LA CONQUÊTE DE LA FLANDBE
absolu, qui pouvait dire partout, comme César : Veni, vidi, vici, La bonne dame pouvait deviner une invasion, une surprise militaire ; ce n*eût pas été la première. On se rappelle que la gouvernante des filles de la reine fit griller leurs fenêtres et fut disgraciée. Madame de Montausier eût pu tourner la clef, mais qu'aurait dit le maître? Rien ne lui résistait alors, toutes les places se rendaient à lui.
En réalité, ce fut moins de la dame que de l'appartement, de l'aventure, de la surprise, du mystère qu'il fut amoureux. La reine précisément couchait au-dessous; il ne fallait pas l'éveiller, ni madame de Montausier. Ce fut la grande séduction de la rusée d'avoir pris domicUe dans le logis de la vertu.
Ce temps et cette coTir étaient merveilleusement disciplinés. Personne ne s'étonna, on trouva naturel que le roi logeât dans ce galetas. Il s'y enfermait le jour, il y travaillait la nuit, disait-il, au grand chagrin de la reine qui s'inquiétait pour sa santé ne le voyant venir coucher qu'à quatre heures du matin.
Au bout de quelques jours, il Temmena jusqu'à la Fère, et lui-même était en avant à Guise avec des troupes. Un bruit étrange se répand chez la reine : la Vallière va arriver le lendemain. Elle en est hors d'elle-même : ses dames se désolent avec elle ; madame de Montausier est indignée de l'audace de cette fille. Madame de Montespaa soupire, dit : « Dieu me garde d'être la maîtresse du roi ! si j'avais ce malheur, je n'aurais pas l'effronterie de paraître devant la reine. »
La Vallière arrive dès le soir. La reine exaspérée défend qu'on lui donne à manger. Elle n'en avait guère besoin ; la terrible nouvelle l'avait frappée à Versailles, et elle avait volé, oubliant tout, la reine, le bruit des convenances, n'ayant qu'une pensée, le rejoindre, mourir à ses pieds.
Bizarre événement! Rêvait-on, veillait-on? La Vallière audacieuse !... Pour la connaître, il faut savoir qu'un soir,
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chez Madame, efle faillit périr pour accoucher furtivement, qu*eïi effet elle accoucha « pendant que Madame était à la messe, » qu'elle ne fit semblant de rien, veilla jusqu'à minuit la tête découverte, risquant mille fois sa vie.
Eh bien, cette fille craintive, la voici qui brave tout. La reine défend à son escorte délaisser partir personne avant elle, pour parler au roi la première. Mais la Vallière est en avant ; d*une hauteur, elle a vu où était Tarmée, et elle y va à toutes brides. La reine voit au loin ce carrosse lancé dans la poussière, et qui va comme un tourbillon... « Arrêtez -la! arrêter -la, » dît- elle. Mais elle a trop d'avance, e£ elle arrive la première.
Du reste, la pauvre reine eût pu comprendre la vanité de ce débat entre elle et la Vallière. Le roi leur avait échappé. Tout le jour il s'enfermait chez madame de Montausîer, qui, je ne sais comment, à chaque couchée logeait tout à côté de lui.
La Montespan trompait encore la reine par sa dévotion. Elle l'édifiait, l'amusait en lui contant les soins qu'elle prenait, sur la route, des hospices et des hôpitaux, d'un surtout d'orphelines. Elle parlait, imitait les mines grotesques des petites flamandes, les contrefaisait une à une.
Rien de plus gai que ce voyage. C'est le moment qu'a pris le bon Van der Meulen (voir au Louvre). Le grand carrosse doré contient toute la carrossée des dames de Louis XIV. Celui-ci, magnifique (tout idéal, ce n'est pas un portrait), monte un gros blanc cheval normand ; des laquais de six pieds au moins, des Flamands à genoux. Le roi, bien plus souvent, était dans le carrosse, à rire avec la Montespan.
Le seul acte vraiment militaire de la campagne fut le siège de Lille, oîi Marsîn avait concentré tout ce qu'il avait de forces (août), mais il ne réussit pas à armer, ni entraîner les habitants. Le roi, déjà très-fort, fut fortifié par le