‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 63 sur 96 · LES MOEURS. — QUIÉTISHE ET POISON · texte numérisé non relu

LES MOEURS. — QUIÉTISHE ET POISON

Trois ou quatre ans avant les premières dragonnades, vers 1 677, s'organisèrent en France les nombreuses maisons où Ton jetait les filles protestantes. La plus barbare mesure de la persécution, l'enlèvement des enfants, fut révélée ainsi dans son immense extension. Nos voisins purent comprendre qu'en ce système, ce n'était pas TËtat seulement, mais la famille qui était menacée. On compta bientôt une foule de ces couvents-prisons. Dans celui de Paris, sous les yeux du public, on employait toutes les séductions de la douceur. Mais les autres, au loin, furent des maisons de force pour dompter les rebelles. Les parents, sur tous les rivages d'Angleterre, abordaient éperdus, désolés pour toujours. Cela parlait assez. La pitié, la terreur, agitaient tout le peuple. Partout, dans les rues, les cafés (très-récemment créés), vous auriez rencontré des figures sombres, de petits groupes conversant à voix basse, discutant, préparant les moyens de la résistance.

« Vaine panique, » dit-on. Pourquoi vaine? On la juge telle, parce qu'elle empêcha ce qu'elle craignait. L' Angleterre fut comme un taureau que le loup vient flairer la nuit. 11 frappe de la corne au hasard et frappe mal; mais ses coups fortuits, qui montrent sa force et sa fureur, donnent à penser à l'assaillant.

Grande est ici la légèreté des historiens. Ils affirment d'abord que le complot papiste fut une fable. Puis ils prouvent eux-mêmes qu'on ne peut affirmer, l'accusé principal ayant eu le temps de brûler ses papiers. Dans le seul qu'il ne brûla pas, ce Coleman, secrétaire de la duchesse dTork et des jésuites , demande secours à la Chaise pour frapper le plus grand coup qu'ait reçu le protestantisme.

Le complot très-réel fut la trahison des deux frères, Charles II, Jacques 11, qui, vingt-cinq ans durant, annulèrent l'Angleterre ou même la vendirent à la France. L'hôtel d'York, le centre des jésuites, fut une manufacture de traîtres.

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