que fallait-il pour réduire de si faibles ennemis? de la discipline, de l'union chez ceux qui les attaqueraient. Or, rien de plus désordonné que ces bandes et ces capitaines d'aventure qui s'étaient jetés dans la ville pour la défendre, et qui n'avaient vu, dans la guerre, que les profits et les plaisirs qu'ils y trouvaient. On a vu l'étrange prière qu'adressait à Dieu un de ses chefs, La Hire. Une autre fois, il disait : « Si Dieu le Père se faisait homme d'armes, Dieu serait infailliblement pillard.» Moraliser, discipliner seulement ces rudes et sauvages natures, c'était une entreprise fort au-dessus de l'autorité royale à cette époque, et Charles VII ne l'essaya pas sans péril dix ans plus tard. Mais ce que la royauté n'aurait pas su faire, l'enthousiasme général l'opéra. Sur un signe de Jeanne d'Arc, on les vit renoncer aux orgies, se confesser, communier. La Hire, qui en étouffait, ne jurait plus que par son bâton. Cette armée, ainsi métamorphosée, devenait invincible.

Le 29 avril 1429, Jeanne d'Arc entrait dans Orléans avec i 2G

un convoi de vivres et une faible escorte; le 4 mai, elle introduisait l'armée, qui s'était un moment arrêtée à Blois, passant et repassant devant les lignes ennemies, sans que les Anglais bougeassent. C'est que, outre leur faiblesse réelle, ils croyaient

Statue équestre de Jeanne d'Arc1.

maintenant'toutes les puissances de l'enfer conjurées contre eux. Jeanne, qui était une sainte dans les murs d'Orléans, était

' i. Cette statue de bronze, haute de 4™, 33, sur un piédestal de granit de 4m,66, est due à M. Foyatier. Elle a remplacé, en 1855, sur la place du Martroy, une statue ridicule élevée en !8u4, et qui a été transférée en avant du pont, sur la rive gauche de la Loire.

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une sorcière dans les bastilles anglaises. Les Anglais l'accablaient d'injures grossières, l'appelaient vachère, ribaude, autrement encore, et n'en avaient pas moins d'elle une peur effroyable. Cette sorcière, pensaient-ils, elle pouvait faire des prodiges , et il fallait des prodiges , dans leur opinion du moins, pour leur inspirer la terreur qu'ils ressentaient. On vit ces redoutés soldats évacuer eux-mêmes leurs bastilles, au midi de la Loire, à l'exception de deux, où ils concentrèrent toutes leurs forces; celle des Augustins et celle des Tournelles.

Ces deux forteresses interceptaient les communications si importantes des Français avec le Berry. Il fut résolu qu'on les attaquerait. Le 6 mai, Jeanne d'Arc passe la Loire, s'avance contre la bastille des Augustins, rallie les siens, qu'une terreur panique avait fait fuir, plante sur le bord du fossé son étendard aux fleurs de lis, et la bastille est prise, brûlée, rasée. Le lendemain, 7 mai, toute l'armée, tout le peuple se portent contre les Tournelles. Jeanne applique, la première, une échelle contre le rempart; elle y monte et reçoit une blessure profonde qui ne fait qu'animer ses soldats. Les Anglais, assaillis de tous côtés, essayent vainement de s'échapper; le fameux capitaine William Glasdale tombe tout armé dans le fleuve et se noie; 500 des siers sont passés au fil de l'épée.

Les Tournelles prises, il ne restait plus un Anglais au sud de la Loire. Le lendemain, 8 mai, Suffolk, Talbot évacuèrent les bastilles du nord, abandonnant munitions, artillerie, bagages, prisonniers, malades. Orléans célèbre encore chaque année cette délivrance.

Les soldats, la population orléanaise tout entière voulaient poursuivre les Anglais : Jeanne le défendit. « Ils s'en vont, dit-elle, ne les poursuivons outre et ne les tuons, car c'est aujourd'hui dimanche. »

Le 13 mai, elle partit d'Orléans pour aller à Tours trouver le roi. « Sitôt qu'elle le vit , elle se agenouilla moult douce^ ment, en l'embrassant par les jambes, et disant : * Gentil « dauphin, ne tenez plus tant et de si longs conseils, mais ve- « nez prendre votre sacre à Reims. Je suis fort aiguillonnée « que vous y alliez, et ne faites doute qu'en cette ville rece- « vrez votre digne sacre. »

Bataille de Patay (1429). Charles VII sacré à Reims. — Recevoir le sacre à Reims, c'eût été pour Charles VII prendre sur son jeune compétiteur, Henri IV, un avantage

décisif et devenir véritablement roi de France. Avec le découragement dont étaient frappés les Anglais, l'expédition n'était certainement pas aussi hasardeuse qu'elle pouvait le paraître. Mais les politiques se crurent encore une fois les plus sages, et on décida qu'il fallait d'abord nettoyer d'Anglais les bords de la Loire ; on leur prit Jargeau , Beaugency, Meung-sur-Loire ; on en rencontra quatre ou cinq mille près de Patay. On tomba sur eux à l'improviste; ils n'eurent ni leur sang-froid ni leur prudence habituels ; on leur tua 2500 hommes. Falstaff avait pris la fuite; l'invincible Talbot et lord Scales restèrent prisonniers.

