‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 23 sur 96 · LÀ CONQUÊTE DE LÀ FLANDRE · texte numérisé non relu

LÀ CONQUÊTE DE LÀ FLANDRE

de Jordacns. Œuvre pantagruélique d'un burlesque su* blime qui eût enchanté Rabelais. C'est Gargantua en largeur, moitié baleine et moitié homme. Ses gro$ yeux noirs, saillants sur son visage rouge, superbement tanné, lancent la vie à flots, une redoutable bonne humeur et la contagion de la victoire.

C'est l'invincible et l'infaillible, c'est le pape de la mer. Dans le tableau^ il parle, et on entend le tonnerre de sa vodx. Jordaens a dû le suivre, le prendre en plein combat, 4ans ses gaietés royales, quand son àme joyeuse emplissait une flotte, quand les boulets pleuvaient, que les vaisseaux en feu sautaient autour de lui. Il lui fallait ces grandes fêtes, conmie le bal qu'il donna aux Anglais en juin 4666; il dura trois jours et trois nuits.

^ En juin 4667, il alla droit dans la Tamise, au jour dît, le 4 juin. Et c'est justement cette ponctualité qui surprît les Anglais. Ils croyaient qu'il n'irait pa& seul. Il cassa comme un fil la chaîne qui fermait la Medway, prît le fort de Sbeerness, prit, brûla des vaisseaux, détruisit ou enleva les magasins, remonta la Tamise vers Londres. Les Anglais consternés eurent tout le temps de voir le Hollandais se promenée, boire sa bière et soigner ses poules; il y tenait beaucoup et les avait toujours à bord ; c'était son amusa* ment.

Il se trouva si bien dans la Tamise, qu'il ne voulait plus s'en aller. Il restait à attendre pour voir si les Anglais yt réveilleraient Gela dura plusieurs semaines. Cependant la Hollande faisait à l'Angleterre dûs propositions honorables, étonnantes mémÊ. Elle voulait calmer à tout prix l'orgueil soufirant de sa rivale. Elle lui offrait de saluer le pavillon anglais dans les mers anglaises. Partout ailleurs, égalité. On gardait ce qu'on avait pris des deux côtés. L'Angleterre accepta (31 juillet 1667). Elle était furieuse^ mais contre son roi qui l'avait laissé-humilifir- Ce fut encone un coup Citai à notre roi fnmçais de Londres, donc à Louis XIV xnéflae.

On pouvait croire que l'Espagne aux. aboLs allait appeler à soa aide les deux puissances maritimes^ s'ouvrir à elles plutôt qu'à son parent perfide. TureniBe n'eut nulle envie d'avancer. Il ne quitta point le pays wallon, s'attacha aux frontières de la langue française, s'en alla à gauche à Tcnirnai, qu'il prit (24-25 juin), enfin Douai (^6 juillet)».

Guesre sans guerre, où pourtant les Belges as&orent que les troupes de Louis XIV faisaient beaucoup d'excès. Lt Hollande intervint, proposa sa médiation (4 juillet),, que le roi ne repoussa pas. Seulement il voulait, outre la Flanr dre française, avoir la Franche-Comté et le Luxembourg;. Ce LuxemlMMtfg l'eût mené en. Hollande.

Il y avait sept grandes semaines que le roi était loin des dames-. Il se chargea de leur porter les drapeaux qu'on avait reçus plutôt que pris, et il alla chercher la reine pour la montrer, réchauffer ses nouveaux sujets qui n'applaudissaient gttè^e et faisaient triste mine.

Pour qui revenait-il? Pour la Ydiière, alors enceinte? En partant, il L'availî installée à Versailles et fait duchesse, en légitimant ses enfants. Pour une passion dont l'attrait avait été k mystère, gô grand éclat n'était, pas d'un bou signe.

Les habiles le voyaient flotter. Lt Choisy avait touiexprès fait venir une jolie demoiselle qui ne réussit pas. Les rieiises (la Moniespan) trouiuérent moyen de rendre ridicule la paumre provinciale. Le roi n'esa raimer.

Avec un air si absolu,, il dépendait beaucoup de l'opi*^ xâon, suivait ceUe de sea entourages» En o& moment, il avakpris de l'engouement pour un fat^ qui n'avait, que tfop d'infiuenfie sur lui.

