‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 15 sur 48 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Tespère avoir accompli ce qu'on a tant désiré , que VB^ toire de Fraooe fût préseotée dans son unité, c'est*à-dire dans ses véritables principes, dans leurs développements» œuvre du temps et du génie national ; et dans les combats que ces principes ont eu à soutenir à toutes les époques contre les passions des hommes. C'est ainsi seulement que rhistoire peut être ramenée sous un point de vue commun , étudiée selon les mêmes règles et jugée d'après les mêmes principes.

C'est la première fois que ce plan a été suivi et qu'on a vu une nation nidtre, grandir, vivre de la même vie, et, fidèle à sa constitution primitive, ne pas cesser de sMlever de progrès en progrès à la plus haute perfection possible chez un peuple. Tout a servi à ces progrès : ia première , la seconde comme la troisième race ^ les grands hommes comme les hommes médiocres, la guerre comme la paix, les lois, les conquêtes , les maladies même du corps social , Paristocratie féodale, la théocratie, le pouvoir absolu, la révolution, tant la France a en elle de force vitale pour se dégager de ce qui ne lui est pas bon et ne s'assimiler que ce qui peut lui être utile. J'ai prouvé cette grande vérité en me servant des témoignages de tous les écrivains nationaux et étrangers , afin qu'on ne pût pas m^accuser d'esprit de système. Les autres écrivains exposent, et je conclus. Me voici parvenu, de pro-* grès en progrès, à la grande phase, du dix-sepiième siècle.

LÔUI8 XIV. M

Louis XIV a suivi tel errements de François t^, et la Pranoa a été jetée par lui dans les voies du pouvoir absolu. <te en a usé ainsi dans tous les temps , disait Louis XIV, lorsqu'on lui parlait de l'iniquité des lettres de cachet. « Ses ministres , dit m écrivain eélàbre , lui avalent sans doute persuadé œ menà^nge qui s'aeeordût si bien avec son humeur altière. Ce prkioe, qui demandait à qmi âervait de lire, n'avait aoeuiie eonnalsitsaice de Phistoire. L'expérienee pouvait seule loi avoir donné quelques lumières; mais l'eitpériimee , qui se s'aequiert point à forée d'ag^ ( car la vie la plus active est eneare très bornée par les dioses et par le temps), sera teiJÔoufs un guide très* infidèle, lorsque la théorie ne l'é-^ dsirera pas (1). Locôs XIV dédai^aait peut-être autant Tune que l'autre^ Tout avait fléchi sous le poids de sa volonté \ il prenait le lait pour le droit : il ignorldt qu'un grand nooH bre d'ordonnaaces de ses j^édéeesseurs avaient défendu à tous juges « d'avoûr aucun ^ard aux lettres etoses ou de ca*<fihet qui seraient aeeordées sur le fait de la jua^iee; )i il ignorai qii^en rafflofitaot dans les fastes de la nation » on trouva qt» tout Français jugé par ses pairs Jouissait du priviléSB de 06 pouvoir être emprisonné sous quekiue prétexte que ee fôt ^ à moins d'un erime tsupiiai et notoh*e, et que depuis Tanéatt* tissement des privilèges nationaux , nos citoyens se sont e&f gagés par des lois formelles , a ne point retenir un de leurs Mjels prisonnier plus de viagk-qoatré heures sans hii faire aen procès.

a f»it bien le reeonnaitre, l'administration des Guise et des ItaU^os , avait changé toutes les notions politiques en France. Richelieu , Hazarin , usèrent largaai^t de Varbi^ traire^ et commencerait cette révolution qui , oontmuée par Louis XIV» changea notre cohstitutkm, notre gouverœmeat et nos mesura.

C'est Louis XIV qui le premier, en 1705 ^ rencUt un 6dit pour les lettres d'exil. Il y parle « de ceux qu'il juge quel-

(1) Mlnbeti.

quefoisà propos cl*éloigner pour un temps, du lieu de leur établissement ordinaire, par des ordres particuliers, pour bonnes et justes causes à lui connues , qui , oubliant l*obéissance qu^ils doivent à Tordre spécial qu'ils ont de lui , quittent le lieu du séjour qui leur est marqué pour se retirer hors du royaume \ il défend à ceux qui seront relégués par lui en quelque lieu du royaume que ce soit, d'en sortir saos sa permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , pour raison de leur désobéissance formelle. >»

Cependant il y eut des protestations contre le pouvoir absolu , et les Mémoires de Fénélon au duc de Bourgogne, et les conseils de Colbert et de Torcy prouvent que Tesprit de la cour n'était pas Tesprit de la France. On ne peut pas dire cependant que la nation ne fût pas de moitié avec Louis XIV dans tout ce quUl faisait à Fextérieur et à Tintérieur. A Tintérieur, elle approuvait tout ce qu'il faisait pour Tégalité, et à l'extérieur tout ce qu'il faisait pour la gloire.

Ce qui prouve combien la monarchie de Louis XIV servait à un travail de progrès et d^égalité, tout en foulant aux pieds les libertés traditionnelles de la France, c'est rétonnement de Hume , Thistorien anglais , dans son chapitre sur la liberté et le despotisme , de voir que la France dément toutes ses théories.

Les anciens , dit-il , ont observé que tous les arts et toutes les sciences sont nés parmi des nations libres , et il cite la Grèce, Rome, puis il ajoute : « La France est cependant la preuve la plus frappante des progrès que fait le savoir sous les gouvernements despotiques. Quoique ce pays n'ait jamais joui d'une liberté avouée (1) , on y a porté tous les arts et toutes les sciences aussi loin que partout ailleurs. Les Anglais excellent peut-être en philosophie -, les Italiens en peinture et en musique, les Romains en éloquence, les Français sont le seul peuple, après les Grecs, qui ait produit tout-à-la-fois des

(1) Grande errear démentie par toute noire histoire et par les réflexions de Home lui-même.

^OUIS XIV. ts

poètes, des orateurs, des hisloriens, des peintres, desarchi«-. tectes^ des sculpteurs et des musiciens. Enfin si nous descendons dans la vie commune, il n*y a point de nation qui ait tant perfectionné cet art, le plus agréable de tous : l'art de la société et de la conversation qu'ils nomment souvent le $a^ voir^vre. »

Continuons à montrer les surprises de Hume, elles servent à faire comprendre ^histoire de Tépoque du grand roi :

(( C'est une opinion généralement reçue que le commerce ne peut fleurir que dans les Etats libres, et cette opinion parait fondée sur une expérience plus longue et plus étendue que celle qui regarde les arts et les sciences. Si nous suivons le commerce dans tous les progrès qu'il a faits à Tyr, à Athènes, à Syracuse, à Carthage, à Venise, à Florence, à Gènes, à Anvers, en Hollande , en Angleterre, nous le trouverons toujours fixé dans les républiques. Londres, Amsterdam et Hambourg, les trois villes les plus commerçantes de la terre sont toutes trois libres. Cependant l'ombrage que le commerce de la France nous a donné depuis peu , ne semblet-il pas prouver que cette maxime n'est pas plus certaine et plus infaillible que la précédente, et que les st^ets d'un monarque absolu peuvent devenir nos rivaux dans le négoce auQsi bien que dans les lettres? »

Hume trouve la raison de ce fait dans la sécurité dont Jouissaient les propriétaires en France. « Dans une monarchie civilisée comme le sont les monarchies européennes , dit-il, on n'est guère exposé à des violences de la part du souverain, et Ton n'a pas plus sijijet de les craindre que les effets de la foudre, les tremblements de terre ou d'autres événements des plus extraordinaires. La police a été beaucoup perfectionnée dans le siècle passé. Salluste nous apprend que l'armée de Catilina s'était considérablement grossie par TaCDuence des voleurs qui exerçaient leur brigandage dans les environs de Rome« Si l'on assemblait actuellement tous les gens de cette profession , qui sont répandus dans l'Europe, Je ne crois pas qu'on en pût faire un.régimenté D^ailleurs on peut appliquer

n Htstoiftfi Ms nuNcË.

aojottfdliiii mn monatchtes civilisées ce qëL'ùn AMà êxtàUfe^ fois à la louange deti répobliqaeB, qtteUe$ Hâ $mtpas gmh fteméês par les hommes^ maiê par U» ioi9.

« On est surpis de toir l'onlre et la régidarité dont diea sont ÀuseepttUes , et la eonsislanee que l'on a su imt dofmer. Chacun y jouit en assurance de ce qui lui appartient^ l*taH dusttie eirt encouragée^ les atts fleurissent^ le souvendn vit parmi ses sujets comme m t)êi^ au milieu de ses «nfants« n y a peut-être en Europe environ deut csents prinoes tibias, en les y eomprenant tous, les petits comme les grands^ ^ depuis deun siècles, le nombre est le même. De sorte ^e , si Tun portant Tautre on compte vingt ôns pouf âiaqne règne ^ dh troave cet intervalle rempli en tout par deux mHte de ces monarques k qui les Grecs «valent donné le nom de tyran* Oii n'en: trouve pas un seul parmi eux^ pas même Philippe It d^pa^e i qu'on puisse comparer en mécliafieeté à un Ti^' bèfe$ à un Galigula, ft un Néron, à un Dot&M^fi, i^ f^t déjb quatre des doute premiers empereurs de Rome, n

On VA voir , d'après un autre passage de Hume que noitti ai- Ions eitër encore , que la seule chose qui manquât à ta immar^ cMe de Louis XIV et de Louis XV, c'était une repréeetitation iMÉtiouale^ puisque les tbUB que Hume signale aurc^ent dls^ paru devant la convocation d'une assemblée de li FfMce t

K Dané la Prance, qui ést le plus partent modèle ^hsue pufô monarchie f les plus grands abus ne naissent pas du nombre des impôts ni de leur grandeur, ces deui articles ne ÉMt pas si encedsifs si on les oompare à ee qui se pnrtique à cet égard dans les contrées libres. Ces abus résulMit de la méthode dont on se sert pour levar le^s impèts, méthode coûteuse, inégale , arbitraire , qui décourage les pauvres, les paysans 9 et surtout les fermi»^, qui arrête Pindustrie, qui fhH de l'agriculture une occupation de mendiante et d'eedaves. Ces vexations ne profitent qu'aut financiers. Or je sup^ pose qu'il s'élevât un roi ou un ministre qui eût assec de dto^ œmement pour connaître ses avantages et le bien piAflle, m^ de pouvoir et d^ courage pm mMMm de ¥iêH<e«

LOU» XIV. le

eonttmcf» et pbiAt remédier à ees àkm^ en e^ ôfts, di»^) la différeiM$6 qa'M y a entre le gouTemement absolu de la ¥tnnte e( tMtre goutaneraoït libre ne paraîtrait j^us gî grsdiâai * Ces aperçus de Hume sont vraiment curieux.

<( Louis XIV, dit Thomas, a été plus loué pendant son règnC qtiCf tMs les 1^ «Hiemble d« ta monarehie M Pont été pendant déniée an^d, Oti ne le loiitit pas seulement comme on loue kmn ki9 princes^ par intérêt, pa^ reconnaissance^ par flatte* rie^ piir iMâMtudé ^ per vMiité^ oh le louait encore par admira^ tloti et p&t enUionsiasm^. Ce fot nm itresse de quaraote ans^ On n'éi^ait^ on ne prononçait rien où le nom de Lou» XIV ne fbt mêlé. Le style avait pris partout je ne sais qoel tofl de fiadégyrlque ; oe M telnl même des Mcsslllon , d^ Flé^ dtler^ des Bëssoéf^lotfleSlesiMs qu'ils piHiaient de LoàisXlVf et eu n^en parlent^ls pas? n n'y a pas un de leurs diseoim oè, en dirent les vanités d« «aonde ^ ils n'aient l'art d'à* tteMer «broitemenl^e nom ^ où ils né célèbrent, en passant, les eiipMiè^ les inen^le» et la sagesse étonnante de ee piifiee« M des orateiffs de ce mérite domaient im tel enemple^ on Éie deete bien qn'll était i«M« TèuS ceux qui prêchaient prn l^nt liisd^de de looer. On parlait à Louis XIV de ses de^ teiM4 mais on im parlait presque autant de ses vertasi oé meMi fttee adresse au tangage de Vévangite te laoga^ dea eeurs*

^ (Mâfe ces âeges pértodiqueB et saints^ il y en avait d'antres tout proftmes, que chaque circonstance et chaque umée faisaient naître. On n'en trouve guère avant ta mort de Mazam t jusque ée thomentie roi n'exista point lialbeureusement le erédll du ministre se tn^onpait pmr l'enfenee du maître; mais peu après cette époque les panégyriques commenceol* Dès IMS, panégyriques sur Louis^Dieu'^DoDBé : c'était le nom 4e ee prince i dent ta naissance fut regardée coronie une finvenr du ciel. Il a¥alt elors titigt^lnq ans^ avsùt bmnilié le pspê^ fbroé le roi d'Espagne à toi céder le pas, donné ua carrousel , ei acheté cinq millions la ville de Ûunkerque.

in Ed tH*y «suée eu le j^ape cDvey* faire des excuses au mf

panégyrique où )a magnanimité de Louis XIV est comparée à celle de Jules-César , par un cordelier. Une autre année , panégyrique sur les jeux et les divertissements que Louis XIV donnait trois fois la semaine dans le grand appartement de Versailles.

« En 1667 et 1668, panégyriques sur la conquête de Fiandite et de la Franche-Comté. En 1672, débordement de panégyriques sur la conquête de la Hollande. En 1679, panégyrique de Charpentier sur la paix de Nimègue. En 1680, panégyrique sur Louis-le-Crand, par un évêque d'Amiens. En 1685 , pané* gyrique prononcé à Caen sur une statue élevée à Louis XIV« En 1687, panégyrique où Ton célèbre le triomphe du roi sur rhérésie. En 1690, panégyrique prononcé à Valence par un ca* puein. Autre panégyrique à Arras par un carme. Autre pané«* gyrique prononcé à Valence par un carme. Autre panégyrique, en 1699, par un cordelier. Je ne compte pas tous ceux des Jésuites : je ne crains pas d'exagérer en disant quMl y en eut au moins une centaine de leur part, en français, en latin, en italien, en espagnol. A cette liste , qui est déjà l#ngue , joignez encore un panégyrique par un M. TalleaMBt , orateur assez inconnu aujourd'hui^ et un panégyrique historique du roi, par un M. de Callières , qui avait été négociateur \ et le fameux panégyrique de Louis XIV, par Le Pelisson^ qui parut grand dîms le malheur de Fouquet, qui fut ensuite adroit et heureux, qui fût longtemps célèbre par son éloquence , et que Ton cite encore, mais qu'on lit peu. Ajoutez le panégyrique du roi, commencé par Bussy-Rabutin dans le temps même où il était, par ordre du roi , à la Bastille ; ouvrage où, avec toute la sincérité d'un homme disgracié qui veut plaire, Bussy parle à chaque ligne et de sa tendresse passionnée , et de sa profonde admiration pour le plus grand des princes, qui n'en voulut jamais rien croire. Tout le monde connaît les douze panégyriques prononcés dans différentes villes d'Italie^ par des hommes à qui la magnificence de Louis XIV avait prodigué les pensions, et qui, dans un roi étranger, honoraient un bienfaiteur. Enfin, on peut y joindre cette foule de compliments et de

panégyriques prononcés dans PAcadémie fraççaisie , qui fut pendant soixante ans une espèce de temple consacré à ce culte» Ce n'est que pour Louis XIV, comme on sait , que l'élégant et harmonieux Despréaux suspendait sa satire , et ce zèle ardent de déchirer ses ennemis pour Phonncur du goût. Toutà-coup caustique et flatteur, mais flatteur brusque, il épuisait son esprit à imaginer de nouvelles formules de satire et d^éloge. On cite encore aujourd'hui ses remerciements et ses discours en vers, et son discours de la mollesse j et cette fameuse épitre, où, selon un poète anglais un peu de mauvaise humeur, il fit deux cents vers pour chanter que Louis n'avait pas passé le Rhin. C'est pour Louis XIV que le grand Corneille, déjà vieux, composa, avec son génie qui agrandissait tout, un demi-volume de vers qu'on ne lit plus. Racine le loua indirectement dans ses tragédies et dans quelques pièces détachées ; Molière dans ses comédies , aigourd'hui peu connues , qu'il fit pour les fôtes de Versailles. Enfin , il n'y eut pas jusqu'à La Fontaine qui ne devint courtisan, et le fablier de Madame de Bouillon porte des vers pour Louis XIV. Je ne parle pas de la quantité innombrable de poètes qui , n'ayant que du zèle sans talents , étaient vils ou empressés sans plaire , et composaient de petites épîtres obscures et des sonnets sur le roi, que ni lui» ni personne ne lisait. Il ne s'agit ici que des honunes qui flattaient avec génie. Dans ce nombre , on ne doit pas oublier Quinaut et ses prologues célèbres. Il fallut que l'auteur immortel d'Atys , de Thésée et d'Armide pliât son génie à ce refrain éternel de flatteries harmonieuses.

