‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 2 sur 48 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Convocation du Parlement. — Abdication dn due de Lorraine.

Comme les affaires d'état étaient en ce moment des plus brillantes, le cardinal de Richelieu jugea convenable de conseiller à Louis XIII de convoquer le parlement en séance royale. Cette convocation eut lieu le 1 8 janvier 4 634 ; le roi y parut avec le prince de Condé et le comte de Soissons ; son discours fut des plus brefs , pour annoncer seulement une déclaration en faveur de son frère , et pour alléger les souffrances du peuple.

Après le roi , le garde-des-sceaux prit la parole pour développer ce discours de sa majesté , puis il annonça tout-à-coup que le cardinal de Richelieu désirait être entendu. . Dans son discours, le cardinal fit l'éloge du roi et le sien propre, en passant en revue tous les actes de son ministère ; il disait que les factions détruites , le royaume affermi contre l'étranger, les alliés protégés ou secourus , les Alpes traversées, Pignerolpris, la Savoie conquise, Moyenvic recouvré, Nanci occupé, paraîtraient un songe, si l'on ne devait pas y voir un signe de la faveur céleste.

Le cardinal s'étendait ensuite sur les moyens de soulager le peuple; il parlait aussi de la nécessité où le roi avait été de

punir ; <'nfin il terminait son discours par dire c qu'il s'estimec rait heureux de finir ses jours en des travaux utiles au bien c du royaume et au contentement d'un maître dont les inté- € rets lui seront toujours plus chers que sa vie. »

On donna lecture de la déclaration du roi ; ^elle annonçait la suppression de plusieurs impôts , la remise d'un quartier de la taille , la révocation de quelques privilèges qui rendaient ces impôts plus lourds aux classes pauvres.

Elle accordait au duc d'Orléans un délai de trois mois pour rentrer en grâce ; la déclaration annonçait, en outre, que le roi avait déjà fait commencer la procédure relative à la cassation du mariage de son frère , pour cause de nullité , et déférait au parlement le jugement par contumace du duc de Lorraine , de son frère , de sa sœur et de la princesse de Phaltzbourg , comme auteurs du rapt commis sur la personne du duc d'Orléans.

Pendant ce temps , il se passait en Lorraine des événements plus bizarres les uns que les autres.

Le duc de Lorraine , fatigué de la vie publique , se décida à abdiquer en faveur du cardinal de Lorraine son frère , puis laissant en son ancien duché sa femme, avec laquelle il n'avait jamais pu vivre en bon accord , il se retira à Besançon , où il rassembla quelques troupes, dans le but de se joindre à Farraée impériale.

Le premier soin du nouveau duc , pour éteindre toute contestation sur la validité de son titre , fut d'épouser la princesse Qaude de Lorraine, qui avait des droits au duché et pouvait les porter par mariage dans une autre maison ; il se rendit , en conséquence , à Lunéville , résidence de la princesse , où se fit le mariage ; mais le lendemain le maréchal de la Force

entra dans cette ville avec ses troupes , et prenant prétexte des lois de l'Eglise violées dans le mariage du nouveau duc de Lorraine , il fit arrêter les époux , ainsi que la duchesse Nicole et la princesse de Phaltzbourg, et les fit conduire sous escorte à Nanci, où ils furent soigneusement surveillés. Mais ils ne tardèrent pas à tromper la vigilance de leurs gardes ; la princesse s'habilla en homme pour se sauver dans la voiture d'un gentilhomme lorrain. Le duc de Lorraine et sa nouvelle épouse s'échappèrent habillés en paysans , et portant chacun sur leur dos une hotte de fumier.

La duchesse Nicole , délaissée par son mari , resta seule en Lorraine. Elle céda bientôt aux propositions que lui fit Louis XIII de venir en France; elle y reçut le meilleur accueil ; elle eut un hôtel richement meublé, des gentilshommes, des serviteurs et des gardes. Le roi la reçut aussi bien à Fontainebleau; cela n'empêcha pas le roi d'ordonner au maréchal de La Force d'opérer la soumission de toute la Lorraine, dont elle avait été duchesse.

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