CRÉATIONS DE COLBERT
heureux génie. Ils Tâvouaient. Les savants mêmes, les poésies que Colbert lui payait partout, ce grand concert des lettres qui le divinisait, de qui s'inspirait- il? de lui. D était le héros et il était la muse. Despréaux n'eût rimé sans lui. Molière, son domestique, vivait du roi, ramassait ses paroles; il lui devait ses meilleures scènes, et n*y était que pour la mise en œuvre.
Puissance créatrice! un monde, une France nouvelle naissait de la pensée du roi. Le roi voulait, et Colbert écrivait. Son ouvrier Colbert, son commis, son bœuf de labour, le secrétaire de soij génie, venait par un mortel travail de faire ce que le roi avait conçu en se jouant, une construction énorme, inouïe, de fantastique grandeur.
En cette création multiple, tout se trouve à la fois. Les lois, les instruments des lois, les choses avec les hommes, administration, industrie, commerce, enfin, par-dessus, la machine à faire marcher tout (bien ou mal?), la bureaucratie.
Les lois (1667, 1670). Des travaux immenses duxvi« siècle qui a tout préparé,' les commissions de Colbert tirent rOrdonnance civile et TOrdonnance criminelle.
Les voies de communication. Le grand système de nos routes royales est commencé. La merveille du canal des deux mers est trouvée par Riquet, et en dix ans exécutée. Les douanes intérieures de province à province sont supprimées, au moins pour la moitié de la France.
Nos colonies rachetées aux particuliers qui s'en étaient faits souverains. Des compagnies de commerce créées. Hors une seule, ces compagnies ne sont plus exclusives; on y entre en mettant des fonds.
La marine se fait par enchantement. En quatre années, 70 bâtiments; en six, 194, dont 120 vaisseaux (1671). Mais, le plus fort, c'est la marine vivante, le peuple des marins mis sous la main de l'Ëtat. Cette France obéisante, en 1668, subit le régime des classes, où le roi dé-
102 GRAifDETm rm roi.
dare slais tous les matelots, pocnrant les sommer à tonisèr heure de quitter le service luoratif du commerce pour le servîce dur et pauvre des Mtîments de guerre.
Et, k côté de l'armée maritime, surgit de terre l'armée inâustrielk. On ne peut nommer autrement- K'organîsatloft que Colbert donne aux fabriques. Une Firance d\)uvrîers en face de la France agricole.
Quelle sera cette création? A son premier essor (1664), on la croirait républicaine. Colbert dans chaque ville veut que les négociants élisent, envoient deux députés qui apportent Ifeurs observations. Teut litige entre le commerce et le Bsc est jugé par un comité de trois négociants et trois fermiQrs généraux.
De toute FEurope, Colbert appelle des industries nouvelles, les droits quil met, en 1664, sur les toiles et draps hollandais, anglais, permettent aux nôtres d*essayér ces grandes fabrications. Ces droits doublés, en 1667, fermant tout à coup le pays aux produits étrangers, donnent un mouvement subit, violent, quasi fébrile à llndustrie française. En 1669, la laine occupe 44,000 métiers. Lyon tout à coup devient énorme, exporte des soieries pour 50 mil- Hons. Des fortunes subites se fbnt ici et là. Que sera-ce, quand l'industrie aura gagné partout?' quand la Fihmce, maîtresse des mers, ayant succédé à PEspagne, converti, brisé FAngleterre, à la barbe du Hollandais, exploitera, les Indes, et, dans ses nouveaux ports de Rrest, Hochefôrt, Dunkerque, verra venir les gallons ?^ Mais qu'aura là Hollande? Ce qui te fit jadis, le hareng saur et la morue.
Telle fut Textraordinaire ivresse et te violente fiftvre qui tenaient les plus fortes téftes, non l6 roi seulement, mais Colbert , mafs la France. Tout possible en paix et en guerre. L'administrateur de la guerre, le jeune» Louvoîs, fece rouge et tôte de fôu, plus violent encore quefDotbert (et de famille apoplectique), brûteîtde lancer surTEuropele