« Ainsi, tout prédicateur, tout orateur, tout historien , tout poêle 5 enfin, tout ce qui parlait, tout ce qui écrivait §ous ce règne, louait et flattait à Penvi. Cet esprit avait passé jusque dans les ateliers des artistes : la peinture, la sculpture et la gravure retraçaient sans cesse à Louis XIV tout ce qu'il avait fait de grand. Enfin , les inscriptions immortalisaient l'éloge sur le marbre ou l'imprimaient sur l'airain. Je ne parle pas de celles qui ne furent que projetées , mais qui marquent toujours l'esprit du temps , telles que l'incroyable passage du T. xiv. 7

98 HISTOfRC: DE FRANCE.

Rhin, la merveilleuse prise de Valenciennes. Heureusement, il y a un point où Texcès est ridicule, et si on ne craint pas de s'avilir, on craint au moins de choquer le goût. Ces inscriptions q'eurent pas lieu : je parle de celles de la place Vendôme, où il est dit , par exemple, que Louis XIV ne fit la guerre que n^algré lui. (^'Europe et la France savent quelle fut la vérité de cet éloge.

ç( (le torrent de panégyriques s'arrêta pourtant, et fut su3pen(}^ pendant la guerre de la succession d'Espagne. Des hommes qui n'entendent parler au dehors que de batailles perdues, et qui chez eux ont le triste spectacle de la misère et de la faim , ne seraient pas disposés à louer le gouvernement même qui serait le plus sensible à leurs maux. Toujours les rois sont jugés par les succès , et le contraste de la misère présente obscurcit même Tancienne grandeur. S'il est vrai, comme on le dit, qu'en 1709, un prince ennemi de Louis XIV, maître de Bruxelles, y donna pendant l'hiver un spectacle composé tout entier des prologues de Quinault ; ce fut la vengeance 1^ plus cruelle.

« La hauteur insultante des conférences de Gertruidemberg n'a rien de plus humiliant, peut-être même un pareil triomphe est au-dessous d'un grand homme. C'était les arme^ à la ipain, c'était à Hochstet, à Malplaquet, à Turin, et non sur un théâtre 4^opéra qu'il était beau au prince Eugène de se venger de Louis XIV. La bataille de J)enain et Villars ramenèrent enfin Ja paix et les panégyriques. On recommença à louer avec moins de faste. La paix d'Utrecht fut célébrée. On vit môme paraître un éloge historique du roi, en 1714, par un abbé de Bellegarde. On sait qu'il mourut Tannée suivante ; et tandis que le peuple, toujours extrême, était loin de témoigner pour sa cendre le respect qu'il lui devait et comme à son souverain , et comme à un homme qui avait fait de grande choses pour la France , les orateurs sacrés et les gens de lettres portèrent leurs derniers hommages sur sa tombe. Par une loi éternelle , tout prince doit naître , vivre , mourir et être enterré au bruit des éloges. L'habitude, la reconnaissance et le

respect satisfirent à tout. La Mothe, avec sa prose barmomeuse et facile , prononça dans rAcadémie française Téloge funèbre de ce roi. Toutes les chaires retentirent de ses vertus. Il y eut en France vingt-sept ou vingt-huit oraisons funèbres. On en prononça en Espagne, en Portugal, à Rome, en difle«-. rentes villes d'Italie , dans presque toute TEurope.

« il ne serait peut-être pa^ inutile maintenant de peser ce rot si célèl»re , et d^appréoier tous les éloges qu^on lui prodigua. Longtemps on porta son culte jusqu'au fanatisme \ aujour^ d'hui, peut-être , on cherche trop à se venger de cette admiration. On fut trop ébloui de ses succès : on est trop ft^ppé de ses ftiutes. La balance de la renommée, qui est presque toujours inégale pour les rois , a penché tour à tour des âeui côtés opposés pour Louis XIV. Essayons, s'il est possible» de la fixer.

<c Jameûs la France n'eut tant d'éclat que sous Louis XIV; mais cet éclat, comme on sait trop, fut mêlé d'orages. Sous lui , la France compta trente ans de victoires et dix ans de désastres j elle conquit des provinces , et vit ses provinces éimisécs. Elle donna la loi à FEurope , et fut sur le point d^être démembrée par toutes les puissances de l'Europe. Cp contraste de malheur et de gloire, cette brillante adminis^ tration pendant un temps, cette adqiinistration pénible et i^r*cée pendant l'autre , naquit des mômes principes ; tout fut enchaîné. Louis XIV eut dans son caractère je ne sais quoi d'eiagéré , qui se répandit sur sa personne comme sur tout «on règne. Il fut jette, pour ainsi dire, hors des bornes de la nature. Cependant , cette exagération même lui donna une idée de grandeur d^où résulta beaucoup de bien. C'est à elle que Louis XIV dut les principales qualités de son âme : cette droiture, ennemie de la dissimulation, et qui ne sut presque jamais s^abaisser à un déguisement ; cet amour de la gloire, qui, en élevant ses sentiments, lui donnait de la dignité à ses propres yeux , et lui faisait toujours sentir le besoin de s'estimer ; cette application , qui, dans sa jeunesse même, fut toujours jrôte à immoler le plaisir uu travail;

celle volonté qui savait donner une impulsion forle à loutes les volonlés , el qui entraînait tout ; cette dignité du commandement, qui, sans qu'on sache trop pourquoi, met tant de distance entre un homme et un autre homme, et, au lieu d'une obéissance raisonnée, produit une obéissance d'instinct, vingt fois plus forte que celle de réflexion ; ce désir de supériorité qu'il étendait de lui à sa nation, parce qu'il regardait sa nation comme partie de lui^nême , et qui le portait à tout perfectionner ; le goût des arts et des lettres , parce que les lettres et les arts servaient, pour ainsi dire, de décoration à tout cet édifice de grandeur ; enfin, la constance et la fermeté intrépide dans le malheur, qui , ne pouvant diriger les événements , en triomphait du moins , et prouva à l'Europe qu'il avait dans son âme une partie de la grandeur qu'on avait cru jusqu'alors n'être qu'autour de lui.

« Mais le même caractère qui peut- être donna à Louis XIV toutes ses qualités, fit aussi la plupart de ses défauts. 11 créa en lui un goût de magnificence et de luxe qui s'accorde rarement avec une âme éievée, et qui , cependant, chez lui ne l'excluait pas , goût qui se répandit sur ses bâtiments, sur ses jardins, sur ses fêtes , et trop souvent substitua des dépenses de faste à des dépenses utiles. Il lui donna ce goût éternel de représentation qu'il porta partout, même à la guerre, oti cependant ses armées et ses victoires représentaient assez bien pour lui. Il répandit hur toute sa personne , et mit dans ses regards même, une affectation de grandeur qui avait un peu besoin de sa réputation et de son rang pour ne pas étonner, et semblait voi loir commander le respect plutôt que de l'attendre. Il forma au dedans le caractère de sa politique, et lui fit croire que la nation était à lui, et que ses propres besoins étaient ceux de l'Etat. Enfin, il lui inspira au dehors une ambition qui, comme celle de la plupart des conquérants , n'était pas en lui l'effet d'une âme ardente et emportée, mais qui, tenant plus à la hauteur qu'à l'impétuosité du caractère, méditait tranquillement et exécutait, avec une fierté calme, des plans d'agrandissement et de conquêtes. De là ce débordement d'un pouvoir

qui menaçait tout : cette hauteur avec les rois et presque tous les Etats ; ce plan si vaste de subjuguer la Flandre, d'abaisser la Hollande, de resserrer la Savoie, de dominer en Italie, de donner des électeurs à l'empire , un roi à l'Angleterre , son petit-fils à l'Espagne, et embrasser par lui ou par ses enfants, Paris , Naples , Milan , Madrid . tandis que ses flottes iraient parcourir l'Océan, et feraient respecter son nom des ports de Brest ou de Toulon jusqu'à Siam , et aux côtes de la Jamaïque ou du Brésil.

« Il faut convenir que ces projets ont de la grandeur, mais une e!«pèce de grandeur qui manque, pour ainsi dire , de proportion et de règle. On peut dire , en général , que Louis XIV mesura un peu trop ses forces par son caractère. Il ne prévit point assez que, dans la constitution économique des Etats, de longues victoires ressemblent presque à'dés défaites , que tout ce qui est violent, s'use par sa violence même 5 que de grandes puissances, unies pour résister, doivent à proportion s'afi^iblir beaucoup moins qu'une grande puissance armée pour attaquer ^ que les grands hommes qui , à la tête de ses armées, étaient fiers de le servir, devaient , par leur exemple , faire naître d'autre^i grands hommes pour le combattre -, que toutes les fois qu'on fait de grands efforts, il ne peut y avoir de succès que ceux qui sont rapides, parce que les moyens extrêmes tendent toujours à s'affaiblir. Comme l'esprit chez les hommes est presque toujours gouverné par le caractère , Louis XIV ne fit point des calculs qui n'auraient été que ceux d'une politique sage. Il exagéra dont tout à la fois et ses moyens, et ses projets : et de là, après quelques années d'éclat, le dépérissement, la ruine et le malheur. Ce défaut influa non-seulement sur la France, mais sur l'Europe entière. Partout il fallut opposer de grandes forces à de grandes forces. La paix tarit le sang et ne diminua point les charges publiques. Comme on craignait sans cesse, il fallut sans cesse être en état de combattre. Toutes les administrations furent forcées, tous les eflbrts tendus et l'erreur d'un seul homme changea le syslôme de vingt gouveruements.

fM lilSTOIRK DE FRANCE

tt On voit que le bien et le mal de ce règne célèbre tiennent à une seule idée, une idée de grandeur tantôt exagérée et tantôt vraie, il est probable que si Louis XIY avait reçu une éducation digne de la vigueur de son caractère, il eût joint à la passion des grandes choses le génie qui les Juge , et que surtout il eût appris Tart le plus difiicile des rois, celui de n'abuser ni de ses vertus ni de ses forces.

M Si on l'eiamine du côté des talents, il avait un coup-d'œil sûr. Entouré de grands hommes, il eut le mérite de les croire. L'application lui donna le génie de Texpérience; mais il apprit plus en dix ans à l'école des malheurs, quMl n'avait appris en quarante ans de gloire. Les événements heureux trompent et séduisent ; c'est la flatterie la plus dangereuse pour les rois; au lieu que la sévérité du malheur accuse les fautes et les faiblesses. 11 eut des connaissances sur le gouvernement; mais ayant passé presque tout son régne en grandes entreprises, c'est-à-dire à conquérir ou à résister, au lieu de pouvoir diriger à son gré ses plans et ses systèmes, il était forcé de plier ses plans à ses besoins. Les événements commandaient à ses principes; et son administration fut toujours entraînée par le cours violent des affaires.

H Gomme guerrier, il fut éclipsé par ses sujets. Les fers de François {•' lui ont laissé plus de gloire militaire que toutes les conquêtes de Louis XIV ne lui en donneront peut-être dons la postérité. Trajan et Henri lY, quand ils commandaient leurs armées , marchaient et vivaient en soldats ; Louis XIV, dans les camps, parut toujours en roi; il mêla la pompe do trône à la fierté imposante des armes , et déployant une grandeur tranquille sans jamais se montrer de près à la fortune , son mérite fut d'inspirer à ses généraux l'orgueil de vaincre, et à ses troupes Torgueil de combattre dtde mourir pour lui «

a II est peut-être difficile de déterminer à quel point il connut les talents et les hommes. D*abord il faut lui rendre grâces, au nom de la France et de l'humanité, de ce qu'il choisit, pour élever ses enfants , Montaqsier et Bosauet, Fénélon

et BcauvilHcrs. Occupé de Védat de son règne, H confia Pespéranee du règne suivant à la vertu et au génie. Ce fut un mérite surtout d'avoir apprécié la morale inflexible et la franchise sévère de Montausier dans une cour où la volupté se mêlait au faste, et où l'excès de la flatterie corrompait la gloire. A l'égard des autres choix , Turenne et Condé lui furent montrés par la renommée. Luxembourg qu'il n'aimaîÉ pas, le força par son génie à l'employer. Vendôme eut beaucoup de peine à parvenir au commandement. Catinat, de simple volontaire, devint maréchal de France ; mais ce mémo Catinat après des victoires essuya des dégoûts, et fut rendu inutile à son pays qu'il aurait pu défendre. Ce prince eut deux ministres : Colbert qui enrichit l'état par ses travaux, et dont les erreurs même furent celles d'un citoyen et d'un grand homme; Louvois, dont l'esprit étentîu et prompt semblait né pour la guerre , et servit son maître en désolant l'Europe. Colbert lui fut donné par Mazarin , Louvois par Le Tellier. Je ne parle pas de Barbésieux , de Pelletier, de Chamillard, du choix de plusieurs généraux dans la guerre de 1701; du moins ces choix furent réparés par d'autres, et Villars, et Vendôme, et Bervick annoncèrent que dans cette décadence même il savait encore trouver les grands hommes. Ne lui reprodions pas des malheurs ^core plus que des fautes.; mais la disgrâce de Fénélon et son exil ; mais la proscription de l'ouvrage le plus éloquent que la vertu ait Jamais inspiré au génie , il est difficile sans doute d'excuser cette erreur dans un roi aussi célèbre.

