‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 57 sur 96 · LA BRINVILLIERS. — LA VOISIN · texte numérisé non relu

LA BRINVILLIERS. — LA VOISIN

là dévotion de ce bon personnage et des pensées pieuses qu'au milieu des affaires il gardait pour Téternité.

Il vivait hors du monde et n'avait qu'un ami. C'était un jeune officier, mais très- pieux, le chevalier de Sainte- Croix. Ce militaire (réellement nommé Godin), bâtard de grande maison, à l'en croire, avait été capitaine de cavalerie. Mais depuis, touché de la grâce, il écrivait des livres ascétiques , philosophait aussi , c'est-à-dire cherchait la pierre philosophale.

Sainte-Croix, au retour de la guerre, avait vécu chez un ami, le marquis de Brinvilliers, avec qui il avait servi. Celui-ci, fils d'un président des comptes, mais devenu homme d'épée, courait le monde et les plaisirs, négligeait trop sa jolie petite femme, qu'il avait cependant épousée par amour. Fille d'un magistrat, M. d'Aubray, elle avait peu de fortune, mais beaucoup de grâce et d'esprit. Elle était parente du pieux chancelier de Marillac, le traducteur de Vlmitation. Elle avait remontré à son mari qu^on 'jaserait peut-être de l'amitié de Sainte-Croix. Il ne l'écouta pas, exigea, au contraire^ qu'il l'occupât, la consolât. Elle se résigna. Sa dévotion se mêla d'un plus doux mysticisme. Desmarets, Bona, Malaval, ouvraient alors la voie de Molinos.

Tous trois vivaient en parfaite union. Quoique la marquise fut obligée, par les mauvaises affaires de son mari, de se séparer de biens, elle ne le fut point de corps, vécut toujours bien avec lui, et lui, il l'aima jusqu'à la mort. Le vieux père de la marquise, moins tolérant, et ne comprenant rien à la haute spiritualité, s'indignait de ce ménage, et disait que Sainte-Croix était un fripon qui exploitait les deux époux. Il obtint une lettre de cachet pour le faire mettre à la Bastille.

Là, âit-on, Sainte-Croix philosopha avec un autre chercheur du Grand œuvre, Exili, que le peuple médisant disait fabriquer des poisons. La légende voulait qu'il eût été

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à Rome empoisonneur en titre de madame Olympia, reine de Rome sous ^Innocent X, et que, par ce talent, il eût procuré à la dame cent cinquante morts subites dont elle hérita.

La Bastille sembla porter. l)onheur. à Saialie-CroJx. Entré gueux, il en sortit riche. 11 se .maria, prât hôtel,. laquais, porteurs, carrosses. Il eut .un intendant, outre .ses vieux serviteurs de confiance, Georges et Lachaussée, qu'il céda pourtant, Tun à Hanyvel, Tautii&à roadama 4e Brinvilliers, qui le plaça chez .les Aubray, i^s frètes. Chose bizarre, tout comme Hanyvel, ces Aubray meurent subitement.

Sainte-Croix était en belle^ passe. Son ami ,> Penautier, allait le cautionner pour acheter une chax:ge dams la Maison du roi. Mais il devint malade. Penautier s!alarma; craignant qu'il ne mourût, il envoya chercher, des papier-s qu'il avait chez lui. Quoique la maladie ne.fût.{>as. longue, Sainte-Croix eut le temps de remplir tous ses devoirs .et fit une très-bonne fin. Ce qu'on .a dit d'une expérieiiceilechimie où il aurait péri, est une fable.

Madame de Sainte-Croix .fit. mettre les scellés. Mais la veuve d' Aubray, . belle-sœur «t ennemie de madame de Brinvilliers qu'elle accusait de la mort de son mari, avait trouvé moyen d'adjoindre auxommissaire, un.homjne à elle, un certain Cloet, servent de police. Cet observateur attentif trouva. une cassette où .Sainte-Croix «avilit ^rit : a Par le Dieu que j'adore, je prie <|u'on remette ceciii madame de Brinvilliers. » On ouvrit, et l'on trouva des lettres de la marquise, une obligation souscrite, par elle au profit de. Sainte-Croix, et de petits palets où il était écrit : « A .M. .de Penautier. » Ces psiqueis étaient des poisons.

Xe. n'était pas ce qu'on eroyait trouver. Xesfïoisons n!étaient pas à madame de BuinvilUeps, .mais bien Jes bilktsdoux.iLe.c^Hnmissaice (Picard,.celiil.quiaidaià faire

MBBmVIEUBBS. »•*- LA YOISIST. 187

brûler M orin) fut.tout abaeeHHrdidB voir M. ée Penantier, 110 tel hoinme, tellemeat co)xi|»^omîs. Ibrempiit fort mal s€in.4ayiûr, nerecach^â point les paiciuets, n*écrivit pas le procès-verbal, le laissa écrire par Cluet, Tagent de madame d'Aubray, qui ne pouvait manquer d'écrire à la ch^rgade latBrinviUiers, déchargeait dlautant Penautier. Môme, oe pcooàs-^verhal au8f)ect, on Aeiagandapas entier; il en disparut pbtôieufs leull]es.(La conlessèon de Sainte- Croix av^it disparu, aussi.! Picard dit fcooAemeiit qu'en bon chrétien il rivait brûlée.

Penautier, gaivdé par l'Église, Tétait aussi par là m^gis* tralui^e. .11 sumit ou iâisa^ précaution >d'y avoir «Uiance. 11 avait mariiér^saisoeiiriau fils d'un.censeiUQr au parlement. Le lieuteiHUit Qivilf.Àquirevéat lascdbose, netvoulutni/voir ni sav4)ir Tobligatiûn de Peoautier à Sainte-Croix. Il n'en fit pojmt iOaention. Cette pièce fut négligée etécartée; de plus, falsifiée; ion en cfaaagea la date. On mit 4667, au lieu de 1660, année de la mort d'Hajdyvel,, dont cette ohligation eût semblé le payement.

Le laquais fieorgeiavaitfiillejour.de la.mQCt d'Hanyvel; mais l'autre, Lachaussée, ifut iirpété, jugé.. Il avoua qu'il avait enapoisonné les frères Aubray par ordre de Saints- Croix. -*- Il varid'Sur laBrinvillidr^, lia dit.tantét capable et tantôt innocente. ^^,De lui^^méiae., au.demiar .moment, il commençait à dire ce qu'il savait sur Penautier. On lui ferma.la bouche.

Celui'^cî, inquiet, craignant d*être arrêté , «achetarit déjà des témoins {Acle ms. surysm commis AilkguUe,).l\ ii'eai eut pas besoin. T/Qus ceux qui avaient .4gi pour .&iiate- Croix avaient disparu 'Comme par? magie. Restaitiia Brio^ villiers. Le financier lui donna deux lettres de 'Obaage pour; lui faciliter, la fuite. Si ^He Avait «nu «le oouna^efite refuser et de rester, oneût arxangè^$afL«tfiËaire.. KUe par<tit,Jaiasâ le cfaanip>libre^isa.beUer6ewr, iquiiobtint^aonlre eUe un arrêt de mort^pm* contumace.

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