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Histoire de France, Volume 14

Revenons aux affaires d'Allemagne : l'envoyé de France avait trouvé le chancelier de Suède, Oxenstiern, dans les meilleures dispositions. Dans une assemblée tenue à Hailbron , il fut arrêté qu'on se lierait plus étroitement que jamais à la Suède, et le chancelier Oxenstiern fut désigné pour diriger les affaires (1) ; enfin , le traité entre cetle couronne cl la France fut renouvelé, la France s'engageant à fournir un million pour les frais de la guerre.

Lorsque le cardinal de Richelieu fut bien assuré qu'il venait de jeter de nouveaux brandons de discorde entre les parties belligérantes , il crut qu'il était en même temps politique et convenable de faire de son côté quelques démonstrations guerrières , et Ton jeta de nouveau les yeux sur le duc de Lorraine; les prétextes ne manquent jamais au fort contre le faible.

(1) Âxel , comte d'Ozensticm , qui fat un des hommes d'état les plus illustres du dix-septième siècle, était né en 1583 dans la province d'UpIand. ÂTâge de vingt-six ans il fut chargé par le roi Charles IX de la direction générale du gouvernement. Le nom d'Oxenstiern et celui de Gustave-Adolphe sont devenus inséparables comme ceux de Henri IV et de Sully. Il sauva la Suède après la bataille de Lutzen. Il vint à Paris conférer avec Richelieu , dont le faste Tétonna. Il fut le tuteur de Christine , et gouverna jusqu'au moment où elle prit les rênes de l'état.

On débuta par un acte qui rappelait la monarchie du moyenâge; le duché de Bar, appartenant au duc de Lorraine, relevait de la couronne de France; le duc n'avait pas encore fait son serment de foi et hommage au roi en qualité de vassal, on le somma de venir le prêter ; mais le duc de Lorraine ne s'étant pas rendu à cette sommation, le parlement publia un autre arrêt qui séquestrait le duché et joignait l'effet à la menace. Il envoya un de ses membres pour faire prêter le serment de fidélité et afin de faire prier dans les églises pour le roi.

Des troupes entrèrent bientôt en Lorraine , et le roi luimême n'eut pas honte de donner l'exemple de cet abus de la force. Le duc envoya le cardinal son frère vers le roi pour faire encore une fois sa soumission ; mais il lui fut répondu que le roi ne s'apaiserait pas , à moins qu'on ne remit entre ses mains la ville de Nancy ; le duc de Lorraine n'ayant rien répondu à cette invitation , son silence fut interprété comme un refus; le roi , en conséquence, continua de se diriger sur la Lorraine. Il s'empara de Saint-Mihiel et de Lunéville, mit le siège devant Nancy, et força le duc à un traité conclu à Charmes , par lequel la ville de Nancy fut livrée en dépôt entre les mains du roi jusqu'à ce qu'on lui remît la princesse Marguerite , sœur du duc. Le roi voulait qu'on regardât comme nul le mariage de cette princesse avec Gaston, son frère (4).

n arriva vers la même époque une aventure scandaleuse dans laquelle l'archevêque de Bordeaux, M. de Sourdig, et le duc d'Epemon, gouverneur de la province, jouèrent les principaux rôles.

(1) C'est durant cette année 4655 qu'on commença k donner le titre de li général dans nos armées. U n'y avait auparavant 4{ue des maréchaux-de-camp.

LOUIS Xllt. 3

L'archevêque de Bordeaui avait un caraictère peu endurant, ce qui provenait en partie de ce qu'il avait été soldat et marin avant d*étre archevêque; il avait combattu au siège de La Rochelle et dans les expéditions d'Italie , le cardinal de Richelieu avait l'habitude de l'appeler son lieutenant; il voulut se mesurer avec le duc d'Epemon , qui , avec un caractère aussi entier, possédait encore plus d'orgueil. Voici en quelques mots Tobjet du différend.

Leducd'Epenion, en qualité de gouverneur, avait la police sur le marché aux poissons ; un jour ndaigre , il fit fermer les portes aux gens de l'archevêque, pour les obliger à prendre leurs approvisionnements par la grille , comme le peuple ; l'archevêque porta plainte aux magistrats, le duc d'Epemon lui fit demander une explication par le lieutenant de ses gardes qui osa arrêter le carrosse du prélat. Celui-ci, furieux, excommunia les gens du gouverneur ; mais le duc ayant fait déclarer cette excommunication nulle et scandaleuse , l'archevêque sortit alors de son palais à pied , revêtu de ses habits pontificaux , et parcourut la ville suivi d'une foule de peuple ; m^is le duc d'Epernon alla à sa rencontre , le prit par le bras, lui mit plusieurs fois le poing sur la poitrine ; puis il leva sa canne, et en l'abaissant il fit tomber son chapeau. L'archevêque , rentré dans son palais , excommunia le duc d'Epernon et mit en interdit la ville de Bordeaux.

Quand cette nouvelle parvint à la cour, le cardinal de Richelieu donna tous les torts au duc d'Epemon , et conseilla au roi de le punir. En conséquence , le duc d'Epernon reçut l'ordre de quitter son gouvernement pour se retirer dans un de ses châteaux en Saintonge, en attendant qu'il eût obtenu la levée de son excommunication de Rome ; elle arriva après qua-

tfe muAii ai 1m conditions Auxquelles le p&rdou était âéeoi*^^ furent des plus humiliantes pour son orgueil ; il fut obligé de s^âgenouiller publiquement devant M. de Sourdis, et d'écouter jusqu'au bout l'admonestation que le prélat rendit la plus injurieuse qu'il put; c'est à ce prix qu'il rentra dans son gouvernement de Guienne.

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