K Si on porte sa vue sur l'intérieur de l'état, on estft»appé d'un grand tableau. On voit Louis XIV , à travers un enchaînement de conquêtes et de victoires, s'occuper des lois, des arts, delà population, de ragficulture et du commerce; mais l'homme qui discute et qui juge , en admirant tant de travaux célèbres, examine ce qui leur a manqué du côté de la perfection et de la durée. On remarque sur les lois qu'en diminuant l'abuB des procédures^ et réglant la fornle des tribunaux, il laissa subsister le vfee de cent législations opposées; et ne

fit qu^ébaucher un ouvrage immense qui parmi nous attend encore le zèle d'un grand homme; sur l'agriculture, qull ne connut pas les vrais principes qui l'encouragent, principes découverts par Sully, employés dans les belles années du règne de Henri IV , oubliés sous le ministère orageux et brillant de Richelieu, retrouvés ensuite par Fénélon, et développés avec succès dans ca siècle où les grands besoins font chercher les grandes ressources; sur le commerce, qu'il eut peut-être sur cet objet des vues beaucoup plus vastes que fiolides , que ses vues même étant en contradiction avec ses besoins , d'un côté il voulait le favoriser, et de Tautre il le chargeait d'entraves; sur les manufactures , qu'il les encouragea avec grandeur, mais qu'il fit quelquefois de ces arts utiles le fléau de l'état, en immolant le laboureur à Partisan ; enfin sur la partie militaire , que la perfection même nous donna une gloire éclatante et dangereuse ; qu'elle arma la France contre PEurope, et l'Europe contre la France, et fut récompensée et punie par trente ans de carnage. Ainsi, de quelque côté qu'on jette les yeux, on voit des succès et des malheurs; on voit de grands vices et de grandes faute»; on voit le génie ; mais tel qu'il est duez les hommes , et surtout dans les objets de gouvernement, toujours limité ou par les passions, ou par les erreiu^, ou par les bornes inévitables que la nature a infligés à toutes les choses humaines.

« Si on cherche à travers tant d'éclat quel fut le bonheur des citoyens, on conviendra que les peuples comme les hommes ne peuvent être heureux que dans un état de calme, et loin des grands efforts qui supposent de grands besoins. Il faut pour le bonheur d'un peuple que l'industrie soit exercée, et ne soit pas fatiguée; il faut qu'il soit encouragé au travail par le travail même ; que chaque année ajoute àN Taisance de l'année qui la précède ; qu'il soit permis de jouir; que le laboureur, en guidant sa charrue, puisse voir au bout de ses sillons la douce image du repos et de la félicité de ses enfants ; que chaque portion qu'il cède à l'état lui fasse naître l'idée de Tutilité publique^ que chaque portion qu'il garde lui

LOUIS XIV. ios

assure ridée de son propre bonheur ; que les trésors, par dos canaux faciles, retournent à celui qui les donne ^ que les dépenses et les victoires, tout jusqu'au sang versé, porte intérêt à la nation qui paye et qui combat ; et que la justice même, en pesant les fardeaux et les devoirs des peuples, n'use pas de ses droits avec rigueur, et se laisse souvent attendrir par Thumanité qui n^est elle-même qu^une justice.

« Diaprés ces principes, qu'on juge de la félicité réelle des peuples dans un règne de soixante-douze ans, où il y eut quarante-six ans de guerre. Ce n'est pas que je confonde toutes les époques de ce règne célèbre; la France fut heureuse , ou parut l'être jusqu'à la guerre de 1687 ; mais après cette époque tout change. Je ne parle pas des dernières années de ce prince, je plains tant de grandeur, suivie de tant de désastres. Je répéterai seulement ce que ce roi célèbre eut la magnanimité de se reprocher lui-même en mourant. Dans ces moments où tout fuit , mais où la vertu reste , où les flatteries et les éloges de cinquante années se taisent pour laisser élever la voix de la conscience et de la vérité qui ne meurt pas, où l'âme tranquille et courageuse pèse avec un calme terrible tout ce qui a été, et seule avec elle-même, apprécie les crimes, les succès, les victoires , et toutes ces tristes /grandeurs humaines qui vont la quitter ; dans ces moments , il se reprocha d'avoir sacrifié à un vain désir de gloire la félicité des peuples. J'oppose les remords d'un grand homme mourant aux éloges fastueux et trop vains qui quelquefois lui furent prodigués pendant sa vie.

« Malgré ses fautes et ses malheurs, son règne sera à jamais distingué dans notre histoire , et c'est la plus brillante époque de notre nation. Jusqu'alors les Français moins grands que factieux, ayant besoin d'agiter et d'être agités, plus capables d'un mouvement prompt et rapide que d'une application et de vues suivies , n'avaient encore appris à gouverner ni leur caractère ni leurs idées. 11 leur manquait je ne sais quoi de calme qui arrêt&t leurs forces et qui les rassemblât , qui les rendit utiles en les dirigeant. Le gouvernement de

Louis XIV produisit cet effet. En donnant de la consistance à la nation , ce prince lui donna de la grandeur : notre esprit naturel devint du génie, notre activité inquiète, de la force, notre impétuosité, un courage dodle et terrible; tout prit un caractère, et Tesprit national, (car nous commençâmes alors à en avoir un ) formé par de grands exemples et de grands objets, acquit un degré de hauteur inconnu jusqu'à-* lors. Les Français sous son règne s'honoraient d'une soumission qui les rendait grands. Au-dehors , ils. donnaient des lois ; au-dedans , ils mêlaient Tobéissance à la gloire. Leur nom était le premier de l'Europe. Ils furent pendant trente ans ce qu'essent été les Perses vainqueurs à Calamine et à Marathon , unissant la grandeur de Persépolis et d'Ecbatane aux arts brillants et à la politesse douce et voluptueuse d'Athènes.

« On ne peut douter que cette foule de grands hommes, qui parurent alors, ne fût le fruit d'un gouvernement attentif et éclairé. On doit savoir gré à Louis XIV d'avoir répandu de l'éclat sur les talents et sur les arts , d'avoir su apprécier ces hommes que leur fortune rend obscurs, mais que leur génie rend célèbres , qui ne sont point destinés par leur naissance à approcher des rois , mais qui sont quelquefois destinés à honorer leur règne. Ainsi, après s'être occupé de ses grands desseins avec ses généraux et ses ministres, il se délassait quelquefois en conversant avec Racine; il ordonnait qu'où représentât devant lui les chefs d'œuvres du vieux Comeîlie; il sentait de l'orgueil à se voir servir dans son palais par l'au* leur du Misanthrope et du Tartuffe^ et donnant à Molière son roi pour défenseur, empêchait qu'une cabale, d'autant plus terrible^qu'on y mêlait le nom de la vertu, n'opprimât un grand homme. Quel sera donc le rang que Louis XIV oc* cupera parmi les rois? Celui d'un prince qui, placé dans une époque où sa nation était capable de grandes choses , sut profiter des circonstances sans les faire naître; qui avec des défauts employa néanmoins toute la vigueur du çouvernemenl ; qui, suppléant parle caractère au génie, sut rassembler au-

LOUIS KIV. i07

tour de lui l6s toces de son siècle et les diriger, ee qui est une autre espèce de génie dans les tois; qui enfin donna un grand mouvement et aux choses et aux hommes , et laissa après lui une trace forte et profonde.

« On Ta con^paré à Auguste, il lui ressembla I>ien peu. Il sut coisme lui employer les talents et faire servir les grands hommes à sa renommée ; mais il fallait qu'Octave se servît de ses égaux pour sa grandeur, et leur persuadât qu'il avait droit à leurs victoires , quoiqu'il ne tint ce droit que de leurs victoires même. Louis XIV armé de la souveraineté commandait aux hommes, qui lui devaient en tribut leur sang et leur génie. Tous deux protégèrent les lettres , mais Auguste , en honorant de sa familiarité Virgile , Horace et Tite-Live , honorait des hommes nés tous citoyens comme lui, les proscriptions avaient décidé sMls auraient un maître. Louis XIV, né à la tète d'une monarchie, où par la constitution de TEtat, il nV a de rang que celui qui est marqué par les titres , Louis XIV, porté par son caractère même à une fierté de représentation qui augmentait encore les distances, en rapprochant de lui les hommes de génie , fit peut-être plus et pour leur ^oire et pour la sienne.

(( Si maintenant on le compare aux rois eélèbres de notre nation , on trouvera qu'il fut loin de cet esprit vaste et puissant de Charlemagne; mais T un déploya de grandes vues chez un peuple barbare ; l'autre seconda les lumières et les vues d'un peuple instruit. On trouvera qu'il eut moins de sagesse , mais plus d'éclat que Charles V; moins de bonté, mais beaucoup plus de talents que Louis XII ] il fut plus laborieux , plus appliqué, plus roi que François I^', mais il n'eut point ses grâces fières et aimables , ni cette valeur â)louissante qui parut à Marignan , et qui fit pardonner Pavie. On ne le comparera pas à Henri IV, le mérite de l'un fut de r^peler tour jours la grandeur, le mérite de l'autre, de faire oublier la sienne. Ainsi Louis XIV eut un caractère unique et qui ne fut qu'à lui. Sa gloire fut d'avoir élevé sa nation. Je voudrais dono que lorsque les pouuments qui ont été élevés à ce roi si cé^

Goc^Ie

108 HISTOIAE DE FRANCE.

lèbre , seront détruits par le temps , et qae les statues et les marbres menaceront de s'écrouler, on lui élevât alors un autre monument.

(( Je voudrais qu'on le représentât debout et désarmé , tel qu'il était dans sa vieillesse et peu de temps avant de mourir, foulant à ses pieds toutes les médailles de ées conquêtes : lui* même, au lieu d'esclaves, serait entouré de la plupart des grands hommes qui ont illustré son règne. Là on verrait et Turenne , et Condé , Catinat et Yauban. Lamoignon tiendrait à la main le code des ordonnances \ Golbert ses plans de marine et de commerce; Racine s'avancerait sur les pas de Corneille; Molière et La Fontaine suivraient. Après eux viendraient les artistes célèbres. Louis XIV paraîtrait animant tout de ses regards; et au bas de sa statue, la postérité écrirait les mots : Sous lui les Français furent grands, »

EcoutonslejugementdeM.deChftteaubriandsur Louis XIV:

« Tout devint individuel sous Louis XIV Le peuple disparut comme aux temps féodaux, on eût dit d'une nouvelle conquête, d'une nouvelle irruption de barbares, et ce n'était que rinvasion d^un seul homme. Observons néanmoins une différence ; le nom du peuple ne se rencontre nulle part dans la monarchie de Hugues Gapet, parce que le peuple n'existait pas , il n'y avait que des serfs ; la nation, militaire et religieuse, consistait dans la noblesse et le clergé. Sous Louis XIV, le peuple était créé , il se perdait seulement dans Farbitraire, ce qui fait qu'il se retrouva au moment où ses chaînes se rompirent.

Quand la lutte de Taristocratie avec la couronne finit, la lutte de la démocratie avec cette même couronne commença. La royauté , qui avait favorisé le peuple afin de se débarrasser des grands, s'aperçut qu'elle avait élevé un autjre rival moins tracassier, mais plus formidable. Le combat s'établit sur le terrain de l'égalité. Il y eut monarchie absolue sous Louis XIV parce que la liberté aristocratique était morte et que l'égalité démocratique vivait à peine : dans l'absence de la liberté et de Fégalité, Tune moissonnée ^ l'autre encore

en germe , il y eut despotisme, et il ne pouvait y avoir que

Le despotisme de Louis XIV fut nû fait progressif naturel, venu à point dans son temps, dans son lieu , un résultat inévitable des opinions et des mœurs à cette époque , un anneau de la chaîne qui servait à joindre le principe répudié de la liberté au principe non encore adopté de Tégalité.

L'empire a été forcé d'abandonner ses conquêtes, et nos soldats, en se retirant, entraînèrent deux fois avec eux les étrangers à Paris. La monarchie de Louis XIV n'alla pas si loin chercher ses combats , mais le fruit de ses victoires nous est re«té ; notre indépendance vit encore à Tabri dans le cercle de remparts qu'elle a tracés autour de nous. A quoi cela a-t-il teuu ? à l'esprit positif du grand roi et à la longueur du régne de ce prince. Louis chercha à donner à notre France ses bornes naturelles ; on a trouvé dans les papiers de son administration des projets pour reculer la frontière de la France jusqu'au Rhin et pour s'emparer de l'Egypte -, on a môme un Mémoire de Leibnitz à ce sujet. Si Louis XIV eût complètement réussi , il ne nous resterait plus aujourd'hui aucune cause de guerre étrangère.

Louis XIV eut quelque chose de Dioclélien , sans en avoir les mœurs et la philosophie; il établit comme lui le faste de l'Orient à sa cour, éleva comme lui des monuments, et fut comme lui grand administrateur. L'attention qu'il donnait à Tagricùlture s'étendait sur les autres parties de l'état : il chercha jusque dans les pays étrangers les hommes qui pouvaient faire fleurir le commerce et les manufactures. Magniflquement occupé de ses plaisirs, il travaillait néanmoins avec ses ministres ; laborieux , il entrait jusque dans les moindres détails. Le plus petit bourgeois lui pouvait soumettre des plans et obtenir audience de lui : de la même main dont il protégeait les arts et faisait céder TEurope à nos armes, il corrigeait les lois et introduisait l'unité dans les coutumes.

La monarchie absolue n'était pas un état de privilège pour les individus ; on se figure que la classe mitoyenne était éloi-*

iiO IllSTOinS DE FRANCE

goée de tout^ que lea emplois n^appartenaient qu'aux nobles; rien de plus faux que cette idée. Toutes les carrières étaient ouvertes aux Français : TEglise , la magistrature et le commerce étaient presque exclusivement le partage des plébéiens. La plus haute digqité civile, celle du chancelier, était roturière. Les bourgeois parvenaient aux premières places militaires et administratives. Louis XIV surtout ne ût aucune distinctioD dans ses choix : Fabert, Gassion , Vauban même et Catînat furent maréchaux de France; Colbert et Louvois étaient ce que, plus tard, on appela impertinemment d^s fummes de peu. En général, dans toute rancienqe monarchie, les familles nobles ne fournissaient pas les ministres. (( Le chancelier Voisin, dit Saint-Simon, avait essentiellement la plus parfaite qualité , gaqs laquelle nul ne pouvait entrer et n'est jamais entré dans le conseil de Louis XIV en tout son règne , qui ^t la pleine et parfaite roture , si Ton en excepte le seul duc de Be^uvilliers. » Les ambassadeurs du grand roi n'étaient pas tous choisis parmi les grands seigneurs. La plupart des évôqpes ( et quels évêques , Bossuet et MassiUon I ) sortaient des rangs médiocres ou tout-à-fait populaires. Mais cette jalousie de la bourgeoisie contre la noblesse , qui a éclaté avec tant de violence au moQient de la Révolution, ne v^ait pas de Tinégaliti^ des emplois ^ elle venait de Tinégalité de la considération. Il n'y avait si mince hobereau qui n'eût le .privilège d'insulte ou de mépris envers le bourgeois, jusqu'à ce point de lui refuser de croiser l'épée : ce nom de gentilhomme dominait tout. Il était impossible qu'à mesure que les lumières descendaient dans les classes mitoyennes, on ne se révoltât pas contre des prétentions d'une supériorité devenue sans droits. Ce ne sont point les nobles que Ton a persécutes dans la Révolution; ce ne sont point leurs immunités d^eux^ mêmes abandonnéps que Ton a voulu détruire en eux : c'est une opinion que Ton a inunolée dans leur personne; opinion contre laquelle la France entière se soulèverait eneore , si Ton essayait de la faire renaître, Louis XIV révéla à la France le secret de sa forpe ; il prouva

ixjuis XIV. m

qu'elle se pouvait rire des ligues de l'Europe jalouse. Ce prince eût une fois huit cent raille hommes sous les armes, ouze mille soldats dq marine, cent soixante mille matelots, mille élèves de la marine , cent quatre-vingt-dix-huit vaisseaux de soixante canons et trente galères armées. Les étrangers qui cherpbaient à rabaisser notre gloire devaient ce qu'ils étaient à notre génie. En Angleterre, en Allemagne, en Italie, eii Espagne, partout on reconnaît qu'on a suivi lesédits de Louis XIV pour la justice, ses règlements pour la marine et le commerce, ses ordonnances pour l'armée, ses institutions pour la police des chemins et des villes^ tout jusqu'à nos mœurs et à nos habits fut servilement copié. Tel pays qui se vantait de ses établissements publics çn avait emprunté l'idée à notre nation ^ on ne poqvait faire un pas Obe* lea étrangers sans retrouver la France mutilée. A ce be^m côté 4o l4)uis XIV , il y a un vilain revers.