Lauflun, un cadet de Gascogne, simple officier au régjL* ment des GramaKi^nt, ses parents, avait percé par l'inscH lenœ^ Il n'avait pas les dons brillants de Vardes^ ni aucun ttévite solide; nul talent; on le vit dès qu'il fat dana les hauts emi^lois. C'était un petit homme blondasse, vif, hardi

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et bien fait, de mauvaine mine, aigrefin, Tair méchant. Il était hargneux, provoquant, il marchait sur les femmes, et son amour était Tinsulte. Il leur plut fort. « Il est extraordinaire en tout, » dit Mademoiselle avec enthousiasme.

Il avait choisi pour emblème une fusée^ pour aller au plus haut. Il déplut; on le mit d'abord à la Bastille. Là, notre homme songea et se retourna en gascon. Ses amis le trouvèrent désespéré, la barbe longue ; il la laisse pousser et ne la coupera pas que son maître n*ait pardonné. Il va mourir si on ne lui pardonne. La comédie lui réussit et lui gagna le roi. Les valets Tennuyaient, il aima mieux ce méchant petit dogue qui mordait tout le monde, ne léchait qu'une main, assaisonnait la bassesse par l'impertinence.

Le roi lui donne d'abord son régiment de dragons, un joujou personnel qu'il s'amuse à former lui-même. Superbe occasion de dépense. Or Lauzun n'avait rien. Il fallait brusquer la fortune. Beaucoup de gens trouvaient que la Vallière durait longtemps. Si l'on pouvait donner au roi une maîtresse, la cour changeait, la pluie des grâces allait se détourner. Lauzun vanta la Montespan. Cela n'avait pas grande chance. Le roi la connaissait, la voyait tous les jours sans y faire attention. 11 l'avait connue demoiselle chez Madame, où elle fut brouillonne, intrigante, se fit chasser. Puis, il l'avait revue mariée chez la reine, médisante, se moquant de tout. Elle avait épousé Montespan, homme d'esprit, petit-fils du bouffon Zamet, et elle en avait eu un enfant. Elle avait déjà vingt-sept ans. C'était une fort belle Poitevine, enjouée, grande et grasse. Son portrait (à Fontainebleau) la représente assise, nourrissant de jolis enfants dont l'un tette avidement ses beaux seins pleins de lait. Eh bien, ces attributs touchants, cette plénitude charmante de la seconde jeunesse qui éclipse la première, ici ne charment pas du tout. On ne là sent pas vraiment mère. Pas un enfant n'irait à elle. Elle n'aimait point les enfants, ni les siens même, ni personne. Avec ce

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grand luxe de chair, cette richesse de vie et de sang qui souvent donne au moins certaine bonté physique, une nature ingrate perce pourtant. Le peintre, en appelant ce portrait- là la charité^ a l'air de se moquer de nous.

Elle a dit elle-même qu'elle n'était venue à la cour que dans le ferme propos de se faire maltresse du roi. Le roi jusque-là aimait trois femmes très-bonnes, la reine, Madame et la Vallière. Il craignait les méchantes. La Montespan fut patiente, elle se fit d'abord accepter de la reine en parlant contre la Vallière, puis de la Vallière elle-même, qui, craignant d'ennuyer le roi, aimait à avoir là cette rieuse pour le divertir.

Jamais peut-être on n'aurait réussi sans une circonstance. La reine attendait le roi à Compiègne. Toute la cour y était; madame de Montespan couchait chez madame de Montausier, gouvernante des enfants de France, sous l'abri et la clef de cette reine des Précieuses, prudence qui eût fait honneur à une jeune demoiselle, et qui semblait de luxe pour une dame qui allait vers trente ans.

Le roi, arrivant à Compiègne, trouva que son appartement, voisin de celui de la reine, était pris par Mademoiselle. Chose bizarre dans une cour tellement vouée à l'étiquette, le roi de France ne savait où coucher. Mais il ne fut pas difficile. Il logea dans une antichambre, fort près de l'appartement de madame de Montausieur; il n'y avait rien entre qu'un petit escalier. Cela était ingénieux, et on irrita encore la tentation en posant, par honneur, une sentinelle sur l'escalier ; mais le roi ne l'y laissa pas.

Madame de Montausier était la dernière représentante des temps de Louis XIII, des amours purs d'alors entre le roi et une sainte, des amours fidèles, patients; elle était elle-même cette fameuse Julie de Rambouillet que le grave Montausier adora quinze années sans se presser, et dont la virginité célèbre inspira tant de sonnets et tant de madrigaux. Grand contraste avec l'âge nouveau, un roi jeune,

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