Après cette nouvelle victoire, l'avis de Jeanne devint irrésistible. Le peuple ne croyait qu'en elle, les nobles même accouraient; on avait beau leur dire que le roi ne pouvait donner que trois francs par homme pour toute la campagne , <r ceux des gentilshommes qui n'avaient de quoi se monter et s'armer, dit la chronique , y allaient comme archers et coutilliers, montés sur petits chevaux, k

On se mit en route de Gien, le 28 juin ld29. L'armée fut accueillie avec joie par les paysans, dans les bourgades et les villages; les villes hésitaient. Auxerre, qui appartenait au duc de Bourgogne, n'ouvrit point ses portes, mais fournit des vivres et promit de reconnaître le roi, dès que Troyes, Ghâlons et Reims se seraient soumis.

Troyes, qui avait une forte garnison de Bourguignons et d'Anglais, et des murs en bon état, refusa de recevoir l'armée royale. Celle-ci n'avait rien de ce qu'il aurait fallu pour entreprendre un siège; pour toute artillerie une petite bombarde, pas môme des vivres, car les soldats ne mangeaient depuis cinq ou six jours que des fèves qu'ils cueillaient dans les champs. Le conseil assemblé délibérait avec inquiétude ; Jeanne assura que dans trois jours on serait dans la ville. « Nous en attendrions bien six, lui dit le chancelier, si nous étions sûrs que vous dites vrai. — Six! répliqua-t-elle ; eh bien! vous y entrerez demain. » Et elle courut aux remparts, son étendard à la main; elle fît combler le fossé et allait assaillir le mur, quand les Anglais, troublés de toutes les nouvelles d'Orléans, offrirent d'eux-mêmes de s'en aller.

Charles ne fit que traverser Troyes. Il ne s'arrêta pas davantage à Châlons, qui ouvrit ses portes avec empressement, et, le 13 juillet, il arriva devant Reims. Deux seigneurs bourguignons, les sires de Chàtillon et de Saveuse, y commandaient ;

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mais ils n'avaient point de soldats. Ilsassemblèrentlabourgeoisie €t ils lui demandèrent de tenir seulement six semaines, au bout desquelles ils répondaient que les ducs de Bourgogne et de

Bedford arriveraient avec une aimée si puissante qu'elle ferait aisément lever le siège. La bourgeoisie refusa de courir ce

I. La cathédrale de Reims est l'œuvre de Robert de Coucy, et un des chefs-d'œuvre de l'architecture ogivale. La mess - y fut dite pour la première fois en 1241. Cinq clochers, qui surmontaient la croisée, ont été détruits par un incendie en 1481. Elle a 146 mètres de longueur, 3o de largeur dans ceuvre à la nef, 36 mètres de hauteur sous voûte, 8o jusqu'au sommet des tours. Elle a tout un peuple de statues. On n'en compte pas moins de 550 <ians le portail.

risque, engagea les deux capitaines à se retirer, et envoya une députation au chancelier de France qui était en même temps archevêque de Reims, pour le prier d'entrer dans sa ville épiscopale. Le 17 juillet, Charles était enfin sacré selon le rituel ordinaire.

Continuation do la guerre eontre les Anfflai». —

Jeanne avait fait les deux grandes choses que ses voix lui ordonnaient de faire : elle avait délivré Orléans, et elle avait fait sacrer le roi, elle eût souhaité de retourner maintenant' dans son village. A son entrée dans Reims, dit la chronique, « considérant que tout le pauvre peuple du pays crioit noël, et pleuroit de joie et de liesse, et qu'ils venoient au-devant du roy en chantant Te Deum lauJamvs avec aucuns respons et antiennes, elle dit au chancelier de France et au comte Dunois : ï En nom Dieu, voicy un bon peuple et dévot, et quand je de- « vray mourir, je voudrois bien que ce fust en ce pays. » Et lors ledit comte Dunois lui demanda : « Jeanne, savez-vous « quand vous mourrez, et en quej lieu? » Elle répondit qu'elle estoit k la volonté de Dieu : et dit en outre audit Seigneur : « J'ay accomply ce que Messire m'a commandé, je voudrois « bien qu'il voulust me faire ramener auprès de mon père et « mère, et garder leurs brebis et bestail'. » Mais son rôle n'était point fini, car l'Anglais tenait encore une partie considérable du royaume. Jeanne, avec la même résolution qui l'avait fait aller droit k Orléans et à Reims, demanda à marcher sur Paris. Les conseillers du roi ne pouvaient s'habituer k ces héroïques témérités qui, k de certains moments, valent mieux que la prudence; ils décidèrent qu'on prendrait d'abord les petites places qui mènent a Paris. Elles s'ouvrirent d'ellesmêmes. L'armée royale entra sans peine à Laon, k Soissons, k Goulommiers, k Provins, k Château -Thierry, k Gompiègne, à Beauvais, k Senlis, k Saint-Denis. Mais quand on arriva devant Paris, l'occasion était manquée.

