LE ROI DÉFIK L'EUROPE, ATTAQUE L'ESPAGNE
Le roi, « par grandeur de courage, » avait ouvert son règne en défiant toutes les puissances. 11 méprisait parfaitement les ménagements de Mazarin. Richelieu même, si fier, n'avait jamais bravé ainsi le monde; il fut très-attentif à se créer des alliances, et il eut toujours la moitié de l'Europe pour lui.
Quelle que soit mon estime pour les très-beaux travaux qu'on a faits sur ce règne, je ne puis accorder que ceci soit une continuation de la politique antérieure. J'y vois une déviation subite, étourdie, violente. Le talent des agents français, la dextérité de Lyonne, l'homme de Mazarin, ne changent rien au fond des choses . Ils n'en rendent pas plus raisonnable ce défi qu'un roi de théâtre lance à toute l'Europe. — Impunément, ce semble, pour le premier moment, mais en jetant partout des germes profonds de haine, en se créant d'infinis obstacles pour l'avenir, en préparant, de bravade en bravade, la honte, la banqueroute, et un tel amaigrissement de la France, qu'un siècle ne put l'en relever.
La grande proie, visée par Mazarin, était l'Espagne. Mais, en la poursuivant, il fallait bien savoir ce qu'on voulait. Quelle que fût sa misère, sa faiblesse actuelle, on ne pouvait oublier qu'il y avait là la ruine d'une grande nation. Devait-on ^affaiblir encore, en arracher des membres un à un, ou bien agir en bon parent, en héritier, et se mettre en voie d'obtenir un jour toute la grande succession? L'extinction probable de cette dynastie maladive en faisait prévoir l'ouverture pour un terme peu éloigné.
Encore une fois, qu'était Louis XIV? Gendre de Philippe IV, ou son ennemi?
Sa conduite, visiblement double, fut extrêmement irritante.
Un an à peine après son mariage avec l'infante, au mépris du traité, il donne au Portugal une épée, un poignard contre l'Espagne, rexcellent général Schomberg et de XII'. 6
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bons offiders ; il solde des troupes att^foides pour envoyer aux Portugais et faire accabler son bcati*père. fl l'humilie dbins Londres, où il exige la préséance po«r son ambassadeur à main armée. Mazarin avait stipulé l'égalité des deux couronnes. Louis XIV ôe s'en contente ]^s, et, sur cette question d'étiquette, il menace de rompre. Beau-père et plus âgé, c'est le roi d'Espagne qui cède; îl envoie ses excuses à un gendre de vingt-trois ans (160«).
Ces procédés si violents n'empêchent pas qu'en même temps Louis XIV ne veuille obtenir d'amitié l'annulation des renonciations de sa femme à la couronne d'Espagne. Il se porte pour héritier et roi possible du peuple qu'il vient d*outrager.
H négocia constamment en deux sens, contre l'Espagne et avec elle. D'une part, il détache d'elle la Hollande et les Suisses, leur demande de ne pas garantir les provinces espagnoles. 11 s'intitule déjà duc de Milan ; îl menace les Pays-Bas, il veut la Franche-Comté. Que Philippe IV lui donne la Comté seulement et le fasse héritier (éventuel) de la monarchie espagnole, il l'aidera contre la Hollande et l'Angleterre, avec qui il vient de traiter. Étrange politique, double, violente, indifférente aux principes comme aux amitiés. 11 s'offre à tous, menace ou corrompt tous, et «emble avoir à tâche de leur inculquer bien qu'il n'y a aucun fond à faire sur la parole de la France, -et que son allié le plus intime en pourra craindre tout.
Il en est tout de môftie pour les puissance» maiitimes, l'Angleterre, la Hottende. Le roi agit à leur égard tout à la fois en ami et en ennemi. Et ici, chez des peuples libres, le résultat est grave. Dans l'un et dans l'autre pays, il y avait un parti français. La France, en peu d'années, à force d'imprudences, va anéantir ce parti.
En 1662, lorsque le mariage de Madame semblait lier Louis XIV et Charles II, lorsque celui-ci en Portugal faisait au profit de la France la guerre contre l'Espagne
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Louis XrV n'en irrite pas moins l'orgweîl anglaîs pour la question du pavillon. L'Angleterre, après ht Hoîbndc, était la grande puissance maritime, et ses vaisseaux couvraient les mers. Louis XIV exige le salut de cette grande marine pour la sienne, qui n'est pas encore. Question d'avenir, qu'on devait ajourner. Une lettrevîolente et menaçante du roi provoqua les Anglais, humilia devant son peuple ce Charles II, instrument de la France et qu'elle eàtdû ménager à tout prix.
Même année, autre coup, qui rend l'Angleterre inconciliable. Le famélique et prodigue Charles II nous vend Dunkerque(1662). Très-importante acquisition, qui assurait notre frontière. Seulement une telle Tente perdait dans l'avenir le roi sur lequel notre cour mettait tant d'espérance. Les Anglais surent dès lors qu'un Français (et un catholique) siégeait sur le trône d'Angleterre.
La même politique, inconséquente et violente, tua en Hollande le parti de la France. Le grand citoyen, Jean de Witt, était Français dans l'intérêt réel de sa patrie. Il y voyait grandir^à l'horizon le jeune Guillaume d'Orange, le péril futur de la république, l'espoir du parti militaire et antimaritime, que patronnaient fort les Anglais. Jean de Witt alla loin dans son amitié pour la France, puisqu'elle obtint par lui que, si elle faisait la guerre à l'Espagne, la Hollande ne défendrait pas les Pays-Bas espagnols, laisserait prendre sa barrière naturelle de tant de places qui la couvrait. Grande et dangereuse concession d'avenir pour laquelle de Witt obtint l'avantage présent, très-doux au commerce hollandais, qu'on réduirait pour ses vaisseaux les droits mm par Mazarin sur l'entrée des savires étrangers.
Louis XIV haïssait la Hollande, et Colbert jalousait son énorme prospérité. Ni, l'un ni l'autre ne sentait combien il était important pourHEious de maintenir à la tête du pays de Witt et son gendre Ruyter, l'immortel amiral, l'ennemi