LES MOEURS. — QGIÉTISME ET POISON
mortel. Et rien n*y contredit. L'exquise indépendance de tel qui reste à part (je pense à la Fontaine) n'apparaît qu'en nuances délicates qui, loin de faire tort à Tensemble, y mettent la grâce, au contraire, le semblant de la liberté.
Que serait-ce si, dans cette noble et suave harmonie, éclatait tout à coup un désaccord de tons, si de choquantes dissonances, des monstres de laideur apparaissaient? C'est ce qui eut lieu violemment l'année même de la paix (\ 679). Mais la chose venait de plus haut. Remontons à 4676, à l'affaire célèbre de la Brinvilliers.
Et d'abord, j'avertis qu'on sait mal cette affaire. Il faut que le lecteur oublie le récit convenu, et qu'avec moi il suive uniquement les pièces juridiques, en consultant et comparant les factums imprimés et manuscrits que possède la Bibliothèque.
Pendant dix ans, une lutte d'intrigue avait eu lieu entre deux financiers, Hanyvel et Reich, qui se faisaient appeler seigneurs de Saint-Laurent et de Penautier. Le premier était Receveur général du Clergé de France, place qui valait par an soixante mille livres (200,000 d'aujourd'hui). Le second devint Trésorier de la bourse des États de Languedoc. Il enviait la place du premier. Il intéressa l'amourpropre des évéques du Languedoc,poup qu'ils l'associassent à Hanyvel. Mais celui-ci avait pour lui tous les évoques du Nord, la majorité de l'Épiscopat. Enfin, Hanyvel étant moW subitement (4669), Penautier succéda. Déjà deux morts subîtes l'avaient fait énormément riche.
Ce financier d'église, homme doux et dévot, demeurait rue des Vieux-Augustins, fort à portée des Halles , où ses commis prêtaient à la petite semaine. Le peuple, voyant là rouler tant d'or, imaginait que, dans cette maison, on faisait de la fausse monnaie, de la magie peut-être. Dans une descente de justice qui s'y fit, on ne trouva rien de suspect, sauf une tête de mort, qui témoignait plutôt de