Paris était une trop grande ville pour être emporté d'un coup de main, et les Parisiens s'étaient trop compromis dans les dernières révolutions pour se livrer k Charles VII sans absolue nécessité. On leur avait laissé le temps de revenir de la stupeur causée par le sacre k Reims, et de se préparer. Ils se défendirent courageusement. Jeanne se conduisit avec son in-

i. Chronique de la Puceile. p. 206, 207. C'est à tort et par une fausse interprétation des textes qu'on répète toujours que Jeanne crut, après le sacre, su mission terminée.

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trépidité accoutumée, franchit seule le fossé de la ville, fut blessée d'un trait qui lui traversa la jambe, et n'en reçut pas moins tout le blâme de cette tentative. Elle vit Charles VII, retombant dans la somnolence, retourner à Chinon, comme pour se mettre à l'abri derrière la Loire, en laissant Tordre d'évacuer Saint- Denis. Elle vit le duc de Bourgogne, reprenant courage alors, rentrer dans Soissons et assiéger Gompiègne. Jeanne, touchée du sort de ces pauvres bourgeois qui s'étaient donnés à Charles VII, se jeta dans la ville pour la défendre.

Captivité et mort de Jeanne d'Arc (1430-1431). — Le jour môme de son arrivée, le 24 mai 1430, elle fit une sortie; mais les assiégeants la repoussèrent, et quand elle arriva à la barrière, elle la trouva fermée. Abandonnée au milieu des ennemis, elle fut renversée de cheval par un archer picard, et prise par le bâtard de Vendôme, qui la Vendit à Jean de Luxembourg. Ce Jean de Luxembourg, pour recueillir tranquillement, au préjudice de son frère ainé, les seigneuries de Ligny et de Saint-Pol, avait besoin du duc de Bourgogne. Le duc de Bourgogne, pour ne pas être inquiété, au moment où il s'appropriait, malgré les droits de sa tante Marguerite, le Brabant, Bruxelles et Louvain, avait besoin des Anglais. Les Anglais étaient disposés à tout permettre, pourvu que Jeanne d'Arc leur fût livrée. Ils la payèrent 10 000 francs et ils l'eurent.

Pour les Français Jeanne était un envoyé de Dieu ; pour les Anglais, un envoyé du diable : un homme violent, Bourguignon, que l'espoir d'obtenir l'archevêché de Rouen poussait à tout faire, l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, se chargea de le prouver par un procès de sorcellerie en bonne forme. Iî fit porter l'accusation sur les quatre points suivants : manquement aux lois de l'Église, pour avoir employé des pratiques de magie ; pour avoir pris les armes, malgré la volonté contraire de ses parents; pour avoir revêtu des habits qui n'étaient pas ceux de son sexe; enfin, pour avoir affirmé des révélations que l'autorité ecclésiastique n'avait point sanctionnées. Ainsi, une pauvre fille de dix- neuf ans se trouvait seule, sans appui, contre des juges vendus à ses ennemis, qui supprimaient arbitrairement toutes les preuves de son innocence, qui l'empêchaient d'en appeler au pape ou au concile, qui cherchaient à l'embarrasser par des questions absurdes, captieuses, ou infiniment délicates, et se voyaient déconcertés souvent par d'héroïques réponses.

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« Jeanne, lui disaient-ils, croyez-vous être en état de grâce?

— Si je n'y suis pas, Dieu veuille m'y mettre ! si j'y suis, Dieu veuille m'y maintenir! — N'avez-vous pas dit que les étendards faits par les gens d'armes à la ressemblance du vôtre leur porteraient bonheur? — Non ; je disais seulement : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même. » Mais elle déclara qu'elle n'avait jamais tué personne, a Pourquoi cet étendard fut-il porté à l'église de Reims, au sacre, plutôt que ceux des autres capitaines? — Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. — Quelle était la pensée des gens qui vous baisaient les mains, les #pieds et les vêtements? — Les pauvres gens venaient volontiers à moi, parce que je ne leur faisais point de déplaisir; je les soutenais et défendais selon mon pouvoir. — Croyez-vous avoir bien fait de partir sans la permission de vos père et mère? Ne doit-on pas honorer père et mère? — Ils m'ont pardonné. — Pensiezvous donc ne point pécher en agissant ainsi? — Dieu le commandait; quand j'aurais eu cent pères et cent mères, je serais partie. — Croyez-vous que votre roi a bien fait de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgogne? — Ce fut grand dommage pour le royaume de France. Mais, quelque chose qu'il y eût entre eux, Dieu m'a envoyée au secours du roi de France.

