‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 62 sur 96 · XIII. i · texte numérisé non relu

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194 LES MŒURS. — QUtÉTISME ÎT POISON.

Une autre Mancîni, la sœur d'Olympe, dnûhesse de "Bouillon, resta, et répondit avec une assurance altîère, sachant bien que les juges seraient respectueux. Ensuite cependant elle crut sage de quitter la France.

Le duc de Luxembourg, le spirituel et vaillant bossu, ifort dépravé, qiiî avait Tâme comme le corps, fiît accusé et ne s'alarma guère. On avait trop besoin de lui. Il»pas^sait pour le seul qui pût succéder à Turenne. On ne frappa que son intendant.

On crut donner le change au public sur la gravité de l'affaire en laissant jouer une pièce où Visé et Thomas Corneille mettaient en scène une 'Madame Jobin, intrigante, mais non scélérate. On la joua quarante-sept fois de novembre en mars, jusqu'à l'exécution de la Voisin. Personne n'y fut pris. On savait bien que la vraie comédie, honteusement tragique, se jouait entre les robes noires à l'Arsenal. L'homme qui dirigeait l'affaire, la Reynie, lieutenant de police, mettait au premier plan les farces des jongleurs, revenait aux procès de sorcellerie, clos par le chancelier en 1672. Un jeune maître des requêtes osa le remarquer, dit : « Le Parlement ne reçoit pas ce genre d'accusation. Nous sommes ici pour les poisons. — Monsieur, dit la Reynie, j'ai mes ordres secrets. »

Le diable, mort et enterré, ressuscite ici à propos pour sauver les seigneurs, les prêtres. On brûla quelques misérables, la Voisin, la Vigoureux. Les autres échappèrent. Les prêtres Lesage et'Guibourg (quoi qu'on ait dit) ne furent pas exécutés.

Nous entrons iflans l'époque sainte où le prêtre n'est jamais coupable. Sauf tel cas, étonnamment rare, public, et de flagrant déht, le roi ne punit plus, tout est enfoui, caché. Le chef lui-même de la justice, le chancelier, expliquera plus tard qu'il n'y a point de justice pour le prêtre. Si le crime n'est pas trop public^ on doit seulement le

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mettre hors d'état d'en^faire d*autres^ oon la poursuivreet le punir. (Correspond, admin.y U, 519.)

L'Ëgiise juge TÉgU^e. Le prêtre, cité devant un tribunal de prêtres, cekii de so» évéque, peut fuir (lY, 297), ou est floustrdit aux procédures p«bUques. Souvent aus$i« Taffliire est portée au Goii6eil «du roi. Des deux côtés, mystère, arbitraire insondable, le plus ténébreux inconnu.

Le bon et savant MabUlon^ diuos sa réclamation si mo^ dérée, mais d'autant plus accusatrice, n'a que trop fiait connaître la justice d'Ëglise. Elle était ou nulle où atroce. On ne voulait que la nuit ou Toubli^ L'un» impuni, après un peu de jeûne et de pain sec, était placé au loin dans une cure de village où il recommençait. L'autre disparaissait. Dans quelque couvent éloigné où on ne savait rien de l'affaire, on exécutait Tordre, len M descendant aux basses-fosses. Sans travail, sans lumière dans ces ténèbres immondes, il devenait comme une bête, horreur du frère convers qui lui jetait son pain par un trou.

Le monde de la Grâce, du fantasque arbitraire, qui a destitué la Loi, qui trône et qui triomphe aux dorures, aux peintures, aux glaces de la Grande galerie et leurs cent mille lumières, a pour base obscure les prisons d'Ëtat. Celles-d, trop lumineuses encore, ont au-dessous un enfer plus profond, le noir inpace de l'Église.

Je m'étonne fort peu de voir l'horreur et la frayeur qu'éprouvait l'Angleterre pour ce système étrange. Elle frémissait de sentir autour d'elle et sous elle gronder ce monde de la mût. Même avant la paix générale, dès que le roi eut brisé 4a ligue en détachant la Hollande, il se trouva redoutable pour tous. L'Angleterre le voyait venir menaçant, corrupteur, achetant Charles II et les ennemis de Charles U, gâtant et pourrissant ses lords p9if les jésuites, et préparant un nouveau roi.

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