Ce prince qui fit notre patrie pour radministratipn, la force extérieure, les lettres et les arts à peu près ce qu'elle est demeurée, écrasa le reste des libertés publiques , viola les privilèges des provinces et des cités , posa sa volonté pour règle, enrichit ses cqurtisans de confiscations odieuses. Il ne lui vint pas même en pensée que la liberté , la propriété , la vie d'un de ses sujpts, ne fussent pas à lui. Dans les idées formées pa;r Louis XIV cela ne choquait point. Les esprits les plus frondeurs , comme Saint-Simon qui n'aimait pas son maître et qui met à nu ses faibleses , ne songeaient guère plus au peuple que le souverain. Mais ce que l'on ne sentait pas alors, les générations suivantes le sentirent 5 l'impression du despotisme resta: et quand Louis XIV eut cessé de vivre, on en voulut à ce roi d'avoir usurpé à son profit la dignité de la nation. Ce prince fit encore un mal irréparable à sa famille : l'éducation orientale qu'il établit pour ses enfants , cette séparation complète de Penfant du trône et des enfants de la patrie, renfiirent étranger à l'esprit du siècle, aux peuples, sur lesquels il devait régner, Théritier de la couronne. Henri IV courait pieds nus et tête nue avec les petits paysans.

ili IIISTOIftË DE tillANCE.

sur les montagnes du Béarn. Le gouverneur qui montrait au jeune Louis XV la foule assemblée sous les fenêtres de son palais, lui disait : w Sire, tout ce peuple est à vous, » Cela explique les temps, les hommes et les destinées. Cependant comme la pensée sociale ne rétrograde point , bien que les faits retournent souvent vers le passé , un contre-poids s'était formé par les lumières de l'intelligence , aux principes de Louis XIV. Au moment où l'ancien droit politique intérieur de la France s'anéantit, le droit public extérieur des nations se fonda : les publicistes parurent, Grotius à leur tête. Le cardinal de Richelieu , en abaissant la maison d'Autriche, donna naissance au système de la balance européenne, système maintenu par Mazarin. Les relations diplomatiques se régularisèrent, et des traités confirmèrent l'existence des gouvernements populaires qui s'étaient afiranchis les armes à la main. Locke et Descartes avaient appris à raisonner^ Corneille avait exhumé les vertus républicaines.

Pascal osa écrire : « Ce chien est à moi, disent ces pauvres enfants; c'est ma place au soleil: voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre. » Pascal avait dit encore : « Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité ou de peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent, le droit a ses époques ^ plaisante justice qu'une rivière ou une montagne borne; vérité au-deçà des Pyrénées, erreur audelà ! >» Ajoutez à ces incursions de la pensée , dans des régions encore inconnues , les effets de la révolution de l'Angleterre et de l'émancipation de la Hollande , qui avaient mis en circulation des idées directement opposées aux principes du gouvernement de Louis XIV. Enfin l'esprit même de l'administration et l'instinct de grandeur de ce prince favorisaient la marche progressive de l'esprit humain. Il fut question d'établir Tuniformité des poids et mesures, d'abolir les coutumes provinciales , de réformer le code civil et criminel , d'arriver à l'égale répartition de l'impôt. Tous les projets pour les embellissements de Paris avaient été discutés ; on voulait ache-

ver le Louvre ^ faire venir des eaux', découvrir les quais de la cité, etc. La liberté de la chaire, alors la seule inviolable, avait donné un asile à la liberté politique, et même, sous un certain rapport , h Tindépendance religieuse. Massillon dit tout sur la souveraineté nationale ; dans le Télémaque, les leçons ne manquent pas ; Bossuet s'était occupé sérieusement de la réunion de TEglise protestante à VEglise romaine. Les souvenirs des fureurs de la Ligue et les brouilleries de la Fronde avaient favorisé rétablissement de la monarchie absolue^ les souvenirs du despotisme de Louis XIV, quand ce grand prince s'alla reposer à Saint-Denis, rendirent plus amers les regrets de rindépendance nationale. La vieille monarchie avait traversé six siècles et demi avec ses libertés féodales et aristocratiques, pour venir tomber aux pieds du trentième flls de Hugues-Capet. Combien l'état, formé par Louis XIV, a-t-il duré? Cent quarante années. Après le tombeau de ce monarque , on n'aperçoit plus que deux monuments de là monarchie absolue : Foreiller des débauches de Louis XV et le billot de Louis XVL Le siècle de Louis XV, précédé des grandeurs et des désastres du siècle de Louis XIV, et suivi des destructions et de la gloire du siècle de la révolution , disparait écrasé entre son père et son petitrflls. »

Je me borne à ces jugements sur ce grand prince. Voyons maintenant, avec M. de Lourdoueii, le travail des institutions et des principes de la France.

Nous avons montré le principe monarchique s^eiForçant de détruire toutes les barrières que Pesprit de rébellion, l'mféo-* dation des fonctions publiques et l'hérédité des cours souveraines mettaient à ses développements et à sa puissance. Nous allons voir maintenant les parlements se relever à la faveur des embarras d'une régence, se placer dans l'intérêt national alarmé de l'établissement du despotisme, s'appuyer sur Tambition des grands, se servir des passions du peuple pour constituer son monopole, et, proclamant plusieurs maximes conformes aux vrais principes de la li^rté politique , obtenir T. xiv. 8

fil HISTOIRE DÉ PKÀNCE.

pendant quelque temps le concours des populations et la forcé de l'esprit public.

Si le moyen auquel s'était arrêté Louis XIII pour lier la volonté de la régente au système absolu de Richelieu , manquait de cette force logique qui avait caractérisé ce système , tant que la volonté royale, qui l'avait librement adopté, pouvait présider à ses développements , l'expédient employé par la reine pour s'affranchir de ce conseil de régence organisé par testament, n'était pas moins déraisonnable et moins dérisoire : cet expédient consistait à faire tenir un lit de Justice par Louis XIV, âgé de sept ans, et à faire déclarer par cet enfant-roi quHl voulait que les dispositions limitatives de l'autorité de la régente fussent et demeurassent annulées. Ainsi un roi mineur venait instituer lui-même les formes du gouvernement pendant sa minorité , comme si cet acte n'eût pas impliqua contradiction avec son objet, puisque la régence eût été fort inutile si le roi avait été doué de la sagesse nécessaire pour la régler.

Pour soutenir cette fiction d'un lit de justice tenu par un roi de sept ans , la reine s'appuyait sur un parti devenu puissant par la mort de Richelieu et la longue agonie de Louis XIII : c'était le parti des importants^ à la tête duquel se trouvaient les princes et les grands seigneurs qui s'attendaient à recevoir de la régente le prix des persécutions et des disgrâces qu'ils avaient subies pendant quinze ans, et qui s'étaient vus alteial» dans leurs espérances par l'institution du conseil de régence , composé des créatures de Richelieu ; ils -avaient formée à Saint-Germain, autour de la reine, une petite armée de gentilshommes qui se faisaient fort d'expulser les ministres et de rétabhr dans la plénitude de son autorité. C'est avec cet entourage qu'Anne d'Autriche conduisit le jeune Louis XIY au parlement; leur entrée dans la capitale fut une marche triomphale ; ce triomphe était celui du parti qui venait à la curée de la France.

La déclaration de Louis XIV fut reçue à Tunanimité par le parlement, après une discussion dans laquelle le système de

Richelieu fut flétri, comme l'œuvre d'un odieux despotisme. Tout semblait donc annoncer une réaction complète et imminente , et Ton ne doutait pas que le premier soin de la régente ne fût de déférer aux exigences de ses amis; toutefois , ces exigences étaient d'une telle nature, qu'elle n'aurait pu y céder sans ruiner la monarchie. Les hauts emplois et les gouvernements de provincfid et de places fortes que les proscrits avaient perdus, étaient passés en d'autres mahxs-, vouloir eiji dépouiller les possesseurs , c'eût été déplacer les griefs et les ressentiments, sans d'autre avantage pour le pouvoir, que de substituer des hommes arrogants et impérieux à des agents façonnés à l'obéissance. Ce n'étaient pas seulement des réactions et des abus qu'on demandait à la régente : on lui demandait des positions militaires et politiques, aQn de lui dicter des lois et de rendre son gouvernement impossible. Anne d'Autriche fut donc amenée , par la force de sa situation nouvelle, à chercher dans le parti contraire des moyens de résister aux prétentions de ses anciens amis. Mazarin avait été choisi par Louis X|n pour diriger ce conseil de régence que la reine avait fait casser, elle le prit pour premier ministre, et pour être en mesure de tenir tête à l'orage que ce revirement allait exciter parmi les princes et les grands seigneurs , elle se ménagea l'appui de la maison de Condé , qui s'était attachée au système de Richelieu , par le mariage du duc d'Enghien avec une nièce de ce ministre : dès-lors la guerre fut allumée entre la régente, la maison de C4ondé et ses adhérents, d'une part ; et de l'autre^ les princes, la noblesse de cour et de province, et les assemblées souveraines , qui n'attendaient que l'occasion de reprendre le rôle politique si violenunent interrompu par l'ordonnance de 1641.

Cette guerre commença dans les palais. Une princesse de , la maison de Condé, madame de Longueville, fut attaquée dans ses mœnrs par une lettre supposée, publiée et soutenue par tout le parti des importants; le prince de Condé, l'appui nécessaire de la régence, exigea de la reine la punition de cet outrage, et après de vaines tentatives pour ob-

Uè HtSTOmE DE FIÛNGE.

tenir, par les duels el les négociations, une rétractation de la calomnie, le duc de Beaufort fut emprisonné à Vincennes, , les duchesses de Montbazon et de Chevreuse, le duc et la duchesse de Vendôme , le duc de Mercœur et le duc de Guise furent exilés; les comtes de Béthune et de Montrésor furent envoyés à la Bastille, et le marquis de La Châtre fut privé de sa charge de colonel-général des Suisses. Ainsi Mazarin se trouva rejeté dans les errements de Richelieu : seulement ce n'était pas pour les complots faits avec l'étranger contre Tétât , qu'il avait recours aux arrestations et à l'exil , c'était peur des diffamations et des querelles de famille. Il ne montrait pas le pouvoir royal au-dessus de la féodalité, mais au-dessous d'elle; puisque c'était pour satisfaire le prince de Condé, chef de la noblesse, qu'il avait fait ce coup d'état. Richelieu, qui dominait son siècle, choisissait les occasions, et Mazarin les subissait : pour l'un, les proscriptions étaient une preuve de force; chez l'autre, elles furent un aveu de faiblesse.

Pour neutraliser autant que possible l'irritation du parti qu'il venait de frapper, Mazarin employa l'argent du trésoi' royal, déjà épuisé par les dépenses des guerres étrangères. Il S'efforçait, par des largesses pécuniaires, de racheter les exigences politiques des seigneurs mécontents; inflexible quand on lui demandait des provinces et des forteresses, il était prodigue des deniers de l'Etat, ne voyant pas que ruiner les finances était une autre manière de ruiner l'autorité royale. Richelieu avait évité cet écueil par les proscriptions et l'exil; en frappant les princes et les grands, il se dispensait de les ehrichû". Mazarin, ne pouvant les abattre, fut réduit à les pensionner; il donna de l'argent tant qu'il y en eut dans le trésor, et se trouva ensuite en présence d'une cupidité qu'il avait éveillée sans avoir les moyens de la satisfaire. Les cho- . ses en vinrent à ce point, qu'on fut obligé d'engager les pierreries de la couronne pour défrayer la-table du roi , et qu'il fallut enfin se résoudre à des mesures fiscales qui livrèrent la cour à la merci du parlement.

Celle compagnie salait abstenue d'intervenir dans les con* testations du ministère et des courtisans; instruite par Tex* périence, elle choisit, pour engager la lutte, une question populaire : le pouvoir royal Pavait facilement vaincue dans risolement du monopole ; elle le vainquit à son tour en se plaçant, autant que sa nature le permettait, dans l'intérAt national et dans la liberté publique.

Jusque-là, les moyens de finances s'étaient réduits à des augmentations des tailles, à des taxes sur les traitants et sur les aisés ^ et à des créations d'offices de finances et do judicature. Le premier moyen n'était praticable qu'en convoquant les Etats-Généraux , car les parlements ne se sentirent ja^ mais assez puissants pour imposer la nation entière. Le se^ cond compromettait le parlement, qui ne voulait plus se reodre complice de ces spoliations arbitraires des fortunes privées. Le troisième moyen , Taugmentation des offices , était devenu impossible par Tabus qu'on en avait fait ; le nombre de ces offices avait été tellement exagéré que les prétextes même étaient épuisés, et, comme la création de nouveaux emplois était un préjudice pour les officiers anciennement pourvus, le monopole représenté parles cours souveraines était en mesure de se défendre contre le développement qu'on aurait voulu lui donner.

Dans cette situation , on essaya de pourvoir au dénuement du trésor par des inventions financières qui avaient tout l'odieux des avanies sans offrir de véritables ressources : de petites maisons avaient été bâties hors de Tenceinte^de Paris sur UD terrain public ; on s*avisa d^obliger les pauvres gens qui avaient commis ces empiétements à payer ce terrain , arbitrairement taxé par le domaine ; la fermentation fut grande dans le peuple, le parlement intervint pour défendre de passer outre. Le ministère, humilié^ fit d'autres tentatives du même genre, qui n'amenèrent pour lui que des défaites*, et Topposition des salons , se passionnant pour la cause du peuple, donnait, par son exaltation, une gravité politique h ces incidents particuliers.

Enfin te gouvernement imagina mi expédient qui semblait devoir obvier à ses embarras , ce fat de rendre un édit qui taxait, à l'entrée de Paris, les marchandises servante la consommation de cette capitale; cet impôt, rentrant par sa nature dans la catégorie des aides et gabelles , c'était la cour des aides qui devait recevoir le nouveau tarif pour le rendre valable; et cette cour rayant enregistré, on espérait ainsi se soustraire à la domination du parlement.

L'assemblée comprit qu'elle était atteinte , dans sa prétention à remplacer les Etats-€énéraux-, elle subtilisa sur la nature de Pimpôt , pour prouver qu'il n'avait pu être enlevé à son contrôle -, et , après une lutte d'une année , dans laquelle tous les partis se livrèrent à une polémique animée, sur des questions de forme très-étrangères aux préoccupations habituelles des hautes classes de cette époque, le ministère fut forcé de retirer l'édit.du tarif, et d'aborder enfin le fond même des difficultés qu'il essayait vainement d'éviter.