— Sainte Catherine et sainte Marguerite haïssent-elles les Anglais?— -Elles aiment ce que Notre-Seigneur aime et haïssent ce. qu'il hait. — Dieu hait-il les Anglais? — De l'amour ou haine que Dieu a pour les Anglais, je n'en sais rien; mais je sais bien qu'ils seront mis hors de France, sauf ceux qui y périront. » (Procès, interrog. passim.)

Les juges insistaient sur ce vêtement d'homme que Jeanne avait pris, contrairement aux lois de l'Église, qu'elle portait encore en ce moment, et qu'elle ne voulait pas quitter. Les infâmes affectaient de ne pas comprendre ce que la pauvre fille n'osait leur dire, que dans les camps, à la prison même, ce vêtement avait été, était encore sa sauvegarde.

Sa condamnation était résolue à l'avance ; mais il fallait obtenir d'elle quelque parole qui retombât sur Charles VII, et on employa à cet effet tous les moyens : on fit venir le bourreau dans la prison de l'accusée, on affirma que la torture était prête. Les menaces avaient peu de prise sur cette âme héroïque ; on recourut aux promesses, à la plus pernicieuse pour elle, celle d'être tirée des mains de ses geôliers anglais, et remise aux gens d'Église. Elle céda, elle signa la rétractation

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qu'on lui présentait, sans savoir seulement ce qui y était contenu, et alors, par grâce et modération, on la condamna seulement à passer le reste de ses jours en prison, au pain de douleur et à l'eau d'angoisse, pour y pleurer ses péchés.

Ce furent alors les Anglais qui se plaignirent. Leurs affaires allaient de mal en pis : Gompiègne était délivrée ; une expédition contre le Dauphiné échouait, Xaintrailles, Boussac, Vendôme, Barbasan battaient les Bourguignons et leurs alliés dans la Champagne, dans la Picardie. Le mouvement imprimé par Jeanne continuait donc. Comme il y avait maintenant plus de coups à recevoir et moins de butin à prendre, les recrues anglaises n'étaient pas si pressées de passer la mer. Les autres étaient d'autant plus furieux contre leur captive. A Rouen, lord Warwick dit tout haut : « Le roi l'a achetée cher, il veut qu'elle meure par justice, et entend qu'elle soit brûlée. — Nous saurons bien la reprendre. » Et ils la reprirent en effet. Quand vint le dimanche matin, jour de la Trinité, et qu'elle dut se lever, un des Anglais, qui la gardaient, ôta ses habits de femme et ne lui laissa que l'habit d'homme : « Vous savez, dit-elle, qu'il est défendu de m'en vêtir. » Ils ne voulurent point lui en donner d'autres; il fallut qu'elle le prit. Les juges avertis étaient tout prêts à constater le crime ; ils la condamnèrent comme relapse à être brûlée vive. L'exécution eut lieu

aussitôt, fï'l'î'x t * ,Sk

« Le matin, Caùchon lui envoya un confesseur, frère Martin ' l'Advenu, pour lui annoncer sa mort et l'induire à pénitence.... * Quand il annonça à la pauvre femme la mort dont elle devait mourir ce jour-là, elle commença a s'écrier douloureusement, se détendre et arracher les cheveux : « Hélas ! me traite-t-on « ainsi horriblement et cruellement, qu'il faille que mon corps, « net et entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd'hui « consumé et rendu en cendres! Eh! ah! j'aimerois mieux « être décapitée sept fois que d'être ainsi brûlée!... Oh! j'en « appelle à Dieu, le grand juge des torts et ingravances qu'on « me fait.... » Il était neuf heures, elle fut revêtue d'habits de femme et mise sur un chariot....

« Jusque-là la Pucelle n'avait jamais désespéré.... Tout en disant, comme elle le dit parfois : « Ces Anglais me feront <( mourir; » au fond elle n'y croyait pas. Elle ne s'imaginait point que jamais elle pût être abandonnée. Elle avait foi dans son roi, dans le bon peuple de France. Elle avait dit expressément : a II y aura en prison ou au jugement quelque trouble

« par quoi je serai délivrée.... délivrée à grande victoire!... » Mais quand le roi et le peuple lui auraient manqué, elle avait un autre recours, tout autrement puissant et certain, celui de ses amis d'en haut, des bonnes et chères saintes.... Lorsqu'elle assiégeait Saint-Pierre , et que les siens l'abandonnèrent à l'assaut, les saintes envoyèrent une invisible armée à son aide. Gomment délaisseraient-elles leur obéissante fille ; elles lui avaient tant de fois promis salut et délivrance!

