‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 16 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Mitanthrope, ^ Le roi défie l'Europe, attaque TEspagne. 1662-1866.

Dans cette même année 1665, où les Grands jours marquèrent l'apogée de son énergie^ Colbert retomba rudement. L'Assemblée du clergé qui reste onze mois en permanence s'ouvre et finit par les cris calculés d'une furieuse douleur, des soupirs de colère, des larmes menaçantes. Le clergé pleure d'abord sur les enfants rendus aux protestants. Il pleure les prêtres condamnés aux Grands jours par des laïques, exécutés (pour meurtres). Douleur économique qui lui permet de garder son argent, de refuser secours au roi. Il tient bon. C'est le roi qui cède, pour avoir quelque chose. Il abandonne la réforme du clergé, qu'avaient demandée les Grands jours. Défense aux juges laïques d'intervenir dans les affaires de prêtres. L'Église juge l'Église; cette maxime du moyen âge n'est pas expressément écrite, mais elle est pratiquée. Le monde saint est désormais fermé. Une décence admirable couvrira tout. Nul scandale ne rompra la noble harmonie de ce siècle.

Autre concession, immense, contre les protestants. Une déclaration royale convertit en lois générales tous les arrêts locaux rendus contre eux depuis dix ans.

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En vain Félecteur de Brandebourg s'intéressa pour eux. En vain Colbert voulait les ménager dans l'intérêt de ses créations industrielles. Le roi donna de bonnes paroles à rélecteur. Et, pour Colbert, s'il put les protéger dans le haut commerce et la grande fabrique, il ne put empêcher qu'on ne les exclût de tous les petits métiers (chose bien autrement importante). Exemple : les lingères de Paris interdisaient l'aiguille aux pauvres protestantes et les faisaient mourir de faim.

Le clergé avait dit, quant aux enfants enlevés, qu'il n'obéirait point au roi, et ne les rendrait pas. Il tint parole. Quand on essayait de le faire, il ameutait son peuple de dévotes, ses mendiants, ses marchands, etc.

Les malades protestants, au lit de mort, étaient assaillis par les moines. Pour arrêter ce mal^ on l'aggrava. Le moine ou le curé dut attendre à la porte; mais le juge du lieu entrait au nom du roi, demandait au malade dans quelle foi il voulait mourir. Scène cruelle et souvent meurtrière; cette entrée solennelle de l'homme de la loi saisissait les malades; tel qui eût résisté au prêtre cédait au juge, aux craintes qu'on lui donnait pour sa ftimille, mourait désespéré, malgré lui catholique par autorité de justice.

La reine mère meurt en janvier 1 666, en laissant à son fils une dernière prière, celle d'exterminer Thérésie. Le roi était bon fils ; il avait par moments blessé pourtant sa mère ; d'autant plus dut-il prendre à cœur cette dernière parole par laquelle elle crUt expier les faiblesses de sa vie. On ne lui demandait, du reste, que ce qu'il désirait luimême. L'extinction de l'hérésie en France, en Europe l'humiliation des prote stants, surtout de la Hollançle, la conversion de l'Angleterre (sans doute à main armée), c'était l'ambition naturelle du chef du monde catholique, de l'héritier futur des rois d'Espagne, du vrai successeur de Philippe IL

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Ghaonn voûtât Yeak la ^uficve, ^et ilaoour s'en réjouissait. Deux (homm^ seuls, à ce mQœettt, les plus grands à coup sûr, €oU>ert, Molière, s'attristent, ^olbert advesse au roi ses premières rplaintes «ur TeiiGès des dépenses, ill s'effraye deTextension des couvents. Il donne des primes à la population, une peasinn à ^qui a dix ^enfants. Triste ^veu de l'état du pays, sous une prospérité tfaclioe.

