XIII. iô
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S43 HOPITAUX, PRISONS, GAUÈBJgS.
vouJuit fonder la branche cadette^ faire souclie d'Odéans. Trois afls de suite, elle tint Monsiaur et elle eut trois enfants (entre autres le Régent). Guijchard perdit son prince et fut comme déporté dans la oharge des bâtiments. 11 eût voulu alors diriger l'Opéra. Mais le roi avait donné? cette direction au charmant, musicien LuUi. Guichard, dans un r^pas d*acteui?s, dit (devant la Molière) : « LuUi crèvera. Qu'est-ce qu'une vie d'homme? rien^ Il y suffit d'une prise de tabac. »
Pour donner cette prise, il s'adressa à un certain. Aubry, officier de police qui connai3saitLulli. Si le tabac manquait, on pouvait se rabattre sur le poignard, et Guichard pour cela avait un aulre ami, exercé et adroit. Tout était prêt déjà, arsenic et tabac. Mais une sœur d'Aubry eut pitié de Lulli, et Tavertit. Le çoi fit venir Monsieur, et le pcia de trouver bon que le parlement informât contre son Guichard. Celui-ci, nullement décontenancé, jeta tout sur ÀMbry. Il se croyait très-fort, étant protégé des évêques qui avaient été aumôniers àe Monsieur, les évéques du Mans, de Valence. Le parlement, influencé, frappa à e6té du coupable sur le complice. Aubry fut chassé du royaume, et Guichard eut seulement à donner quelque argent. Aubry appelle, accusant nettement Lampignon, Thomme des évéques, d'avoir fait rendre cette étrange seûtence. Tout cela en 1675,, entre les procès de la Brinvilliers et de Penautier. On flairait Tafiaire des poisons. On se disait tout bas qu^ lie même Guichard avait expédié son beau-père. Il faussa compagnie, se mit hors de cour, hors de France.
En 1685, il hasarda de rentrer. Son ancien camarade, Cosoac, le couvrit, le prit à Valence. Il avait fait peau neuve. Ce nJétait plus Guichard ; il s'appefeit le seigneur d'Hérapiae. Au grapd hôpital général, il déploya un vrai génie. U s'enquit des cachots les plus cruels de France pour les imiter tous, mais en y 4jputant des.ag;gi:avatiûns
HoraxAUX, Piiifi09f€, G^LÈras. Sis
tQottïes. Ayant héptiti et prison, il urait des 'malades cou* tre les prisonniers, faisait endosser à oeux-^iiles ebeintses des preifiierS) sales, ioleetes^ sanglantes, tackéesd-uleènes» Us deivenaient malades euKHonémes dlhorreur et de dé^ 9&ât, se sentant pétnétrés 'de ces 'énianatian& et gagnés dh la pourriture;
Celte maison avait deux mentes. On n'y languissait pas. Puis, chose qui dut plaii'e en oooir, il y avait de la d^éeence: Les femmes y avaient des femmes pour bourreaux. D'Hé«rapine avait remarqué que Thomme le plus dur qui bat une femme et voit le san^ partir au premier coup, tremble un peu de la main, parfois frappe à côté. Il avait pris de rudes femmes du Rhône, qui, à la vue du sang, s'irritent au contraire, deviennent aussi folles à frapper qu'un taureau qui a vu du rouge. (Lettre de Blanche Gamond à M. Murrat, insérées dans Jurieu, t. II, xv, 356.)
Personne n'est parfait L'excellent d'Hérapine avait un défaut., l'âirariûô. Cela lui ât du tort. Il espérait nourrir tout son monde de coups de bâton,, et n'en plaignait les rations. Mais quelques patients lui jouaient le tour de mourir. Un fut trouvé qui, de faim et de fureur, s'était mangé deux doigts. Il lui venait aussi à l'Hôpital des enfants, et jamais on n'en pouvait revoir aucun. S'ils étaient morts, il s'en lavait les mains. Mais il ne pouvait les représenter même morts, ni montrer leurs- petits squelettes. La justice s'enquit. Pour la seconde fois, l'honnête homme prit peur et partit, emportant la caisse de l'hôpital. On supposa qu'il s'était souvenu de sa profession ori« ginaire, qu'il vendait les petits enfants.
D'autres maisons venaient après Yaienee, par certaines spécialités de supplices. Aigues-Mortes était célèbre par ses fièvres et ses tours sans toit. Bordeaux avait à* faire valoir son enfer du diâteau Trompette, loges de pierre en forme de cornue, où on était debout ou roulé sur soi, sans repos* L'hôpital des forçats de Marseille n'était point
hôpital; on n'y guérissait pas, on bétonnait; c'était la porte des galères, l'entrée à l'enfer éternel.