« Quelles furent donc ses pensées , lorsqu'elle vit que vraiment il fallait mourir ; lorsque , montée sur la charrette , elle s'en allait à travers une foule tremblante sous la garde de 800 Anglais armés de lances et d'épées. Elle pleurait et se lamentait, n'accusant toutefois ni son roi ni ses saintes.... 11 ne lui échappait qu'un mot : 0 Rouen, Rouen! dois-je donc mourir ici? »

a Le terme du triste voyage était le Vieux-Marché, le marché au poisson. Trois échafauds avaient été dressés. Sur l'un était la chaire épiscopale et royale , le trône du cardinal d'Angleterre , parmi les sièges de ses prélats. Sur l'autre devaient figurer les personnages du lugubre drame, le prédicateur, les juges et le bailli; enfin la condamnée. On voyait à part un grand échafaud de plâtre , chargé et surchargé de bois ; on n'avâit rien plaint au bûcher , il effrayait par sa hauteur. Ce n'était pas seulement pour rendre l'exécution plus solennelle ; il y avait une intention , c'était afin que , le bûcher étant si haut échafaudé, le bourreau n'y atteignit que par en bas, pour allumer seulement, qu'ainsi il ne pût abréger le supplice, ni expédier la patiente , comme il faisait des autres , leur faisant grâce de la flamme. Ici , il ne s'agissait pas de frauder la justice, de donner au feu un corps mort; on voulait qu'elle fût bien réellement brûlée vive ; que , placée au sommet de cette monrègne de bois, et dominant le cercle des lances et des épées, elle pût être observée de toute la place. Lentement , longuement brûlée sous les yeux d'une foule curieuse , il y avait lieu de croire qu'à la fin elle laisserait surprendre quelque faiblesse, qu'il lui échapperait quelque chose qu'on pût donner pour un désaveu , tout au moins des mots confus qu'on pourrait interprêter, peut-être de basses prières, d'humiliants cris de grâce, comme d'une femme éperdue....

* L'effroyable cérémonie commença par un sermon. Maître Nicolas Midy, une des lumières de l'université de Paris, prêcha sur ce texte édifiant : « Quand un membre de l'Église est ma-

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« latle, toute l'Église est malade. » Cotte pauvre Église ne pouvait guérir qu'en se coupant un membre. Il concluait parla formule : « Jeanne, allez en paix, l'Église ne peut plus vous défendre. »

« Alors le juge d'Église, l'évêque de Beauvais, l'exhorta bénignement à s'occuper de son âme et à se rappeler tous ses méfaits, pour s'exciter à la contrition. Les assesseurs avaient juré qu'il était de droit de lui relire son abjuration; l'évêque n'en fit rien. Il craignait des démentis, des réclamations. Mais la pauvre fille ne songeait guère à chicaner ainsi sur sa vie ; elle avait bien d'autres pensées. Avant même qu'on l'eût exhortée à la contrition, elle s'était mise à genoux, invoquant Dieu, la Vierge , saint Michel et sainte Catherine, pardonnant à tous et demandant pardon , disant aux assistants : « Priez pour a moi ! ... » Elle requérait surtout les prêtres de dire chacun une messe pour son âme ... Tout cela de façon si dévote, si humble et si touchante , que , •l'émotion gagnant , personne ne put se contenir : l'évêque de Beauvais se mit à pleurer, celui de Boulogne sanglotait, et voilà que les Anglais eux-mêmes pleuraient et larmoyaient aussi, Winchester comme les autres....

« Cependant les juges , un moment décontenancés, s'étaient remis et raffermis; l'évêque de Beauvais, s'essuyant les yeux, se mit à lire la condamnation. Il remémora à la coupable tous ses crimes , schisme , idolâtrie , invocations de démons , comment elle avait été admise à pénitence, et comment, « sén duite par le prince du mensonge, elle était retombée, ô dou- « leur! comme le chien qui retourne à son vomissement.... <c Donc , nous prononçons que vous êtes un membre pourri, et a comme tel , retranché de l'Église. Nous vous livrons à la « puissance séculière , la priant toutefois de modérer son juge- « ment, en vous évitant la mort et la mutilation des membres. »

« Délaissée ainsi de l'Église, elle se remit en toute confiance k Dieu. Elle demanda la croix. Un Anglais lui passa une croix de bois , qu'il fit d'un bâton ; elle ne la reçut pas moins dévotement , elle la baisa et la mit , cette rude croix , sous ses vêtements et sur sa chair.... Mais elle aurait voulu la croix de ♦l'église pour la tenir devant ses yeux jusqu'à la mort. Le bon Huissier Massieu et frère Isambart firent tant, qu'on la lui apporta de la paroisse Saint-Sauveur. Comme elle embrassait cette croix , et qu'Isambart l'encourageait , les Anglais commencèrent à trouver tout cela bien long; il devait être au moins midi ; les soldats grondaient , les capitaines disaient : t Comment prêtres, nous ferez-vous dîner ici?... » Alors,

CHAULES VII

perdant patience , et n'attendant pas Tordre du bailli qui seul pourtant avait autorité pour l'envoyer à la mort, ils firent monter deux sergents pour la tirer des mains des prêtres. Au pied du tribunal elle fut saisie par les hommes d'armes qui la traînèrent au bourreau , lui disant : a Fais ton office. » Cette furie de soldats fit horreur ; plusieurs des assistants, des juges môme s'enfuirent , pour n'en pas voir davantage.