Des édits bursaux furent présentés pour créer de nouveaux offices ; un d'entre eux augmentait d'un cinquième le nombre des maîtres des requêtes du parlement : pour faire passer une mesure qui atteignait le monopole dans sa forteresse, la grande ressource des lits de justice fut jugée nécessaire, cette ressource se trouva insuffisante : le lendemain de la séance royale , où déclara « que l'enregistrement , en présence du a roi n'étant pas libre, devait être considéré comme une for- <( malité sans valeur. »

Pour comprendre toute l'importance de cette résolution du parlement, il faut songer que l'usage des lits de justice restant suspendu au-dessus des discussions et des résistances parlementaires, et se présentant à tous les esprits comme le dernier terme des oppositions les plus violentes, comme la solution de tous les conflits qui pouvaient s'élever entre les assemblées souveraines et la royauté, le principe monarchique conservait la suprématie politique, même lorsqu'il n'usait pas de cet expédient. Car, dans les gouvernements compliqués, le pouvoir qui donne son nom à la société n'est pas celui qui

LOUIS XIV. lift

commenee les différends , c^est celui qui les finit ; oe n'est pas celui qui pose les questions , c'est celui qui a le moyen de les résoudre. Sous le régime du monopole parlementaire , robéissance des assemblées aux injonctions directes de la royauté était la condition tacite de la faculté délibérative qu'elle leur laissait^ le pouvoir royal permettait au parlement, institué par lui pour rendre la justice , déjouer le rôle des véritables assemblées représentatives, moyennant que ce rôle n'irait pas jusqu'à tenir lieu de la réalité ; du moment où le parlement s'appliquait le droit des Elats-Généraux , la nature du gouvernement était changée, et une révolution était accomplie.

Pour s'affranchir de la sujétion qui résultait pour lui de l'usage des lits de justice, le parlement se fondait sur cette vérité , que là France étant un pays de liberté, la royauté ne pouvait devenir absolue sans violer les droits de la nation à discuter et à consentir les charges publiques. <( En France , c( sire , disait au roi l'avocat-général Talon , en France , le « pays le plus policé du monde, les peuples ont toujours fait « état d'être nés libres et de vivre comme vrais Français \ « c'est une illusion dans la morale de croire quo dep édit$ « passent pour vérifiés, lorsque votre majesté en a fait lire « et publier le titre en sa présence. ); C'était là , comme on voit, une contre-partie de l'ordonnance de Louis XIII, qui rappelait aux compagm'es souveraines qu'elles n'avaient été instituées que pour rendre la justice, et que, n'ayant aucun mandat pour se mêler des affaires d'état, elles ne pouvaient intervenir dans le gouvernement sans usurper sur les droits de la royauté. On trouve ici le fond de ce dialogue entre Hugues Capet et un personnage féodal : ce Qui t'a fait comte? — Qui t'a fait roi? » La royauté, sous Louis XIII, avait dit au parlement : Qui t'a fait assemblée politique ? Le parlement répondait, sous Louis XIV : Qui t'a fait monarque absolu? Les deux partis avaient raison l'un contre l'autre -^ tous deux avaient tort envers la France , et c'est pour cela que , pendant ce long différend, ni la royauté ni le parlement, ne

iSO lUSTOIRE DE FRANGE.

voulurent se trouver en présence des véritables représentants de la nation.

Dans cette situation , la régente, qui savait qu'en poussant le parlement à Texamen de son origine, il y trouverait le principe monarchique, se persuada qu'elle ramènerait par là cette assemblée à la subordination dont elle était sortie ; elle lui ordonna donc de répondre nettement, et par arrêt, à cette question : « Le parlement se croit-il le droit de limiter l'auto- « rite royale? » C'était une réplique assez vive à la déclaration du parlement , et qui ne laissait pas d'être embarrassante pour un corps attaché à la lettre des lois. Toutefois la reine oubliait que ce corps était devenu indépendant le jour où il avait acheté Thérédité, et qu'à défaut du titre légal qui lui manquait, pour justi&er son émancipation , il pourrait vouloir se donner le fait en s'appuyant sur l'insurrection, ressource naturelle de tous les pouvoirs qui ne tirent point leur mandat de la constitution.

Conformément à cette injonction de la régente, les magistrats se mirent à feuilleter les registres pour y chercher ces lois fondamentales , si souvent invoquées par eux à l'appui de leurs prétentions législatives. C'était chercher la liberté politique dans les archives du monopole, on ne l'y trouva point; mais le résultat de cette vaine investigation fut, pour les assemblées souveraines, qu'il fallait se donner ce qu'on n'avait pas : ainsi le parlement éprouvait le besoin d'une loi fondamentale qui l'autorisât à intervenir dans la polijique ; et il se croyait le droit, bien plus exorbitant, de faire cette loi fondamentale, nécessaire, de son aveu, à sa puissance législative. On voit que le monopole , comme le despotisme , est condamné aux cercles vicieux, supplice inévitable de toutes les usurpations de pouvoirs ; il n'y a que les constitutions naturelles qui soient rationnelles. La logique appartient à la vérité.

Les quatre compagnies souveraines résolurent de se réunir et de former , par délégation , une assemblée qui prît l'Initiative sur les moyens de limiter le pouvoir royal , et

de corriger les abus du gouvernement. Cette assemblée s'organisa elle-même sans titre, sans précédents, et malgré les défenses réitérées de la régente, qui, ayant vu son autorité formellement méconnue, fut forcée d^autoriser les compagnies à continuer leurs travaux, « espérant du moins, pour prix de a sa complaisance , qu'on ne refuserait pas de pourvoir aux « besoins du trésor, qui devenaient chaque jour plus {)res- « sants. »

La forme qui fut suivie dans ces délibérations était ellemême une création constituante 5 les quatre compagnies souveraines nommèrent des députés qui, réunis au nombre de soixante dans la chambre de Saint-Louis, proposaient et discutaient les mesures de réformation de Tétat ; ces mesures étaient ensuite portées au parlement, qui leur accordait ou leur refusait sa sanction.

On ne peut varier d^opinion sur le caractère de ces articles. Les cours souveraines, instituées par la royauté, tenaient d'elle leur existence et leurs pouvoirs ; elles s'étaient séparées de leur origine; elles avaient donné à soixante députés pris dans leur sein le mandat , qu'elles n'avaient pas , de travailler à la réformation de l'État. La royauté avait interdit ces assemblées, les compagnies avaient passé outre, dès ce moment elles étaient en révolte flagrante. La réformation de l'Etat était nécessaire dans la situation où la vente des offices et l'avidité des grands avaient mis l'administration des finances; les tailles étaient affermées, les produits dévorés d'avance, toutes les sources du revenu public étaient épuisées , et le peuple, vendu pour ainsi dire aux usuriers et aux traitants , n'avait , en l'absence des assemblées nationales, aucun moyen de faire entendre ses plaintes , mais cette réformation ne pouvait se faire que par la nation et la royauté : elle devait venir de la constitution et non de l'usurpation; les parlements, gardiens des lois et des maximes fondamentales, devaient refuser leur complicité au pouvoir absolu , pour les ressources précaires par lesquelles il cherchait à prolonger son existence : ils auraient ainsi ramené la royauté aux conditions nationales dont la

iSA HISTOIRE DE FRANCE.

crise protestante l'avait fait sortir. Mais vouloir chercher dans la révolte la réparation des maux que le pouvoir absolu avait causés , c'était placer la France dans cette alternative de despotisme et d'anarchie qui fut en effet toute Thistoire de cette crise.

Il était naturel que la royauté à laquelle on enlevait, par une usurpation de mandat , la puissance qu'elle avait usurpée, ne se soumît pas volontairement à la sujétion qu'on lui imposait. Non -seulement le pouvoir royal était atteint dans l'extension abusive qu'il avait prise sous le dernier règne, mais le principe monarchique lui -môme était violé, puisqu'il y avait dans la société un corps qui se plaçait audessus de tout; qui prétendait régler, sans la royauté, les formes du gouvernement du roi ; qui s'attribuait un veto absolu sur toutes les mesures de politique intérieure, et qui concentrait en lui-même les pouvoirs constituant , administratif et judiciaire.

La régente ne pouvait donc accepter, sans combattre, la véritable déchéance qui résultait pour la royauté des nouvelles formes de gouvernement que la révolte lui imposait. La régente résolut, avant de pousser les choses à Textrême, de se rapprocher par des concessions des exigences du parlement, de faire déclarer par le roi, du haut du trône, ce qu'elle croyait devoir réserver , de rappeler les lois fondamentales violées par les assemblées souveraines , et d'ordoimer la cessation de leurs délibérations irrégulières. Tel fut l'esprit de la déclaration royale dont le chancelier donna lecture dans la séance tenue par le roi en personne, le 16 juillet 1648.

Cette déclaration est fort remarquable , parce qu'elle prouve que le pouvoir absolu n'avait point perdu de vue tous les principes de la constitution nationale dont les troubles civils avaient suspendu l'action et le développement. Voici le préambule de cette déclaration :

« Comme il n'y a rien qui maintienne et conserve davan- « tage les monarchies en leur perfection que l'observation des « bonnes lois, il est du devoir d'un grand prince de veiller à

« ce qu'elles ne soient pas corrompues par les abus qui se « glissent insensiblement dans les états les plus parfaits, afin « d'éviter la ruine qui pourrait arriver si , par négligence , « les maux devenaient incurables. Aussi , les rois nos pré- « décesseurs ont-ils de temps en temps ordonné des assem- « blées pour voir et connaître les imperfections et les dé- « sordres qui s'étaient formés dans leur état et aviser aux tt moyens les plus convenables pour les retrancher. Mais ces (( assemblées, soit des notables, soit des états, ont toujours « été réglées par eux, aucuns ne pouvant, par la loi du « royaume, prendre connaissance du gouvernement et ad- « rainistration de la monarchie qu'ave: l'autorité et puisce sance des rois. Aussi les assemblées, après avoir reconnu « les abus et avisé aux moyens d'y remédier, ont-elles toute jours présenté aux rois les cahiers de leurs remontrances « pour servir de matière à faire des lois et ordonnances, les- « dites lois et ordonnances envoyées ensuite dans les compa- « gnies souveraines, instituées principalement pour établir la « justice des volontés des rois et la faire recevoir pat lespeu- « pies avec le respect et la vénération qui leur est due. »

Ainsi , la nécessité pour les rois de convoquer de temps en temps des assemblées représentatives , le droit d'en régler leâ formes, l'initiative des lois reconnue comme un droit de ces assemblées, la sanction réservée au pouvoir royal , et Tobligation pour les cours judiciaires d'en assurer l'exécution : voilà les bases constitutives indiquées dans ce préambule. A la vérité, on affectait de confondre les assemblées des notables avec les Etats^énéraux , et l'on ne disait pas que les assemblées nationales dussent être convoquées à époques fixes ; mais il fallait bien que le despotisme , obligé de se réfugier dans la constitution , s'y réservât une porte de derrière : c*est beaucoup à notre avis qu'Anne d'Autriche et Mazarin , les continuateurs de Richelieu, aient été forcés d'évoquer cette grande image de la liberté politique pour défendre la majesté royale contre les outrages du monopole parlementaire^ rien ne prouve mieux la puissance indestructible de la

constitution nationale que cet hommage incomplet de la royauté absolue.

La déclaration royale promettait d'assembler le^ notables, adoptait plusieurs articles de la chambre de Saint-Louis, en repoussait quelques autres , et finissait par Finjonction formelle à celte chambre de cesser ses délibérations , et aux officiers du parlement, de reprendre le cours de leurs occupations judiciaires.

Nonobstant cette injonction, dès le lendemain les assemblées recommencèrent , et il fallut les vives instances du duc d'Orléans , Gaston , pour obtenir qu'elles fussent suspendues jusqu'à ce que le rapport sur la déclaration royale eut été préparé par la commission qu'on avait chargée de l'examiner.

Quelques jours après , le prince de Condé gagna la bataille de Lens : cette victoire éclatante sur les Espagnols fit croire à la régente qu'elle pouvait tout tenter pour rétablir son autorité. Les gouvernements faibles sont sujets à ces sortes d'illusions; mais les avantages extérieurs ne changent point les vices intérieurs qui déterminent les crises politiques : on a vu des vaisseaux , sortis victorieux d'un combat , se briser contre des écueils que l'équipage aurait évités sans l'enivrement de la victoire.

Anne d'Autriche, qui, selon l'expression de Mazarin, étaU brave comme un soldat qui ne connaît pas le danger, profita de l'allégresse publique causée dans Paris par le succès des armes françaises, pour faire arrêter dans leurs maisons quatre magistrats qui s'étaient signalés dans les assemblées par la fougue de leur opposition : mesure qui , violant la liberté individuelle pour atteindre l'esprit de faction, faisait de la cause d'un parti la cause de tous les citoyens. Le lendemain de ce coup d'état , le parlement s'assembla pour aller demander à la reine la liberté de ses membres arbitrairement' emprisonnés ; cent mille hommes se trouvèrent en armes pour appuyer cette démarche, et en moins de trois heures deux mille barricades furent dressées « avec tant d'intelligence, « disent les mémoires du temps, que, de l'aveu des gens de

u guerre, tout le reste* du royaume assemblé n'eût pas été « capable de les forcer. » La reine céda : les prisonniers furent rendus , et quelques jours après la cour quitta Paris furtivement et alla s'établir à Saint-Germain. De nouvelles arrestations furent ordonnées : le parlement devait discuter un règlement attendu depuis longtemps pour les impôts de Paris ; il retarda ce travail , et les bourgeois refusèrent le paiement de tous les droits. Des négociations furent entamées avec la régente , qu'une députation alla supplier de ramener le roi à Paris : elle répondit par Tordre de cesser à l'instant les assemblées illégitimes^ et le parlement, qui se voyait menacé d'un siège, se disposa à le soutenir. Il rendit un ar* rêt portant « qu'il serait pourvu à la sûreté de la ville ; que •c le prévôt des marchands enverrait dans tous les lieux qui « sont sur la rivière pour y réunir des blés et autres subsis- M tances nécessaires à Tapprovisionnement de Paris; que les «t bourgeois se tiendraient armés pour la sûreté publique, et « que le lendemain, toute affaire cessant, il serait délibéré « sur l'arrêt de 1617, arrêt rendu à l'occasion du maréchal « d'Ancre , et qui interdisait le ministère à tout étranger sous « peine de mort. »

Toutefois ces apparences de guerre civile furent coi^urées pour quelque temps ^ le prince de Coudé , sur lequel on comp** tait pour conduire l'armée royale, ne se souciait pas d'engager* la lutte sur une question de liberté individuelle, qui, au fond, intéressait les princes du sang plus encore que les bourgeois, et la reine fut obligée de signer cette déclaration royale du 24 octobre 1648 , qui ratifiait tous les actes de lu chambre de Saint-Louis , et consacrait ainsi le pouvoir politique du parlement. Cet acte fut appelé à cette époque la loi fondamen'* iale de la monarchie; ce fut le champ de bataille des partis dans toutes les vicissitudes qui suivirent. L'opposition y puisait ses griefs et ses déûances contre la reine et Mazarin. On ne crut jamais que la régente et son ministre fussent bien sincèrement attachés à ce pacte léonin , que la révolte avait dicté , et qui aupulait le pouvoir royal ; on avait placé ce pou-

ili HISTOIRE DE FRANCE.

voir dans une situation contraire à son intérêt et à sa nature; la force matérielle qui lui avait imposé cette charte semblait nécessaire pour la maintenir.

