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LE MISANTHROPE

naturel des Anglais, autrement dit, combien il importait de tenir divisées les deux puissances maritimes que la victoire du parti orangiste eût réunies. Si une telle union se faisait, il était facile à prévoir que la marine de Colbert, que toutes ses créations, colonies, industrie^ commerce, courraient de grands hasards.

La Hollande achetait nos vins, nos eaux-de-vie, et les portait dans tout le Nord. En échange, elle nous donnait des draps, des toiles. Le petit peuple de Hollande vivait de ces fabrications. La rude guerre maritime que les Anglais, sans cause ni raison, commencèrent par la saisie des vaisseaux hollandais, gêna fort le commerce de cette république, et, par suite, son industrie. Louis XIV la secourut très-faiblement. 11 lui avait porté le très-sensible coup de frapper de gros droits les draps et toiles, quarante livres par pièce de drap ! Arrêt dans la fabrication, chômage, etc. Le \ 3 juin, une grande défaite de la flotte hollandaise exaspéra le peuple^ fit crier à la trahison.

Cette situation terrible n'effraya pas de Witt. Elle fit éclater la grandeur de son caractère. Ce politique, ce savant, cet élève de Descartes, homme jusque-là de cabinet, monte sur la flotte. Mais la mer est anglaise, elle le repousse à la côte. De Witt ne s'effraye pas. Il repart après la tempête, entre dans la Tamise, et, sous les batteries des Anglais, lui-même, hardi pilote, fait tranquillement le sondage des passes principales du fleuve. Menace redoutable d'invasion qui avertissait les Anglais. Ils respecté- .rent la flotte -de Hollande, n'acceptèrent point la bataille. :Et de Witt rentra en triomphe.

A ce moment, Louis XIV portait les derniers coups à son beau-père, Philippe IV. Ce prince infortuné, souffrant de maladies cruelles (paralysie, rétention d'urine, etc.), avait cédé à l'insolence de son gendre, dans l'espoir de trouver en lui un protecteur pour son fils au berceau, le petit Charles, qui allait rester orphelin. Ce-

LE ROI DÉFIE l'EUROPE, ATTAQUE l'eSPàGNE. 85

pendant son abaissement ne lui avait pas profité. Louis XIY ne lui permettait pas seulement d'entretenir ses fortifications des Pays-Bas, d'en compléter les garnisons. Par un luxe de perfidie qu'on ne peut expliquer, il renouvelait à Madrid la vieille idée d'une croisade de la France et de TEspagne pour la conquête de TAngleterre, — et cela au moment où le roi d'Angleterre, en nous rendant Dunkerque, ne révélait que trop à quel point il était Français.

En 4665, ce qu'on avait longuement préparé arrive enfin et s'exécute. Schomberg, nos officiers français^ conduisant l'armée portugaise, accablent celle d'Espagne à la bataille décisive de Badajoz. Et Philippe lY en meurt. L'Espagne et l'enfant Charles restent aux mains de la veuve, une Allemande, dirigée par son confesseur, le jésuite autrichien Nithard. La veuve et Nithard ne font rien, ne préparent nulle défense. Et pourquoi? Ils ne pouvaient rien; en essayant d'armer, ils n'auraient fait que provoquer Louis XiV. C'était à lui, époux de l'infante d'Espagne, de voir s'il voulait faire la guerre au frère de sa femme, âgé de deux ans, à son propre neveu, son pupille naturel, sans défense, qui, contre ses coups, n'avait d'abri que son berceau. A lui, héritier très-probable de cet enfant malade, à lui de voir s'il voulait outrager l'Espagne dans sa^ombe, ce neble peuple déchu par ses fautes sans doute, mais aussi par sa grandeur même, qui l'avait épuisé, dispersé par toute la terre.

Le mourant, en bon Espagnol , n'avait formé qu'un vœu : que, si l'Espagne devait recevoir un maître étranger, du moins ce fût un maître faible qu'elle absorberait, assimilerait et ferait Espagnol. Voilà pourquoi il avait marié sa seconde fille à son cousin d'Autriche, et sans Inî faire faire de renonciation. Au contraire, unie à la France, l'Espagne avait à craindre de se perdre. Cette préférence pour Léopold n'avait rien d'injurieux pour nous. On ne voulait rien qu'exister. Mais, sous un roi si dur, si

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ouCrageusement hautain pour ses parents (Philippe IV), pour ses ami» (le coi d'Ângletei^re), pour le vieux pape lui-même, r£â{>agae ne pouvait qu'attendre la hontei IfauaéantisseHient.

Le préteiite de k'invasîou fut ridicule* Dans une provinoe des Payâ-Bas, il était de droit civil qu'un des époux mourant;^. la propriété de tous leurs âefs passât à leurs enfants; le survivant n'avait qu'un usufruit. Le but unique était d-esipéeher ce survivant de se remarier. Jamais cette couimaoe de ftrabant n'avait ^é étendue aox autres provinees, jamais elle n'avait eu de p<»rtée palitique, n'avait rë^ U haute question de 1» souveraineté des Ëtats.

Louis XIV aUégua de plus quMl Bi' avait pas reçu la dot d'argenkt promise au mariage,, qu'il V4>uiait se payer eu teries». Mais ne fallait-il pas aupavarrant, c»tre parents, s'entendre et s'expliquer, chercher un arrangement, tout auk moins avertir et assigner le débiteinr, un mineur^ un enfant? Fallaitr-U employer pour coulrainte le £e£ et le £eu, se mettre en garnisaire chez l'orphelin» et, pour ce payement, l'égorger?

Du reste, Louis ÎJV ne dit poimi eela au momesit nftturelv à la mofft de Philippe. IV. Au eeiitraire, iL rassusa la veuve et Nithnsd. Il dupa celui -et, fut plus jésuite^ que le jésuite. IL dk : c Le jeune roi est. mon beau-frère. Je le protégerai, lui donnerai toutes les marques d'aotttié, de tendresse, qui sont en mon pouveir. »

Dès lors il pcépaeait la guerre, et, par des. négociations habiles et siûvies par toute TEurope, il assurait,, complétait l'isolement de TorpheUn.

Un portrait admirable, gravé db ta mai& da Naateuil {BibL de S(nniê-G€nevièifi)y^ nous domae naïvement le roi d'alors. U triomphe de sa &4isseté^ s'eaSéUdte et s't a aâ«mire*. Il ciigaea na^lieieuflemânte éa Vceily semble dira : « Ab ! que je suis an I »

A. quoi bon? J0 ne le veisr paSb ft était fe aeul foct

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