« Quand elle se trouva en bas dans la place , entre ces Anglais qui portaient les mains sur elle, la nature pâtit et la chair se troubla ; elle cria de nouveau : « 0 Rouen , tu seras donc « ma dernière demeure !... » Elle n'en dit pas plus et ne pécha pas par ses lèvres , dans ce moment même d1 effroi et de trouble Elle n'accusa ni son roi ni ses saintes. Mais , parvenue

au haut du bûcher , voyant cette grande ville , cette foule immobile et silencieuse, elle ne put s'empêcher de dire : <r Ah! « Rouen, Rouen, j'ai grand'peur que tu- n'aies à souffrir de ma « mort!... »

« Elle fut liée sous l'écriteau infâme , mitrée d'une mitre où on lisait : « Hérétique, relapse , apostate, ydolastre.... a Et

alors le bourreau mit le feu Elle le vit d'en haut et poussa

un cri.... Puis comme le frère qui l'exhortait ne faisait pas attention à la flamme , elle eut peur pour lui , s'oubliant ellemême , et elle le fit descendre.

« Ce qui prouve bien que jusque-là elle n'avait rien rétracté expressément , c'est que ce malheureux Cauchon fut obligé (sans doute par la haute volonté satanique qui présidait) à venir au pied du bûcher, obligé à affronter de près la face de sa victime, pour essayer d'en tirer quelque parole.... Il n'en obtint qu'une , désespérante. Elle lui dit avec douceur ce qu'elle avait déjà dit : « Évêque, je meurs par vous.... Si « vous m'aviez mise aux prisons d'Église , ceci ne fût point c advenu. » On avait espéré sans doute que , se voyant abandonnée de son roi , elle l'accuserait enfin et parlerait contre lui. Elle le défendit encore : « Que j'aie bien fait, que o j'aie mal fait, mon roi n'y est pour rien; ce n'est pas lui qui a m'a conseillée. »

ft Cependant la flamme montait.... Au moment où elle toucha, la malheureuse frémit et demanda de Veau bénite; de Veau, c'était apparemment le .cri de la frayeur.... Mais, se relevant aussitôt, elle ne nomma plus que Dieu, que ses anges et ses saintes. Elle leur rendit témoignage : « Oui, mes voix « étoient de Dieu, mes voix ne m'ont pas trompée!... *

jusqu'à sa rentrée dans paris (1422-1436). 469

« Cette grande parole est attestée par le témoin obligé et juré de la mort, par e dominicain qui monta avec elle sur le bûcher, qu'elle en fît descendre , mais qui d'en bas lui parlait, l'écoutait et lui tenait la croix.

« Nous avons encore un autre témoin de cette mort sainte ; un témoin bien grave, qui lui-même fut sans doute un saint. Cet homme dont l'histoire doit conserver le nom , était le moine augustin, frère Isambart de La Pierre....

« Vingt ans après , les deux vénérables religieux , simples moines , voués à la pauvreté et n'ayant rien à gagner ni à craindre en ce monde, déposent ce qu'on vient de lire : « Nous « l'entendions, disent-ils, dans le feu, invoquer ses saintes , «son archange; elle répétait le nom du Sauveur...- Enfin, « laissant tomber sa tête, elle poussa un grand cri : « Jésus 1 »

« Dix mille hommes pleuraient.... Quelques Anglais seuls riaient ou tâchaient de rire. Un d'eux , des plus furieux , avait juré de mettre un fagot au bûcher ; elle expirait au moment où il le mit, il se trouva mal ; ses camarades le menèrent à une taverne pour le faire boire et reprendre ses esprits ; mais il ne pouvait se remettre : « J'ai vu, disaitril hors de lui-même, j'ai « vu de sa bouche , avec le dernier soupir , s'envoler une co- « lombe. » D'autres avaient lu dans les flammes le mot qu'elle répétait : « Jésus! » Le bourreau alla le soir trouver frère Isambart; il était tout épouvanté; il se confessa , mais il ne pouvait croire que Dieu lui pardonnât jamais.... Un secrétaire du roi d'Angleterre disait tout haut en revenant : « Nous som- « mes perdus; nous avons brûlé une sainte1. » \ /? •//<-•

Rêver* «les Anglais. Sacre do roi anglais à Paris (14:31). — La sorcière , la diablesse était brûlée, le charme rompu sans doute, les sortilèges dissipés; rien n'empêcherait plus les Anglais de conquérir bientôt le royaume de France. Toutefois , avant qu'ils recouvrassent la puissance de fait , ils jugèrent à propos de mettre de leur côté la puissance de droit, de légitimer leur jeune Henri VI en le faisant sacrer. Le sacre auquel Charles VII avait été conduit par un agent du démon étant, par cela même, nul et non avenu, ils voulaient conférer à leur petit prince un sacre bien orthodoxe et irrépréhensible.