Jamais on ne sortit des galères de Louis le Grand. Les condamnés à temps y restaient toute leur vie. J'avais l'espoir de trouver aux registres du bagne quelque chose sur ces martyrs, et je cherchai en vain. Depuis (1853), l'amiral Baudin en a retrouvé quelques-uns. Hélas I l'article de chacun, une destinée d'homme! n'y prend que quatre lignes. On y voit cependant des choses instructives, des enfants de quinze ans, et un même de douze, condamné par Basville à être forçat pour toujours; très-coupable, il a suivi son père au prêche. (Bull, d'hisu prot.y I, 59.)
La Correspondance administrative (citée plus haut) montre la facilité avec laquelle on mettait aux galères des gens non condamnés (1662), un même, malgré l'opposition expresse du parlement de Toulouse (1671). Tout cela reste inconnu sous Louis XIV. Ce n'est qu'à son extrême fin, quand il est aux abois (1712) et va mourir, qu'on ose publier en Europe quelques détails; les légendes d'abord des saints forçats (Marolle, Lefebvre), mais cela pour les âmes pieuses et comme livres de dévotion. Dans deux ouvrages uniquement se trouve le tableau réel des galères. Toutefois l'Europe y fait alors peu d'attention ; le roi s'en va et ses victimes avec; on s'y intéresse moins ; un siècle nouveau est lancé, et les protestants mêmes semblent penser plutôt aux triomphes de l'Angleterre et de la Prusse. Reprenons-les, pour notre compte, ces chers et précieux témoignages, reliques vénérables des martyrs de la conscience.
Ces livres, très-rares, sont : 1® celui de Jean Bion, un prêtre charitable, chapelain de la Superbe^ qui eut le cœur brisé, s'enfuit et se fit protestant; 2o celui de Jean Marteilhe, de Bergerac, qui fut douze années aux galères. Ce dernier est un livre du premier ordre par la charmante naïveté du récit, l'angélique douceur, écrit comme entre
terre et ciel. Comment ne le réimprime- 1- on pas?
Pris avec un ami, comme il fuyait de France, Marteiihe fut innocenté par les juges de Lille, mais condamné par un ordre du roi. Il nous a donné l'intérieur de la Tournelle de Paris, d'oii la chaîne partait pour Marseille. Qu'on se figure une énorme voûte circulaire, comme notre Halle au blé, mais fermée, obscure comme un four. Telle était la Tournelle, dépôt des galériens. Là (barbarie trèsinutile), ils étaient scellés par le cou à des poutres énormes sans pouvoir ni s'asseoir ni se coucher. Aux soupirs, aux gémissements, répondaient des averses effroyables de nerfs de bœuf, donnés au hasard des ténèbres. Des faibles, des vieillards mouraient. Pour n'être enchaîné que de la jambe, on payait tant par mois. Le capitaine de la chaîne, qui se chargeait de la conduire, n'aimait à mener que les forts pour éviter la dépense des chariots nécessaires aux malades. Donc, au 17 décembre, la chaîne où était Marteiihe, se trouvant déjà à Charenton, par une gelée à pierre fendre, on les dépouille tous pour fouiller leurs habits, prendre le peu qu'ils avaient d argent. Nus de la tête aux pieds, deux heures durant, au vent de bisel Plusieurs sont raidis et gelés^ les coups n'y font plus rien, ils restent. D'autres meurent dans la nuit, dix-huit en tout. Voilà la chaîne plus légère, et le chef s'en va plus content. C'était l'usage. De cinquante qu'on emmena de Metz, cinq étaient morts au premier jour de route. D'autres à chaque étape. Le capitaine en était quitte pour avertir l'église, prendre attestation des curés.