Il existait , dans le parlement, un parti royaliste dirigé par le premier président Mathieu Mole: ce grand magistrat, en- , traîné , par sa position , dans une lutte que sa sagesse n'avait pu prévenir, savait maintenir dans sa compagnie toutes les maximes monarchiques qui se conciliaient avec la résistance armée qu'on se croyait en droit d'opposer au pouvoir absolu de la régente et de son ministre. De son côté , le prince de Condé , qui commandait le parti de la cour, ne voulait pas que la victoire de la régente fût trop complète , dans la crainte d'être sacrifié par Mazarin, s'il cessait d'être nécessaire. Toutes ces raisons se réunirent donc pour amener une paix que les émeutes, suscitées par les généraux, ne purent empêcher de s'accomplir, et qui , sans rien changer à la situation du parlement et de la royauté, puisque la charte du 24 octobre fût maintenue, donna naissance à des revirements assez curieux et à des troubles d'une nature plus sérieuse.

Le prince de Condé , dont les exigences s'exaltèrent par les services qu1l avait rendus, s'avisa de demander, pour ses amis , des gouvernements de province et de places fortes , ce qui rejetait la régente dans les embarras qu'elle avait voulu éviter par son alliance avec cette maison -, refusé par Mazarin, il s'unit avec les frondeurs : la cour se trouvant alors avoir contre elle une coalition de trois partis , fut forcée de céder à l'orage, et Mazarin s'éloigna, pour attendre que la division de ses ennemis lui permît de reprendre l'offensive. La reine sut faire naître cette division , favorisée à souhait par la hauteur du prince de Condé , qui mécontenta bientôt le parlement et la noblesse ; elle s'unit à son tour avec la Fronde , et , forte de cet appui , elle rappela Mazarin , et fit arrêter le prince de Condé, qu'elle enferma dans une prison d'état, violant, sans réclamation cette fois , la liberté individuelle et la charte du 24 octobre, qui avait fait le sujet de la lutte. Puis, quand il fallut compter avec les prétentions de ses alliés , Mazarin,

obligé de s*éloîgnei* de nouveau, alla délivrer luî-méme le prince de Condé, qui, revenu à Paris, et ne pouvant dicter des. lois ni à la Fronde , ni à la reine , s'en alla dans le midi commencer, avec une arrière -pensée d'usurpation, cette guerre civile qui absoita bientôt, par son extension et sa gravité , tout Pintérêt et toutes les passions de l'époque. C'est qu'alors la question avait atteint son véritable terme : la féodalité tout entière se trouva aux prises avec la royauté. Ainsi le parlement, par ses prétentions constituantes et la charte du 24 octobre, n'avait réussi qu'à dégager le grand et le petit vasselage , et il avait mis les provinces en feu pour une cause qui n'était pas la sienne.

Tous ses efforts , pendant cette lutte , se bornèrent à maintenir Paris dans une neutralité armée entre le parti du roi et le parti des princes : il avait mis Mazarin hors la loi , et Pavait livré aux passions de la multitude ; et la faction du prince de Condé se servait de ces passions pour dominer le parlement lui-même , lié par ses arrêts , et pour le tenir séparé de la cause royale. Le nom de Mazarin était devenu un mot de proscription contre tous ceux qu'on soupçonnait d'adhérer au parti de la reine. Le parlement , qui avait con-* tribué à forger cette arme, était menacé par elle quand il résistait à la faction.

La guerre civile, après avoir traversé la France, vint se résumer sur la place Saint-Antoine, dans ce combat terrible où le grand Condé , ayant vu tomber à ses côtés ses plus illustres compagnons d'armes , aurait succombé à l'ascendant de la cause monarchique, soutenue par le grand Turenne, si la hardiesse d'une princesse n'eût sauvé le héros vaincu, ten ouvrant aux débris de son armée les portes de Paris, que la prudence du parlement avait fermées à son approche.

Ainsi la révolte féodale était venue combattre et mourir au pied des murailles de cette grande ville, qui lui avait mis les armes à la main et qui prétendait rester neutre: et une faible femme réalisa la conséquence logique de la première insurrection , en forçant Paris de recevoir dans son sein la rébetiioa

138 IIISTOIHE DE FRANCE.

blessée et sanglante qui évoqua Tanarchie pour contraindre la bourgeoisie et les parlements de se perdre avec elle. Cette dernière phase de la Fronde renferme toute Tinstruction de dix années d'agitations et de conflits. Le prince de Condé, maître de Paris, somma les magistrats de se prononcer en sa faveur; sur leur refus, il déchaîna contre eux l'émeute, et les fit massacrer à THôtel-de-Ville. L'horreur de cette catastrophe acheva de ruiner sa cause ; il quitta Paris, et se jeta dans les bras des Espagnols , et Tautorité royale, ayant vaincu à force ouverte la grande féodalité , fut rétablie dans la plénitude de sa puissance. Ainû la révolution , qui avait commencé dans les salons, passa dans les assemblées, et finit dans les rues : c*est là rhistoire de ces sortes de crises.

Louis XIV, ayant fait son entrée dans Paris , au milieu des acclamations universelles, alla tenir un lit de justice pour faire enregistrer une déclaration royale , qui accordait une amnistie générale, et qui finissait par le passage suivant, conclusion prévue de ce long conflit :

u Considérant que tous ceux qui ont voulu commencer la a guerre civile ou exciter quelques désordres dans notre état c( ont ordinairement essayé de surprendre la religion de notre « parlement en gagnant et séduisant les esprits de plusieurs « officiers d'icelui^ qu'ils leur ont fait employer Tautorité que « nous leur avons accordée par les charges qu'ils exercent « dans la compagnie , pour décrier nos afiaires dont leur ft profession leur avoit donné peu de connaissance 5 que , f( pour faire réussir leurs desseins , ils ont artiflcieusement (c suscité des assemblées générales de toutes les chambres « pour y faire délibérer indifféremment sur toutes proposi- « tiens que les moindres particuliers ont voulu faire 5

« Voulant éviter que de tels maux n'arrivent plus dans tt notre royaume , à l'avenir, nous avons fait et faisons irès- « expresse inhibition et défenses aux gens tenant notreditq « cour de parlement de Paris de prendre ci-après aucune M connaissance des affaires générales de notre état et de la a direction de nos finances; de rien ordonner ni entreprendre

•( eoptre ceux à qui nous en avons confié Fadministration, à « peine de désobéissance. Déclarons dès à présent nul et de « nul eflfet tout ce qui a été ci-devant et pourroit être ci- « après résolu et arrêté sur ce sujet dans ladite compagnie «» au préjudice de ces présentes, et voulons que nos autres « sujets n'y aient aucun égard. »

Cette déclaration fut reçue sans aucune objection au parlement, à la chambre dès comptes, à la cour dçs aides et à rHôtel-de-Ville. Les seigneurs et les magistrats exilés sortirept de Paris sans que le peuple en fût ému.

Il ne faut pas méconnaître dans cette crise de la Fronde le travail du principe représentatif, qui cherchait à se faire jour dans le parlement pour protester contre le pouvoir absolu de Louis XJII et d'Anne d'Autriche, et obliger la royauté, paralysée dans sa marche, à convoquer les Etats-Généraux. On ne saurait expliquer, sans la force de ce principe, ni la coopération de tant de vertueux magistrats à des actes dont ils ne pouvaient se déguiser l'illégalité radicale , ni l'enthousiasme universel qui secondait leurs efforts pour limiter le pouvoir royal. L'image d'une assemblée délibérante s'occupant , quoique sans mandat, de législation et de finances, aidait à maintenir l'idée de la liberté politique ; le principe représentatif se servait des éléments qui se rapprochaient le plus de sa nature, et la France soutenait cette image, tout imparfaite qu'elle était, comme on conserve un portrait pour maintenir dans une famille le souvenir et les droits d'un absent.

Au reste , il s'en est fallu de peu que le principe représentatif n'ait obtenu, dès cette époque, le but véritable de ses efforts. Pendant toute la Fronde, la convocation des Etats- Généraux ne cessa d'être demandée à la régente : plusieurs pamphlets du temps invoquent cette mesure comme le seul remède possible aux maux qui désolaient la France. Un de ces mille écrits , le Formulaire e^'e/a^, appuyait cette opinion par ce raisonnement : « La royauté , disait-il , est distincte « du roi, qui est seulement le corps de la royauté. Les rois « ne sont que pour gouverner, c'est-à-dire pour assurer l'exé-

« cation des lois fondamentales ; donc les lois fondamentales . « sont au-dessus dû pouvoir des rois. >»

C'était surtout la noblesse qui demandait avec le plus d'instance la convocation des Etats-Généraux. Il y eut à Paris une assemblée de huit cents gentilshommes , à laquelle vinrent se joindre des princes et des ducs et pairs, désespérés d'avoir vu leurs conditions rejetées dans la paix de Saint-Germain ; PuBurpation des parlements fut violemment attaquée dans cette assemblée ; les orateurs s'indignaient « qu'à la honte du siècle , « et par le renversement des anciennes lois du royaume , de « jeunes écoliers devinssent, au sortir du collège, les arbitres H de la fortune publique^ par la vertu d^une peau de parchemin « qui leur coûtait soixante mille écus. » On en vînt bientôt à vouloir rétablir la constitution du royaume. Le parlement prit ralarme et rendit des arrêts pour dissoudre la réunion. La lutte menaçait d'être sérieuse, car il fut délibéré, dans ' l'assemblée de la noblesse, « de se transporter au parlement « pour le châtier de son insolence, et jeter dans la rivière le « premier président et M. de Champlàtreux, son fils. » Il fallut que le duc d'Orléans sortît de son indécision pour déclarer qu'il se mettrait à la tête des troupes, afin d'obliger les gentilshommes à se séparer. L'assemblée obéit, mais sur la promesse formelle qui fut faite par la reine de convoquer les Etats-Généraux pour le 8 du mois suivant ; des assemblées de bailliage furent, en effet, autorisées pour la nomination des députés : de toutes parts on pressait la régente de tenir sa promesse, et à défaut d'une ordonnance royale , les gentilshommes de plusieurs provinces étaient résolus à se réunir spontanément sous la présidence du prince de Condé. Mazarîn parvînt, par ses intrigues, à diviser la noblesse; et des rixes sanglantes eurent lieu dans plusieurs bailliages à Poecasion des élections. Le parlement de Paris joignit ses efforts à ceux du ministre pour empêcher cette convocation , qui menaçait également le pouvoir absolu et le monopole parlementaire \ la guerre civile , allumée par le prince de Gondé, vint donner une autre direction aux événements. De tout

temps , le recours aux voies violentes a été funeste i la liberté et a suspendu le développement des institutions.

A ray(kienient de Louis XIY, l'Espagne possédait la Fluidre et la Franche-Comté ; la Lorraine appartenait au due Charles , {Hrinea qui vendait au plus offipant son alliance et sa' petite armée ; l'Alsaee avait été réunie à la France par un traité que le cardinal Mazaria avait su ménagor au milieu des troubles de la Fronde ; mais Strasbourg étant restée ville indé*pendante, livrait le passage du Rhin aux Impériaux, en sorte que TAlsace , séparée de la France par la Lorraine , était expo* sée à rinvasion. Il s'ensuivait que la France était découverte au nord et à Test, et qu'elle ne pouvait /aire aucun mouvement pour se dégager sur un point, sans se trouver entamée sur tous les autres. L'Espagne avait portée dans la Flandre toutes ses forces offensives ^ elle avait dans cette province des arsenaux et des places d'armes formidables , et ne manquait pas d'appuyer, par une diversion sur les Pyrénées, toutes les tentatives d'invasion qu'elle faisait dans la Picardie. Il s'agissait donc, pour la France, d'un de ces efforts extraordinaires qui exigent toute Pénergie , toute la puissance morale et matérielle d'une nation ; il fallait non-seulement soutenir une lutte violente dans une position désavantageuse , mais il fallait élever son courage jusqu^à prendre l'offensive, quand la défensive était si difflcile qu'on avait vu , sous le règne précédent, les Espagnols pénétrer jusqu'à Pontoise. La France devait conquérir à la fois la Flandre , la Franche-Comté , la Lorraine, Strasbourg^ et retourner contre l'ennemi les canons de cent forteresses qui la menaçaient , avant de pouvoir se reposer dans sa force et marcher dans sa liberté.

C'est ce grand, ce prodigieux effort du principe territorial qui 0t toute la grandeur du règne de Louis XIY. Ce roi se plaça , jeune encore , dans cet intérêt national qui dominait tout, pour dominer lui-même les hommes et les événements. 11 puisa dans cette oeuvre héroïque la force et la majesté qu'il reporta ensuite dans l'administration intérieure et dans ses rapporte avec les étrangers. Le pouvoir absolu qu'il exerçait

ISi HISTOIRE DE FRANCE.

ne semblait en lui qu'une extension du principe monarchique , motivée par cette lutte herculéenne dans laquelle toutes les forces sociales avaient besoin de s'exalter. Ce pouvoir participait de celui des dictateurs militaires dans les républiques. Ses commandements étaient sacrés, car c'était Vintérêt de la patrie qui les dictait : Tobéissance était facile, car beaucoup de gloire en était le prix. C'est seulement quand les traités eurent réalisé pour la France les résultats obtenus par la guerre ^ quand deux lignes de forteresses, conquises par la valeur française, eurent couvert nos frontières du nord et de Test -, quand un fils de Louis XIV, placé sur le trône d'Espagne, eût rendu à la France la liberté de ses mouvements sur l'Allemagne et la Hollande , qu'on put examiner si la société avait conservé quelques garanties contre les abus de ce pouvoir saos limites que la victoire avait consacré.

Il faut reconnaître que ce grand développement monarchique, qui s'accomplit sous Louis XIV, avait été préparé par le génie de Richelieu. Ce ministre , en abattant la puissance militaire de la révolte protestante, avait détruit le premier obstacle à ce ralliement des forces de la France, dans l'unité du pouvoir royal , pour dégager le territoire ; et sa politique habile et infatigable avait su former ces alliances avec la Suède, la Hollande, le Portugal et la Savoie, qui avaient arrêté les progrès de la maison d'Autriche en Allemagne et en Italie. L'ambition des princes et des gentilshommes , leur soif de pouvoir et de domins^tion , la fière indépendance de la bourgeoisie, l'audace et la turbulence du peuple, la chaleur et le courage que tous avaient puisés dans ces conflits politiques, devinrent les éléments de la puissance monarchique que Louis XIV tourna contre les étrangers. Tout ce qui pouvait servir à faire de la force fut employé à fonder la prépondérance de la France au dehors : l'orgueil individuel se perdit dans l'orgueil national ; toutes les facultés furent en relief et en valeur, et contribuèrent à former ce fond commun de grandeur et de gloire où les hommes de tous les rangs, de toutes les professions, de tous les partis, trouvèrent la satis-

faction dr:^ besoins moraux qui les avaient agités si longtemps. Les armes , l'administration, les affaires étrangères, avaient des honneurs pour tous les mérites : sous ce règne, quatrevingt-sept Français parvinrent à la dignité de maréchal de France.