Ce fut pour eux une première déception. La cérémonie eut lieu le 16 décembre 1431 , non pas à Reims > où les Anglais n'étaient plus, mais à Paris. Pour officiant, un prélat anglais,

â. Michelet, Histoire de France, t. V, p. 166-176.

le cardinal Winchester , au grand mécontentement de l'évêque de Paris; pour assistants, des lords d'Angleterre, et pas un prince de France ; ni libération de prisonniers, ni réduction de taille , ni largesse au peuple. « Un bourgeois qui marierait ses enfants ferait mieux les choses , » disait-on dans la toute ville.

Un mécontentement universel fut le résultat de cette cérémonie qui était destinée à rendre le roi Henri VI populaire. Allaient-ils au moins retrouver à la guerre leur ancienne bonne fortune?

D'abord , ils ne purent prendre Gompiègne , qui résista six mois et fut délivré , puis le maréchal de Boussac fut sur le point de leur enlever Rouen : son avant-garde était déjà dans le château, quand ses bandes se prirent de querelle sur le partage du butin , « lequel n'était pas encore gagné. » Tout fut perdu (1432). Dunois réussit mieux à Chartres; il s'était entendu avec un prédicateur en renom , lequel annonça qu'il prêcherait tel jour, dans telle église; toute la garnison anglaise assista dévotement au sermon , et pendant ce temps-là les Français prenaient la ville. Les Anglais , à qui on enlevait une place si importante, .ne pouvaient pas même prendre une bourgade. Un certain capitaine français, du nom de Jean Foucault, un très-mauvais homme d'ailleurs, s'était posté à Ligny et inquiétait fort les environs de Paris. Le duc de Bedfort, le comte de Warwick allèrent , en grand appareil , assiéger la petite place. Ils avaient amené la grosse artillerie, ils battirent les remparts en brèche , et , la brèche pratiquée , ils aperçurent les assiégés qui les attendaient bravement. Alors ils prirent le parti.... de s'en retourner à Paris, où ils arrivèrent la veille de Pâques, apparemment, dit avec malice le Bourgeois de Paris dans son Journal, apparemment pour se confesser! Pendant ce temps, des officiers de fortune, au service du roi de France, s'emparaient de Saint- Valéry, de Gerberoy, de Saint-Denis, etc.

Rupture de Vaillance an^lo-bourguignonne. — Les Anglais, partout malheureux , avaient d'autant plus besoin de l'alliance du duc de Bourgogne ; mais Philippe le Bon avait entre les mains quelques fragments d'une correspondance échangée entre les deux frères , Bedfort et Glocester. Celui-ci proposait de faire arrêter le duc de Bourgogne; l'autre répondait qu'il valait mieux le tuer, pourvu que l'on choisit un moment favorable , que la chose pût se faire sans danger , qu'on le tuât à Paris, par exemple, à un tournoi où il serait invité.

jusqu'à sa rentrée dans paris (1422-1436). 471

En attendant cette bonne occasion , les deux ducs avaient écrit aux Gantois pour les pousser à la révolte , en leur offrant l'appui de l'Angleterre. Une femme s'efforçait d'empêcher cette rupture , la duchesse de Bedfort , sœur de Philippe le Bon ; elle mourut en novembre 1432.

Chaque faute que commettaient les Anglais était aussitôt et très-habilement exploitée par le Breton , qui dirigeait alors toutes les affaires de la cour de France , par ce connétable Richemont , dont la politique très-sensée consistait à rapprocher l'un de l'autre le roi de France et le duc de Bourgogne/à retourner, pour ainsi dire , le traité de Troyes contre les Anglais. Le changement semblait facile en ce qui concernait Philippe le Bon , car il ne manquait pas de griefs ; mais , par une sorte de fidélité chevaleresque envers des amis ingrats , le prince bourguignon ne voulut d'abord se prêter qu'à des négociations générales pour le rétablissement de la paix, et un véritable congrès européen fut convoqué à Arras pour l'année 1435.

Traité dMrra» (14=35). — A l'époque indiquée, on vit arriver dans cette ville les représentants de tous les États chrétiens : ambassadeurs du pape, de l'empereur, des rois de Castille, de Navarre, d'Aragon, de Portugal, de Sicile, de Naples, de Chypre, de Pologne, de Danemark; députés des bonnes villes du royaume , députés de l'Université ; le connétable de Richemont , avec dix-huit grands seigneurs pour le roi de France; le cardinal de Winchester avec nombre de lords pour l'Angleterre ; enfin le duc de Bourgogne.