Ceux qui voient, dans les tableaux spirituels, ternes et secs, de Joseph Vernet, nos galères de Toulon, se doutent peu de la réalité. 11 n'y eut jamais machines si grossières. Point d'entre-pont. La cale était un petit trou où l'on mettait les vivres et où l'on jetait les malades. Tout le monde couchait sur le pont, ou plutôt ne couchait pas; faute de place, on restait assis. À un bout, une table sur quatre
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piques, où siégeait, mangeait le comité, Fàmeide la^galèn. Courant près des bancs des rameurs, esîant, jurant, hurlant avec la iureurproirefiçale, il^promenait sur cokle fite de dos nus llharrible sifflement du nerf de boaixf, qui tttolét frappait une ampoule^ tantôt se nslevail san^asâ. Barmoments, épuisé de sa course effrénée,. il allait sers»- SBoir sur son trône de fer. Ses bourreaux en. second lui suecédaîent, et il n'y avait pas de repos. S*ila avaÎÊiit molli un moment, le capitaine, de son obàteau de poupe, l'eût vu,, eût menaeétde les jeter à l*eau. C'étaU toujours un eadei'de famille, un chevalier de Malte^ élevédansila féfBoité de Tordpe, durai aux guerres des baitbariescpidsi; sous l'habit de rbomme de cour, un. cœur de soldalr moine, blasphémani tout le jour, mlinvoquant que île diable, sans Dieu, ni foi, ni pitié, ni famille. N'a^ntpour héritiers que Malte, ils mangeaient tout, vivaient roy^ment, buvaient et faisaient chère exquise, dans eat enfer de coups, de cris, d'hommea affamés.
Bien de plus gai qu'une galère. Tout s'y faisait rhythmi^ quement au jeonoert. parfait de la rame. Si Ion s'arrêtait quelque 'peu, lies marins provençaux tendaient lestement une ;tente. Un d'eux battait da tambounn. Ces .âirieux danseurs, comme autant de sauvages, trépignaient lUiie ronde, ou sautaient la moresque, Ms sonnettes aux .genou^ sans souoi'du.câpcle kigubro des homm«e «Bdminés :sur lâuesibaQc&
;Ceux qui,.pendantdei»,nuits, de longues nuite fiémreasesi, sont restés immobiles, serrés, gênés, par>exemple,)Comi(iie en L'était jadis dans les voitures pubKques (j'y ai été une foi»oant heure&de suite),. <ieux4à. peuvent deviner quelque choee de cette .vie terrible. Ce n'était pasndetrecâvoir des coup&,.ce n'était paS'd'étrepar t&us le».tempsinu jua^% la oeinture, et» a'ëtait pas d*étre toujours mouillé (laimer lavajat toujours Je .pont^trèâ-<ba6)..Noa, ce n'ééiût pafriOHt eek «qui désespérait le for^^U Nan pa« enooBelachétm
ffam^uK, ifKtmH&i oA^Ècas. ^)l
nourriture, qtri )e kiissaftsans force. Ledésespotr, c'était d'être scellé poat toiijwrt à la mêwie place, de cewicher, manger, dormir là, sous la pluie ou sons les étoiles, de n^e pouvoir se retourner, vOTier Tattitude, d'y trembler la fièvre souvent^ dyimgmr, d'y mou'nr, toujovrs enehaîiié «t sceHé.
Ea'cs^e, oè ^el^crtlèis evi meftait le monram, qai eÉt gêné trop la viiaRc^QVre, en faisarl bien vi<(e micaAaft«. l'oèmxv y'é«yit si lerrfble, qu'onfidéflnllait 'en y m^tstanA. •Oii y éettiti niaffgé d^' poiAc. v Qutfnd j^éuàs forcé éty entrer, dit Taumônier Bion, j'étins à l^nstâ^t siifidqiié et cotfvisrtiâë vcvmme; Il'in«W]feMt«farctier(da^as:r<)iiibre de' 'lai lÊiffvti Fmv eidiffesscv^iil 'in» (fallait, idans ee lieu si étrdit, me eiMHitiei*' le long de ragmnsant^ pa^îs toot coiytretm arutre qtii'déjà a\«it6X:pi«é. >
GlArité rftrel Les ammôinev?, presque tous^ étoient des tatartetds fort durs; Cas disciples de Vincenot de Paul, dans leur ^iiifptîefté aipparente, leur rudesse, )e»r malfffopreté (Marteilhe, ^7), avaient dupé les roi» et les iéwiles môme. Us avaient fait une énorme fortune, desservaient les chapelles royales, étaient aum^noûevs de rairmée, de b 4olte ; ils avaient niéineipaart à la neminaitio» de& curés d^ village, ils furent les très^crueis perséonteiivs destlèr^ ^ta protestant», «épiaBt, entravant leurs conMmnicatieas, tea empêchant de reœvcnr les dhanlés de leurs frères, seeMFS si néoessaires sâims lesqscte ils marnaient de faim. Quiomqoe était surpris distribuanft cet ai^gent devait mourir sous* le b&ten. Bion, Marteilbe «et autres, raicontent, iivec terreur eneore, ce que c'était que oe duppliee. ije patient, eoHé isur mt canon, bras et jarmbes Hé» en>des8e«d, le oorfmmi, attendait. . . Un silène» bowiWe se faisait. On prenait ipeur bourre«(nni Turc des |*ûs nobusles:, qm, mi lui-n^me, pendant Texéeutien, éttfit fra^^é derrière par lecomtte, qui Téreintait s'il frappaift mal. Le Turc avait ^n main unipendin ànoeud> véritable «ssommoir. La vue
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du corps supplicié était telle^ dès les premiers coups, que des galériens endurcis, malfaiteurs, meutriers, en détournaient les yeux (Bion).
