FOUQUET. — COLBERT
goûts aléatoires des grands joueurs de mer, sur terre hardis pirates. II comprit tout d'abord le fin du gouvernement d'alors, qui était une exploitation. Prendre peu, c'était hasardeux. Mais, en prenant beaucoup, on pouvait se créer une police qui tiendrait tout, le roi et les ministres même. Police? parlons mieux, amitié avec les grands seigneurs, que lui, Fouquet, aiderait à soiUenir leur rang, et qui diraient ce quMls verraient ou ce qu'ils auraient entendu. M. de Brancas avait eu de Fouquet 600,000, M. de Richelieu 200,000, M. de Créqui 100,000 livres. La Beauvais, dont les yeux, disons mieux, Tœil unique, eut le premier amour du roi et en qui il avait encore confiance pour ces petites choses de jeunesse, eut aussi 400,000. Combien coûtait à Fouquet le beau Vardes, l'homme le plus couru des belles dames, le mieux posé pour voir, savoir, pour tirer d'elles le secret des maris?
Avec tout cela Fouquet n'était pas fort. Et, s'il se maintint sous Mazarin, malgré Colbert, c'est que Mazarin ne pouvait le prendre qu'en se prenant lui-même, en ouvrant au grand jour le gouffre de la ruine publique. Même après Mazarin, la ruine de Fouquet, effrayant la finance, aurait arrêté la machine. On attendit l'époque principale des rentrées de l'impôt, qui, dans ce royaume agricole, se fai< saient après la moisson.
Retard de quatre mois (de mai en septembre). Profitonsen pour regarder l'Europe.
Sa situation favorise étonnamment le nouveau règne. Nous aurons beau y regarder, nous ne pourrons y découvrir le moindre obstacle qui puisse arrêter le jeune roi. Maître ici par l'efiet d'une idolâtrie singulière, il le sera ailleurs par l'universel épuisement.
L'Espagne n'est plus une puissance; c'est une proie. Elle ne parvient pas seulement à arrêter les Portugais, qu* y entrent quand ils veulent. La seule difficulté pour envahir l'Espagne, c'est désormais de s'y nourrir. « L'alouette
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ne traverse les Castilles qu'en partant son grain. » Mais la Flandre n'en est pas là. Elle attend d^ormais nos armées , qu'elle entretiendra.
L'Empire soutiendra-t-il l'Espagne? la lassitude de la guerre de Trente ans subsiste, et les solitudes qu'elle fit ne sont pas repeuplées. Le jeune empereur Léopold aura assez à faire et contre sa Hongrie, et contre Teropire turc, galvanisé par les deux Kiuperlî.
Cet empire turc qu'on croit fini, le second Kiuperli le fait marcher au Nord. Du désert turc, il tire deux cent mille hommes pour envahir le désert de Hongrie. Yoilà l'effroi de Léopold. S'il pense à l'Occident, ce sera tout au plus pour s'entendre avec le plus fort, et retenir part dans les vols.
Où sont donc aujourd'hui les colosses du xvi<> siècle, les Charles-Quint, les Phîlii^ II, les Soliman, et les Elisabeth? Et ritalîe de Charles VHf, de François I*, oii estelle? à quelle profondeur maintenant, reculée dans la mort, enterrée deux fois, oubliée presque I Rome même, la Rome de Jules H et de Sixte-Quint? Plus déchue encore en Eurc^ que solitaire en Italie.
Le pape réel, qu'on ne s'y trompe pas, et Vévêque des éi^ues^ c'est ce jeune roi de France. Bon danseur et beau cavalier, à ces traits il est reconnu le pilier de TÉglise. La Vallière, Montespan, Fontanges, etc., n'y feront rien. Entre lui et le pape, c*est lui que les Jésuites suivent et choisissent (4681). En le menant, ils furent menés euxmêmes par l'entraînement général, en le confessant l'ador^ent, et ne connurent guère d'autre ©îeu.
Rien, rien ne seprésentequi puisse l'arrêter en ce monde.
L'Angleterre moins qu'aucune chose, comme on va le voir tout à l'heure.
En yérité, je ne vois sur le globe que l'imperceptible Hollande qui pourrait le contrarier. Maïs elle est gouvernée par le parti français.