Les conférences s'ouvrirent le 5 août H35, à la chapelle de Saint- Wast. Les Anglais demandèrent d'abord l'exécution pure et simple du traité de Troyes, puis que chacun gardât ce qu'il possédait, et, comme on ne leur offrait que F Aquitaine et la Normandie en toute souveraineté, ils partirent d'Arras le 6 septembre. Alors tout le monde supplia le duc de Bourgogne de rendre la paix à la France. Il avait bien des scrupules : d'abord il avait juré de venger la mort de son père -r Les cardinaux-légats qui présidaient l'assemblée s'offrirent à le délier tout aussitôt de ce mauvais serment. — Ensuite il avait signé le traité de Troyes. — Les jurisconsultes lui affirmèrent que ce traité était nul , de toute nullité , vu que la loi romaine défend de traiter de la succession d'une personne vivante. Sur ces entrefaites Bedfort mourut. Le duc cette fois se crut libre de tout lien , et, le 21 septembre 1435, il signa le traité d'Ar-

ras. Il était convenu « que le roy dira ou par ses gens notables suffisamment fondés fera dire à monseigneur de Bourgogne que la mort de feu monseigneur le duc Jean, son père (que Dieu absolve), fut uniquement et mauvaisement faite par ceux qui perpétrèrent ledit cas, et par mauvais conseil, et lui en a toujours déplu, et à présent déplaît de tout son cœur; et que

s'il eût sçu ledit cas et en tel âge et entendement qu'il a à présent, il y eût obvié à son pouvoir; mais il étoit bien jeune, et avoit pour lors petite connoissance , et ne fut point si avisé que d'y pourvoir. Et priera à mondit seigneur de Bourgogne que toute rancune ou haine qu'il peut avoir à l'eneontre de lui à cause de ce, il ôte de son cœur, et qu'entre eux ait bonne paix et amour.

a Que peur l'âme dudit feu monseigneur le duc Jean de Bourgogne seront faites -les fondations et édifices qui s'ensuyvent, c'est à savoir en l'église de Montereau, en laquelle fut premièrement enterré le corps dudit feu monseigneur le duc Jean, sera fondée une chapelle et chapellenie perpétuelle d'une messe basse de requiem chacun jour perpétuellement, laquelle sera douée convenablement de rentes amorties jusqu'à la somme de 60 livres parisis par an.

« Avec ce, en ladite ville de Montereau, ou au plus près d'icelle que faire se pourra bonnement, sera fait, construit et édifié, par le roi et à ses frais et dépens, une église, couvent et monastère de chartreux, lesquels chartreux seront fondés par le roi de bonnes rentes et revenus annuels et perpétuels, bien amortis suffisamment et convenablement jusqu'à la somme de 800 livres parisis de revenu par an.

Hôtel de ville et beffroi d'Arras.

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« Que sur le pont de Monte reau, au lieu où fut perpétré ledit mauvais cas, sera faite, édifiée et bien entaillée, et entretenue à toujours une belle croix, aux dépens du roi, de telle façon et ainsi qu'il sera avisé par monseigneur le cardinal de Sainte-Croix et ses commis.

« Qu'en l'église des Chartreux-lez-Dijon, en laquelle gît et repose à présent le corps dudit feu monseigneur le duc Jean, sera fondée par le roi et à ses dépens une haute messe de requiem, qui se dira chacun jour perpétuellement, laquelle fondation sera douée de bonnes rentes amorties jusqu'à la somme de 100 livres parisis de revenu par an. »

Venaient ensuite les satisfactions plus réelles accordées au duc de Bourgogne : cession à perpétuité des comtés d'Auxerre et de Màcon, des châtellenies de Péronne, Roye et Montdidier ; cession, sous faculté de rachat, des villes de la Somme : Saint Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville, Saint- Valéry ; cession des redevances du comté d'Artois; exemption accordée au duc pendant sa vie et celle du roi de tout hommage, ressort et souveraineté, de sorte qu'il fût véritablement roi dans ses domaines.

Charles VII à Paris (14=36.) — Ces concessions étaient humiliantes et dures; mais elles eurent une compensation immédiate : le traité d'Arras donna Paris au roi de France. Les bourgeois appelèrent le connétable de Richemont, et le 29 mai 1436 lui ouvrirent la barrière Saint-Jacques. Lord Willoughbj et les 1500 Anglais qui gardaient Paris s'enfermèrent dans la Bastille; Richemont aurait bien voulu les y prendre, car il calculait que la rançon de tant de riches seigneurs lui vaudrait au moins 200000 livres; mais il n'avait rien reçu du roi pour cette expédition ; il manquait de tout ce qu'il eût fallu pour un siège. Les Anglais offrirent de rendre la Bastille à condition qu'on leur permit de se retirer avec leurs biens et ceux qui voudraient les suivre. La capitulation fut acceptée. Ils sortirent par la porte Saint- Antoine, firent le tour des remparts, accompagnés par les huées du peuple, et s'embarquèrent sur la Seine, pour rentrer à Rouen.

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