‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 73 sur 96 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

226 MARUQE DU ROI

Jeffreys, se vantait d'avoir « exécuté plus de tratties que TAngleterrf n'en vit depuis Guillaumie le Conquérant. »

Un de ces traîtres qu'on pendit, était un chirurgien coupable d'avoir pansé un homme. De& QUes de* dix ans auraient été exécutées si les parents n'eussent donné de l'argent à la reine. Une vieille dame charitable qui avait sauvé un proscrit, fut accusée par lui» et (comble d'horreur!) brûlée vive.

La situation de la France était autre,. La question religieuse n'y était point compliquée de révolte. Nulle injustice, nul outrage ne réussissait à lasser la patience de nos protestants. Il était difficile de trouver à la persécution quelque prétexte politique. A cet effet, un pamphlet clérical, assez habile, lut lancé et troubla fort le roi. On y montrait les protestants comme un grand corps armé qui eût agi d'ensemble sous l'impulsion d'un directoire secret. Rien ne contribua davantage à le décider. H croyait faire une œuvre et politique et populaire, désirée de la France. Oe violentes explosions d'artisans, mendiants^ etc., avaient eu lieu ; des bandes, menées par les curés, avaient détruit des temples, malgré l'autorité. Celle-ci eût été trop coupable si elle eût plus longtemps contenu ce bon peuple dévot.

Le roi était parfaitement entouré, et la lumière ne pouvait lui venir. Ce n'était pas madame de Maiotenon» exprotestante, qui aurait osé l'éclairer. Elle eût voulu, je croîs, pouvoir se reculer, ne pas parler. Pour uûe si grande résolution, d'une portée si vaste et si obscure, où le roi plus tard pouvait varier, elle eût bien mieux aimé dire modestement qu elle n'était qu'une femme et ne se mêlait pas de choses si hautes. Mais les jésuites ne pouvaient lui permettre de s'abstenir. Madame, mère du Régent, dit expressément qu'elle écrivit un mémoire pour eonseUler la Révocation (II, 428, 471). Et le boa sens indique qu'il en dut être ainsi. Si elle ne leur eut donné

un gager décisif, elle n-eùt jamais obtena le comeatement à te chose si difiieile, qui fatsatl soni%ort, ie mariage.

Sa situation^ pendant deux ans , a^t été intdérabiè. Me n'était sûre de rien^ et elle était la. personne la plus dépendante du monde. Sa garantie^ unique était l'alténalion de la Equité du roi, qui peut-être ^ rendrait fidète. Sous ce raifort, te natoipe la servit Non-seulement ii perdit les dents, mais.une carie de la mâchoire sedéclara, un trou se fit dans Vos. Quand il birmit, il devait s'observer; autrement le liquide remontait et Toulait passer par les narines {Journal ms. des médecins, 1685). Cette désagréable infirmité accusait un état morbide plus- général qui, peu après, amena une fistule. L'épouse devint gardemalade.

Les jésuites eurent ce qu'ils voulurent. Ce fut un pacte entre elle et eux. Elle se soumit, baisa la griffe, conseilla la proscription. Et ils se compromirent, consentirent le mariage. Mais ils ne le firent point, ils le laissèrent faire, se réservant sans doute de pouvoir dire plus tard au roi (s'il lui venait un repentir) que lui-même les avait forcés. j

Pour le roi, les deux choses étaient affaires de conscience. Par la révocation, il expiait le double adultère. Par le mariage, il s'amendait, légitimait et régularisait la position d'une femme dévouée qui l'avait guéri de la Montespan.

Madame dit (II, 408) que le mariage eut lieu deux ans^ après la mort de la reine, donc dans les derniers mois de 4685. M. de Noailles (H, 424) établit la même date. Pour le jour précis, on l'ignore. On doit conjecturer qu'il eut lieu après le jour de la Révocation , déclarée à la fin d'octobre , ce jour où le roi tint parole , accorda l'acte qu'elle avait consenti, et où elle fut ainsi engagée sans retour.

228 MARIAGE DU ROI ET RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES.

Sinistre mariage. En novembre, à l'entrée du terrible hiver des supplices et des fuites, il se fit la nuit à Versailles ,. dans le plus grand mystère. Us furent mariés simplement par le curé de la paroisse, Hébert, qu'on fit évéque pour payer sa discrétion. Il avait laissé des mémoires que connut la Beaumelle. Les témoins furent (non Bossuet| comme on Ta dit), mais les valets intérieurs, Bontemps et un autre. Le roi Louis XIV édenté et boitant (d'une tumeur du 28 octobre), le roi, dis-je, et madame veuve Scarron , dans son deuil et ses coiffes noires, s'unirent à ce moment qui, pour tant de familles, fut celui de la séparation éternelle. Déjà, de toutes parts, coulaient les larmes, éclataient les soupirs, et, si du côté de Paris le vent eût porté cette nuit, on eût entendu les sanglots.^

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