Le grand esprit du siècle, celui qui, jour par jour, en écrit la formule^ Molière, comme s'il lisait la France au sourcil froncé de tColbert , domie cette année^^j^l ifi^on^ ^throjaj^ Une pièce infiniment hardie ( plus que Ta/rt\itfe peut- être et plus que Don Juan), €ar, si Alcest e j^ronde , : c'e^-8ur~tarrotrf | pins que sur Célimène. Mais qu'est-K^ que la cour, sinon Te m onde du roi, arran gé pour lui et p ar lui? Ces mauvais choix pour Tés emjiois publics qui révoltent Alceste, qui donc les fait, sinon le roi?

Le Misanthrope fut joué chez Madame d'.abord, et, je crois, fait pour elle. Depuis un an, son influence avait pâli encore. On avait cru qu'elle mourrait presque avec la reine mère. La cabale avait imprimé en Hollande les AmouYs de Madame et du comte de Guiche. On stimulait Monsieur; tantôt il la persécutait pour qu'elle le protégeât auprès du roi et qu'elle lui obtînt le Languedoc; tantôt il faisait le jaloux à froid, et lui faisait affront, pour qu'elle en crevât de dépit. Enceinte après sa couche de 1664, elle était fort souffrante, et l'enfant ;nourut dans son sein (juillet 1665). Le pis, c'est qu'elle ne pouvait plus accoucher de ce cadavre, qui ne vint que par lambeaux. Monsieur, le même jour, partit avec son monde, gaiement et à grand bruit, tenant à constater que la chose ne le touchait guère. Le roi fut convenable, mais il n'aimait pas les malades. Il était très-flottant en cette année (1666). Cependant la Vallière, acceptée de sa mère et du parti dévot, le reprenait toujours; elle redevint wiceinte.

Madame, éclipsée, un peu seule, languissait au Palais -

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Royal, lorsque Molière osa lui donner cette iéte, une pièce d'opposition har^, où il a mis son cœur autant -que dans VÉeoh dts femmes. 11 y mêle la cour, son m énage et sa j alous ie, ses ni potirs et ses haines. La prude Arsinoé (la vraickS œur de Tartij li) est évidemment de la pieuse cabale. La sensible Ëliante, qui triomphe à la fin, a- la douceur d'Henriette. Tous les visages étaient reconnaissables. C'est ce qui amusa le roi et lui fit supporter la pièce. 11 aimait à humilier «es amis mêmes. Lauzun fort en faveur, Guiche encore en disgrâce, y étaient et firent rire. « Le grand flandrin , » qui perd le temps , . etc. , fut reconnu pour Guiche, le chevalier de Madame. Elle demanda grâce pour lui. Molière n'y voulut rien changer. Le roi probablement tenait à ce passage. Molière aussi; au fond, le trait était favorable à Madame; il répondait au libelle de Hollande, montrait le néant du héros de ce tout romanesque amour. Le roi, à la mort de sa mère, avait quitté Paris, vivait à Saint-Germain ou à Fontainebleau, en attendant qu'il se fît un palais. Colbert craignait ce coup. 11 voyait venir la terrible et ruineuse création de Versailles (qu'on ne referait pas avec un milliard d'aujourd'hui , dit justement M. Clément). Pour retenir le roi, Colbert se fait maçon. 11 rebâtit le Louvre, il augmente les Tuileries. Il écrit, pour le Louvre, un pamphlet contre Versailles. Le tout en vain. Vers 1670 s'arrêtent les travaux de Paris; Versailles dès lors absorbe tout.

Paris parlementaire, Paris dévot, Paris railleur, Paris plein de cabales, tous ces Paris divers étaient insupportables au roi. Toute la bourgeoisie parisienne avait encore l3 costume de Louis XIU, le noir habit qu'adopta l'Angleterre puritaine. Choquant contraste, rébellion visible, devant le costume de la cour, historié de cent couleurs, pomponné de rubans, dentelles, surchargé du chapeau à plumes, et grotestement léonin par la vaste crinière dont le courtisan pare son chef. Ces perruques, naguère des-

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