C'est le supplice qu'endura M. Sabatier, un homme de courage héroïque, qui aima mieux mourir que de révéler le nom du banquier qui lui transmettait l'argent pour ses frères. Quand la peau et la chair furent détachées des os, qu'on crut qu'il expirait, on mit, selon l'usage, du sel et du vinaigre sur cette chose informe qui restait. Il survécut pourtant, mais la voix ne lui revint pas, ni le cerveau. Il n'était ni vivant ni mort.
Les lazaristes traitèrent presque de même des protestants qui ne pliaient pas le genou à la messe. Cette, barbarie (que le roi désapprouva, dès qu'il l'apprit) fut exercée dans six galères. On porta les patients évanouis et déchirés dans l'horreur de la cale. Bion, hors de lui-même, noyé de larmes, y descendit, les trouva à peu près sans voix, calmes et doux, non abattus moralement. Ils furent étonnés et touchés de ses larmes, le consolèrent. C'était trop, son cœur échappa, a Leur sang prêchait, dit-ii, et je me sentis protestant.»
Ce qui est curieux, c'est que le comité même, bourreau patenté des galères, parfois endurci trente années à déchirer la chair humaine, finissait par faiblir. Marteilhe en conte un fait étrange. Blessé par la mitraille d'une frégate anglaise, ne pouvant presque remuer le bras, guéri à peine, il retourne à la rame. Le comité arrive d'un air féroce : « Que fais-tu là, chien d'hérétique, giffe {propre à rim^ en provençal)? De quoi te mêles-tu, de ramer? Va-t'en donc au paillot (c'était la chambre des vivres). » — La nuit, il le fait venir,' lui dit : « J'ai peur de l'aumônier. Je voudrais ménager vos frères; s'ils sont damnés dans l'autre monde, ils seront bien assez punis. »
Ainsi le ciel moralisait l'enfer. Le spectacle constant d'une vertu si douce, d'une patience si inaltérable, trou-
blait les tigres de pitié. Si le comité était vaincu, jugez du peuple. Plusieurs se dévouèrent aux derniers périls pour aider, guider la fuite des persécutés. On put souvent voir à la chaîne avec le protestant, le catholique charitable qui avait voulu le sauver. Avec le forçat de la foi ramait le forçat de la charité. On y voyait le Turc, qui, de tout temps, au péril de sa vie, et bravant un supplice horrible, servait ses frères chrétiens, se dévouait à leur chercher à terre les aumônes de leurs amis. Ces hommes admirables avaient si bien l'élan et Tivresse de la charité, que, quand ils obtenaient ce périlleux bonheur, ils remerciaient Dieu à genoux.
Oh ! noble société que celle des galères. Il semblait que toute vertu s'y fût réfugiée. Obscur ailleurs, là Dieu était visible. C'est là qu'il eût fallu amener toute la terre. Un homme l'a senti, le Puget. Ses atlas de Toulon, pris évidemment sur le vif, vont tellement au cœur, qu'on croit sans peine qu'ils ont été saints.
Ce monument sacré, que vous voyez au Louvre, semble une halte de rameurs. Les deux hommes, de la ceinture en bas, ne sont plus hommes, mais élément : ils sont devenus mer, ce n'est qu'algues et coquilles. Mais le reste est au ciel. Leurs yeux y sont tournés, dans une adorable douceur.
L'un jeune encore, naïf, oppressé de souffrances, touchant ses reins endoloris, n'en a pas moins son âme en haut. Il espère dans la mort et l'immortalité, il a aux lèvres un soufSe faible, mais il voit quelque chose, une lumière... Il va monter, ce semble,- dans un rayon de la foi.
L'aut]^e, d'âge plus mûr, si aimable (qui ne l'eût aimé? qui n'eût voulu un tel ami? est une nature crédule, tout imaginative. Il a oublié la douleur, est absent du présent. La main enfoncée dans sa joue, il jette l'ancre dans son passé. 11 a débarqué heureusement au paradis de sa jeu-
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