Ainsi le pouvoir absolu de Richelieu était tourné à l'intérieur contre les résistances qu'il excitait ; celui de Louis XIV attirait à lui et s'assimilait tout ce qui avait résisté, pour en composer une force militaire et politique , à l'aide de laquelle il sut élever la France au premier rang des nations. Le ministère de Richelieu fut une lutte de la royauté contre la féodalité ; sous le règne de Louis XIV, la royauté absorba la féodaUté,'et réalisa un des mystères du principe monarchique , en personnifiant dans un grand roi toute la puissance d'un grand peuple

C'est le sentiment de cette-»puissance nationale personnifiée dans ce monarque, qui produisit à l'intérieur ces créations gigantesques, monuments éternels de cette prépondérance que la France venait de Conquérir. Ce glorieux effort, qui s'accomplissait par les armes, augmenta toutes les proportions de la société : la royauté grandit dans les pensées, et la note tonique étant haussée par la victoire, toutes les idées se mirent à l'unisson et s'exaltèrent jusqu'au sublime ; et cette loi des harmonies qui régit le monde intellectuel comme le monde naturel , conduisit les artistes et les écrivains dans la sphère du beau et du grandiose. La suspension de la liberté politique favorisa cette direction nouvelle : toutes les hautes facultés de l'esprit se développèrent dans les arts et dans les lettres^ le progrès se fit dans les livres ; et la royauté à cette époque étant la voie et le moyen du mouvement social, les plus grands hommes se pressèrent autour du roi , pour exécuter les plus grandes choses. Le principe chrétien avait eu son siècle, pour couvrir l'Europe de ses basiliques imposantes qui devaient durer autant que le monde ; le principe monarchique eut le sien pour élever ses monuments qui devaient décorer la France. Les magnifiques colonnades, les somp-

iU HISTOIRE DE FRANCE,

ttteax palâia et ces tastes jardins oà \n nature vivante est sannrise aux savantes symétries de rarchiteeture , sont devenus des types d'étéganee et de grandeur qui ont déterminé les embellissements successifs de nos villes^ qui ont imposé leurs proportions à toutes les constructions publiques , et qui conserveront i jamais dans le peuple le sublime qui les a produits.

Ainsi non seulement Louis XIV personnifia en lui l'intérêt delà France, mais il s'inspira de Tesprit et du génie de la nation qu'il rq^réseotait. Aucun prince ne contribua plus que lui à favoriser ce sentiment d'égalité^ trait dominant du caractère national. Sous son règne , la noblesse perdit son eiistenee féodale pour chercher son lustre et son influence dans les services rendus à FEtat. Il exigea des grands seigneurs qu'ils abandonnassent les châteaux où ils tenaient leurs cours^ pour venir contribuer, dans Yersattles, à la splendeur de la sienne, les forçant d'échanger une existence.de domination contre une vie de sujétion et de servitude. Les grandes guerres, dans lesqudles des plébéiens s^élevèrent au' grade de laaréchal de France, habituèrent les gentilshommes à placer dans le mérite les idées de supériorité qu^tls ne voyaient q^ dans la naissance^ et la considération qu'il montra pour les savants et pour les g^is de lettres, les immenses travaux qu'il exécuta et la gloire qui en rc^Uit sur les artistes , fondèrent dans l'opinion cette aari^o^atie du génie et des talents , rivale daffligereuse de Fartetoeratte de la naissaifece et de la richesse. NoD-seuteitient il fournit aux classes inférieures toi£s les moyens de s'élever au niveau de la n^]ilesse , m»s il favorisa la petite réaelion plébéienne, qui tendait à s'exercer par le théâtre aux dépens des seipieurs de sa cour. Mohère , né dans son palsûs, et aussi près que possible de sa personne, livra /09 mar^ff^ de FOEil-do-Bœ»! à la mali^ité populaire; et ce grand satirique a écrit ,, sous l'ii^ptration de Loi»is XIV^ plus d'une comédie dont la représentation n'a pais été un foible embarras pour quelques-uns des successeurs de ce lAonarque.

Tout cela explique Gonmiteat la natloa fraaçaise a pu sup-

pdrter atislK Mnolgtemps la privation fle ses libeftés et la s»»*' pemion âes histitationfl représentatives. Lonifi XIV représentait la France «(étant qn'cm boimne peut représenter nd peu*^ fié. O'tost le monopole réduit à rindividualité humaine , ab Keu d'être étendu à one assemblée de niàgistratS) comme sons le paiiemênot delà Fronde , ou à cent mille électeurs y ebmme sms le r^;ime des chartes du dit-neuvième siècle ^ avec eette <fiffifedce que Louis XIV pouvait dire y nttn sanâ qaelqiie raosen t La France , c'est moi; car il avait placé en loi finiérét tcrrîtoriaft de la France, le sentîinent de la pois-» sdnoe, de la dignité, de rorgneil même dé cette nation^ et Jnsqn^ ses passions tit à son esprit; le peuple français se sen» tait vivre et régner dans Louis XIV 5 c'était la France qui forçait le pape d'envoyer son neveu porter des excuses à Ver*^ saillèa,' potu* une Insulte faite par les troupes papales à Tarn*' bassadeur français, et à élever à Rome une pyramide qui (x»fi8aorârt; le souvenir de cette répaaration ; c'était la Fraise qm envoyait des gratifications et dès pensions à tous les sauvants de l'Europe ; c'était elle enfin , qui ne trouvait pas qu'un psla» fût trop spléndide polnr servir d'h{^pital aux simpfles selâftts blessés en conquérant les frentîèreis. Par nïalheur, ce juste argueil d'utle nation fut trop' ^ond pour être contenu dasis uri è^ humain, et le del permit que ht firagiHté de l'homme se mcmlrÀt par les abus les plus exotbltaoïts , afin de totnnep contre le pouvoir absolu un exemple (^'il auratit ÎDVèqtté pont se perpétuer en France y afin qàe la sagesse et la ttéoeffillé de ht oebstitutîon nationale fuss^it mises en lumière paâr le toi: qui la violait, ef que les principes ^suspendus pefih daint oe règne , se conservassent dane les idées et dans la ra^ sOndelaFrfUR^.

Jus^u'ahM les édite bursaux envoyés à Fenregistrement deé parlemefifls, n'avalait eu pàur objet que des créations de Bouveadx ètnflols, des augmentations dans les redevances annuelles imposées aux possesseurs d'offices y et quelcpies impôts indirects assis sur la vente de certaines denrées; tmn ïes^jEtifM généraux, leé|tainee et capitatîons> qui portaient

sur les propriétés et sur les personnes , avaient été fixés par les assemblées générales : c'étaient des contributions perpétuelles qui s'étendaient avec la population et qui constituaient le fond des finances du royaume. Les parlements représentant les quarante-cinq mille familles qui possédaient les emplois , on conçoit qu'ils fussent compétents pour consentir les redevances que la royauté exigeait de ces familles , en échange de l'hérédité des fonctions qu'elle leur laissait. Mais ce motif de compétence n'existait plus pour les impôts directs qui frappaient la généralité des citoyens. Cependant Louis XIV ayant résolu, dans un besoin d'argent, de prélever un dixième du revenu de ses sujets, crut pouvoir suppléer au consentement des Etats-Généraux par cet enregistrement des parlements , qu'il avait réduit à une simple formalité. Ce ne fut pas toutefois sans de grands scrupules religieux , et sans des craintes fort vives sur les suites politiques de cette mesure, qu'il se détermina à la tenter; ces scrupules et ces craintes prouvent que les principes constitutifs qu'il violait avaient une voix dans sa conscience.

Dans quelques provinces , les tailles étaient remplacées par des cotisations qui , sous le nom de dons gratuits , devaient être consenties par les Etats provinciaux. Il ne détruisit pas cette forme de liberté, qui était pour lui un moyen de finances; mais il la rendit complètement illusoire pour les peuples , en faisant marcher des troupes contre ces assemblées , quand elles résistaient à ses demandes; enfin, les créations de rentes sur THÔtel-de-Ville de Paris, et le retranchement d'un quartier des intérêts de la dette publique, étaient les moyens ordinaires auxquels il avait recours , soit pour faire face aux dépenses de ses ruineuses constructions de Versailles et de Marly, soit pour réparer quelque désastre militaire , confondant ainsi les besoins réels de l'Etat et ceux de sa magnificence, et sacrifiant à la fois , dans ses expédients financiers, la propriété municipale, la fidélité aux engagements contractés et le crédit public.

Enivré de plus en plus par cette gloire et cette autorité sans

limites qui étaient en lui, il crut qu'il pouvait attenter aux droits personnels des Français , parce qu'il avait suspendu l'exercice de leurs droits politiques, et il se permit, à cet égard, ce que les assemblées générales elles-mêmes, d'ac^ cord avec la royauté , n'autaient pas eu le pouvoir de faire, car il y a des droits qui sont supérieurs à la représentation nationale , qui n'est instituée que pour les garantir : ainsi il détruisit la liberté municipale en vendant des offices de maires et d'échevins, qui de tout temps avaient été électifs^ il viola les droits de propriété en confisquant les biens des citoyens pour simple fait de désobéissance; il détruisit la liberté individuelle en faisant arrêter sans procès les hommes dont il avait à se plaindre , en décernant contre eux des lettres de cachet; en les exilant dans des villes éloignées de la capitale, pour qu'ils fussent soumis à la surveillance de sa police, les déclarant frappés de mort civile s'ils essayaient de se soustraire à ces vexations par une émigration volontaire.

Il ne se mit pas seulement au-dessus des droits de liberté et de propriété, il se crut supérieur à la morale et à la raison : il exigea pour ses maîtresses les hommages et le respect de tous les dignitaires de l'état; et il employa ce pouvoir arbitraire qu'il exerçait à punir de l'exil ou de la prison ceux qui blâmaient ses faiblesses ou qui contrariaient ses passions et ses intrigues galantes. Bussy Rabutin passa sa vie dans l'exil , pour s'être permis certaines allusions de cette espèce dans les Amours des Gaules ; plusieurs personnes de sa cour furent atteintes dans leur liberté et dans leur propriété , sur le soupçon d'avoir fait connaître à la reine les infidélités du roi. Ainsi il prétendait s'imposer tout entier au respect et à l'admiration de ses sujets avec ses qualités et avec ses défauts , avec ce qu'il y avait en lui de national et ce qu'il y avait d'humain. Enfin, enivré de plus en plus par sa puissance et par son orgueil , il crut pouvoir changer selon ses vices la valeur des mots, la raison des choses, la nature des idées et des faits. Il ordonna que ses enfants naturels seraient légitimes et qu'ils succéderaient au trône à défaut des princes du sang.

iSS lUSTOlAË DE FRANGE.

€ë «câtiMalétix ab09 d'une volonté safis fègfe et Éàm priil^pë ttintq^â le terme du pouvoir absolu dé ce monarque ^ ce |Km- VOlr rencontrait dans les loig élemellcg du fnohdé nsôral des hmites contre lesquelles se sent toujours brisés les efforts de ror^ueil humain.

Taudis (jue cette gloire , acquise par ciilcfdante-^inq atmées de succès militaires, s^éteignail dans les adversités â*dne guerre ruineuse et dans ted aberrations d'un pouvoir désordofttié , un grand homwe préparait pour la France uri avenir de bofifheur et de liberté, en replaçant la royadté dans les principes de la constitution nationale. Fénétou, obaorgé de Fédoeation de Théritier du trdne, avait puisé dans sa haute Missîoihf le sentiment dn véritable Intérêt de sa patrie, et des devoh's imposés à son royal élèVé par ces K» fondamentales (ïui rappelaient à gouverner on peujple Hbre. tt afvsdt reccmira <}ue les mattreurs qui assoi^brissaient le décHn de œ règne y le désordre des finances , \ei abuff de toute espèce em^eînés da^ïs la Société, et eet affaarfissement d'un pouvoir qui avait épuisé les eilpédiente et les redsourees, sufaiaM été évHés^ si la royauté, au lieu de s'i^ler dans sow primsipe,- avait cherché sofr appui dans les droits ^ dan» les intérêts et danâ l'affection des Français, et qn^èlle n'eirt pas été entraînée hors des HmHies du vrai et an possible 5 si l» Finance , représentée par des dépotés librement étoij, cviM expriiné ses besmos, ses vœux, le^ bornes de ses moyens et desesrsaoï^fices^ et toute» ees Ciwaditions des choses auxqntelles tm prince chréfîen doit èe soumettre pour gourvei^ner, parce que ces conditions sont la volonté de Dieti. Fénélon avait appris au doc de Uourgo^e qtre le pouvoir des tcÀ» a sa soufrée dans Fintérét des pètî^les -, que fer royauté n'est placée si haut , qpam pour proléger te liberté et la propriété de tou^, et qAe les droits des princes ont leur force et lemr garantie dans lea mêmes li^es de justice que ceux des plartîouliers.

Lé jemie prince avait puisé dans sa première éâ«eatioà tes idées d*un despotisihe altier et des habitude^ de feste eC d'îMaittpéraiiee qm n'étaient contenues que pair tes priApes

LOUIS XIY. m

â'iœe religton étroite. Ponr oimnaltre le» frnilB qm les sages préceptes de Fénélon ayaieDt portés dans cet esprit, faussé par les exemples qui entouraient son etifanee, nous citerons un historien pfailoso|die qu^on ne saurait accuser de préventions pour l'éducation chrétienne qui avait rectifié les opinions et les sentiments de ce prince.

« Ses maiùmes, dit Duclos^ étaient que les rois sont faits « pour les peuples, et non les peuples pour les rois ; qu'ils « doivent punir avec justice , parce qu'ils sont les gardiens « des loîs^ donner des récompenses ^ parce que ce sont des « dettes ; jamais de présents, parce que, n'ayant rien àeux^ « ils ne peuvent donner qu'aux dépens des peuples. S'étant « refusé un meuble qui lui faisait envie, il répondit à tlù « courtisan qui lui conseillait de se satisfaire : — Les stgets « ne sont assurés du nécessaire que quand les princes s'ioa terdisent le superflu. — En remplissant les devoirs reli- « gieux, il y sacrifiait les plaisirs, mais non pas les affaires. « Le roi, son ateul, embarrassé et peut-être humilié d'une d dévotion plus gênante que la sienne, lui dit, uA jour de « fête , de se trouver au conseil de Fa|^rès-midî : à moins , « ajouta-t-il ^ que wyits n'aimies mieux aller aux vêpres, « Le prince vint au conseil 5 mafis il refusa, le môme jour, « d'assister à un bal, parce que Ce n'éfait pas tta devoir, et « qaMl préférait le repos de la nuit qui le préparait au trait vail du lendemain ; il approuva fort que la princesse ^ sa « femme, s'y trouvât^ son devoir était de plaire. H nebfà- (1 mait aucun des plaisirs, tels que bals, fêtes, spectacles, « maid il ne les pardonnait qu'à l'oisiveté. Fleia de respieict ft peur le rwet de reteûue sur le gouvernement, il n'en fat- « sait la critique que par sA conduite. Les libertins auraient pu « craiédre son règne, les philosophes Taurai^t béni; lés « prêtres n'auraient peut-être pas été les phiii coâtents d'un « prince qui aurait mis les intérêts de la retigion avant les « lettTs. »

Tciéfcait îe roi que le \£^(mw. et la Mige. stj de Friieloii avait préparé pour pé(»rer les fautes de Louis XIY. Des dôcum^ts

autjbentîques prouvent que le duc de Bourgogne aurait rendu à la France ses institutions et ses libertés , et qu'il aurait rattaclié son règne à celui de Louis XII, franchissant ainsi deux siècles dévorée par Tinsurreetlon, le monopole et le pouvoir absolu.

On sait que le plan de cette restauration sociale a été trouvé dans les papiers de Fénélon , après la mort de ce prélat. Ce plan, écrit tout entier de sa main, a été publié en 1808. On y voit non-seulement le rétablissement des Etats- Généraux, tels qu'ils existaient sous Louis XII, mais plusieurs principes relatifs à la convocation et aux attributions de ces assemblées, qui prouvent que ce long intervalle n'avait pas été perdu pour les progrès de l'institution représentative. D'après ce plan, les Etats-Généraux devaient s'assembler périodiquement dans un lieu fixé à Tavanee^ à moins que le roi n'en indiquât un autre , et continuer leurs délibérations aussi longtemps qu'ils le jugeraient nécessaire : ils devaient corriger les actes des états provinciaux qui donneraient lieu à des plaintes fondées -, délibérer sur toutes les matières de finances, de justice, de police, de guerre, d'alliance, d'agriculture et de commerce; faire une révision générale des comptes, des dépenses ordinaires , et noter les fonds à lever pour les dépenses extraordinaires; ils devaient abolir tous privilèges, toutes lettres d'Etat abusives. L'élection devait être libre; nulle recommandation du roi ne pouvait être faite aux électeurs, et aucun député ne pouvait recevoir du roi aucun avancement , que trois ans après la députation finie. ~

On le voit, les idées que Fénélon donnait à son élève sur la constitution de France n'étaient pas seulement puisées dans les conquêtes que la liberté politique avait faites sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII, mais elles étaient un progrès véritable pour les institutions représentatives. Ces institutions, quand elles sont suspendues , ne sauraient rester en arrière; elles participent à la marche de la civilisation générale, et quand la royauté est obligée, parla force des choses , de les rétablir dans la société j ce n'est point où elle

les a laissées qu'elle doit les reprendre , c'est où la' raison publique les a portées. Si donc on nous demandait ce que devenait le travail des principes constitutifs pendant ce règne, la réponse serait dans 'l'extrait qu'on vient de lire. Ce travail se faisait dans l'opinion nationale qui s'élevait contre le pouvoir absolu de Louis XIV; il se réalisait dans l'éducation de son héritier.

Cependant le moment arriva où l'image de cette constitution , que Louis XIV avait mise sous ses pieds, devait se présenter à lui-même , associée aux deux intérêts qui lui étaient le plus chers , celui de maintenir sOn fils sur le trône d'Espagne et d'assurer sur le trône de France la perpétuité de sa dynastie.

La condition mise par l'Europe coalisée à la cessation d'une guerre entreprise pour détrôner Philippe V et à la reconnaissance de ce roi , était la double renonciation de la branche espagnole à la couronne de France et de la branche de France à la couronne d'Espagne. Mais les alliés exigeaient que la parole royale fût garantie par les deux nations ; ils demandaient à Philippe de faire sa renonciation au* milieu de l'assemblée des cortès, et ils demandaient à Louis XIV de convoquer les Etats-Généraux pour recevoir celles du duc de Berry et du duc d'Orléans. Cette condition ne soufiTrit pas de difficulté pour le roi d'Espagne ; mais elle jeta le monarque français dans le plus grand des embarras , et peu s'en fallut que son refus ne fit rompre les négociations dont dépendaient la paix de l'Europe et le salut de la France. Ce ne fut qu'à l'aide de la médiation de l'Angleterre, qu'il obtint, des puissances coalisées , qu'elles se contentassent d'un enregistrement au parlement de Paris. Ainsi tout l'éclat de la monarchie de Louis XIV n'avait pas effacé du souvenir de l'Europe ces Etats-Généraux , qui seuls avaient représenté la France. On n'avait point adopté cette fiction officielle d'une constitution où le pouvoir royal n'avait d'autre entrave que Tobligation d'aller faire enregistrer ses volontés absolues dans un parlement muet et obéissant.

La seconde occasion qui ramena sous les yeux de Louis XI¥ là nécessité des Etats-Oénéraux présentait des difficultés réellement insurmontables. Une mort soudaine avait frappé son fils , son petit-flls et le premier né de son petit-fils ; et ce pouvoir, élevé par une volonté humaine hors des conditions naturelles où il aurait trouvé sa sûreté et sa perpétuité , ce pouvoir, maintenu, à force d'expédients et d'injustices, hors de ces principes, qu'il avait violés, allait se trouver pereonnifié dans un roi de cinq ans •, et l'on ne voyait , pour exercer la régence , qu'un prince profondément corrompu dans ses mœurs et dans ses maximes, et dont, par conséquent, le caractère ne repoussait pas suffisamment les horribles soupçons élevés dans tous les esprits par suite de tant de morts précipitées qui ne laissaient plus entre lui et le trône que la frêle existence d'un orphelin. Louis XIV, qui partageait ces soupçons , éprouvait une invincible répugnance à confier au duc d'Orléans les rênes du gouNcrnement pendant la minorité de Louis XV, et celte répugnance s'accordait avec cette faiblesse de cœur qui lui faisait désirer de mettre ses enfants naturels en possession du rang et de la puissance qu'il leur avait attribués par divers édits. Il résolut donc de donner à l'un d'eux, le duc du Maine , la tutelle du roi mineur, avec le commandement de la maison militaire, et de borner le pouvoir de son neveu , le duc d'Orléans , à la présidence d'un conseil de régence, h composé, dit Lémontey, de courtisans « médiocres et de ministres odieux gouvernant tout à la plu- « ralité des voix , se renouvelant par ses propres choix, et . « n'ayant, dans le duc d'Orléans , qu'un chef fantastique sans c( force et sans action. » La difficulté, pour Louis XIV, était d'assurer, après sa mort, ^exécution de ces dispositions, et l'exemple du testament de son père, présent à sa pensée, ne permettait pas à son orgueil les illusions de puissance y qui , dans une circonstance pareille, avaient aveuglé l'esprit de Louis XIIL

C'est dans cette perplexité qu'un Mémoire , conservé au ministère des affaires étrangères, vint présenter au monarque

LOUIS XIY. 148

la nmvcx^atiûB dés Et8t8-^:^népaux aommfi le $m\ mpyep d'écarter de la régence un prince devenu suspect à la nation. Lémontey, qui a eu coromunioatiQn de ce Mémoire , s-eiiprima ainsi sur son contenu : f< Dan» ae vaste écrit » dit-il , op éta-r « blissait que la disposition des régenae» ne se règle op n France ni par las droits du sang ni par U volonté des lois* « On prouvait ensuite combien il serait insensé d'attepdre dee « parlements une garantie certaine, et le mépris qui ay^it « couvert le testament de Louis XHI était rappelé ftvep »mer- « tume. Lq seule mesure convenable ,. y disaitron m monar-r « que, consiste à faire , dès à présent 9 nommer up régent par « {es Et^ts-Généraux. Il est bors de doute qu^uoe telle assem- « blée, convoquée pour ce seul ol^et, opérera sf^ps trouble, « se a^arera sans^ résistance, et h^^rsi sur \a tète la p|u^ « agréaï)le au roi une qualité ftu-dessus de tppte atteinte, fi

Louis XIV ne put se déterminer h suivre ce epnseil; \] ftéiitSL confier au parlement Tei^éçutiop de sqn te^t^ment ; c^était rendre certaine TannulrtiQP de ^ volonté dernière : car il était évident qu^ep réfprmapt les dispositions te^tf^p^^P* taire» du monarque , cette compagpie ferait pn çicte 4e BQPvoir qui lui rendrait toute son eipstenpe politique; tandis qu'en enregistrant ce testament, elle fer^jt pu acted'obéis^ sauce qui la laisserait dans la position où Lopis X|V V^^^X placée. Elle avait dope iptérét à ffivori^erle dpc d'Orléans, afin que ce prince fût obligé de reçQpnsdtre une autorité qpl serait la source de la régence.

Ainsi, à la mort de Lopis XIV comnie à la mort de l^op^s XIII, le pouvoir absolu n'avait p^s le moyen de se trî^psporter d'pn rè^e à l'autre : i\ fallut pécessafrement qp'il recqnpût au parlement les droits qp'U lui avait dénfés *, il fallut briser la sphère judiciaire où l'on avait enfermé cette compagnie ^ pour lui donner tout à qoup les plus bautes attributions des assemblées nationales. Le despotisme fut obligé deux fois 4e suite de confesser rjmpossibilité de vivre par lui-même d?in^ cette société , qp'U croyait avoir conc^uise; et tout ce que put faire le monopole rpyal , ce fpt de s'abdiquer çn faveur du

monopole parlemeûtaire , au lieu de rendre la France au principe représentatif et à cette constitution, qui portait en elle les moyens de conserver la royauté dans la ligue d'hérédité où elle Pavait mise, contre les intérêts des branches collatérales , et indépendamment des circonstances d'âge , de faiblesse et de maladie , qui peuvent se rencontrer dans la succession des rois.

Le règne de Louis XIV présente donc deux parties fort distinctes: Tune, honorable pour sa mémoire, l'autre, funeste et condamnable -, Tune , que la France adopte et glorifie , l'autre , qu'elle a flétrie d'une éternelle réprobation : la première comprend l'immense service rendu au principe territorial par la conquête de la Flandre , de la Franche- Comté et de l'Alsace ; par l'érection de ce double rang de places de guerre fortifiées et armées avec une magnificence toute nationale-, par l'établissement d'une famille française sur le trône d'Espagne , établissement qui rectifiait à notre avantage la constitution de l'Europe , reléguait la maison d'Autriche dans ses possessions d'Allemagne , et rendait à la France la liberté de ses mouvements sur le Rliin^ elle comprend aussi cette impulsion donnée aux lettres , aux sciences et aux arts , qui a fondé la prépondérance morale de la France, et ces imposantes constructions d'utilité publique ou de représentation royale qui sont l'ornement de cette monarchie et l'admiration des étrangers.

La partie de ce règne que la France n'a point adoptée , c'est cette déviation du principe monarchique qui a fait tomber la royauté dans Tisolement du pouvoir absolu 5 qui lui a fait violer la liberté religieuse, la liberté politique, la liberté municipale et provinciale, la liberté individuelle, la propriété, la morale et la justice, méconnaître tous les droits, toutes les lois fondamentales, et suspendre les institutions représentatives , laissant les abus s'enraciner, les mœurs se modifier et se corrompre , et léguant aux générations suivantes un travail violent et convulsif pour mettre ces institutions en rapport avec la société , qui ne pouvait exister sans elles.

Ce pouvoir absolu , qui avait tant d^altrait pour Louis XIV, et auquel il sacrifiait la paix de sa vieillesse , les scrupules de sa conscience et le bonheur de ses descendants, était-il donc si favorable à sa puissance? Nous ne le croyons pas: quand on pense au grand nombre d^eiemptions abusives qui réduisaient les contributions générales; quand on considère combien était faible et précaire la ressource de ces petits édits bursaux par lesquels il suppléait à l'insuffisance des tailles, on ne peut s'empêcher de reconnaître que des assemblées nationales qui auraient appelé à contribuer la classe la plus riche , exempte jusque-là d'une partie des charges , et se seraient opposées à la spoliation des rentiers , au désordre des finances, qui privaient le roi de la richesse du crédit pubUc, auraient augmenté la puissance militaire et politique du gouvernement royal ^ d'un autre côté , la royauté serait rentrée, par la suppression de la vénalité des offices, dans la disposition de tous les emplois d'administration générale , de finances et de judicature. La liberté politique aurait rendu, avec usure, au principe monarchique, tous les biens qu'elle en aurait reçus. Le pouvoir absolu n'est donc pas dans l'intérêt de la royauté. Le despotisme n'est pas la puissance : c'est une maladie de l'esprit royal qui énerve le cœur des princes , les condamne à la chaîne des expédients , rétrécit la sphère de leur action et de leurs pensées , leur ôte la liberté du présent et la domination de l'avenir. Le premier acte de la vie politique de Louis XIV avait été de soustraire l'autorité royale au contrôle du monopole parlementaire , et le dernier acte de cette vie a été de remettre la royauté dans la dépendance du parlement \ toute cette existence n'a donc pu changer la situation du principe monarchique , toujours placé en France entre la constitution et le monopole , entre la fiction d'une représentation nationale et sa réalité.

Quant aux effets qu'auraient pu avoir les assemblées générales sur la tranquillité intérieure du royaume , Louis XIV, après ses conquêtes^ après l'établissement de son fils sur le trône d'Espagne , était assez populaire et assez puissant pour

(loininer les partis et établir, dans la convocation et dans le ino'^le i]e délibération des Etats, les réforme? devenues nécessaires pour mettre l'iDStilution représeiitatise en harmonie avec les changements qui s'étaient opérés depuis Louis XllI dans les intérêts et dans les mœurs. Sans doute ce mode d'existence aurait eu ses difficultés et ses embarras-, mais chaque règne a sa part de travail et de combats , et cette part n'est point au-dessus des forces et de la sagesse d'un homme, quand elle n'est pas augmentée outre mesure par les fautes des règnes précédents. Dans la politique comme dans les finances, les ressources du jour sont suffisantes aux dépenses du jour ; l'arriéré seul produit les catastrophes et les banqueroutes. Le despotisme aussi a ses difficultés , qui ne sont pas moins grandes que celles des régimes de liberté. Louis XIV, en appliquant au maintien du pouvoir absolu la force et la sagesse qui lui avaient été départies pour développer la constitution nationale, ressemblait au père de famille qui, laissant en friche l'héritage de ses aïeux , consumerait ses efforts à cultiver et à ensemencer une terre ingrate et stérile , et condamnerait ses enfants à la disette et à la mort.

Les sociétés se corrompent quand le pouvoir qui ne marche pas empêche les idées de marcher ^ quand le développement dos institutions est interrompu ; quand toutes les issues par lesquelles les principes pourraient pénétrer dans le gouvernement sont fermées par le despotisme : alors les esprits ardents, chassés de la sphère politique , retombent dans la vie privée et la détruisent -, les liens de la famille se trouvant trop faibles pour les contenir , se brisent , et livrent les hommes à cet égoïsme individuel qui sacrifie tout à ses caprices, et finit par ériger en maximes ses aberrations et ses excès.

Tandis que les esprits, subissant la chaîne des voluptés terrestres , dissolvent la société par les exemples et par les préceptes , la morale politique est attaquée par les intérêts. Ils se classent dans les abus , les développent et les fortifient ; de grandes fortunes héréditaires se fondent en dehors de la consti* tution 5 les coutumes deviennent des lois, et de prétendus

droits, opposés au droit public, naissent et se muUipUent dansi l'Etat , allèrentla valeur des mots et des idées , et paralysent l'action du gouvernement, cause et victime de ces désordres*

Ainsi , Feau dont on arrête le cours se décompose et se couvre bientôt d'une végétation parasite qui se dévdoppé et fleurit à sa surface, La stagnation et la corruption sont deux faits qui s'enchaînent dans le monde physique et dans te monde moral.

Pendant la première partie du règne de Louis XIY, te principe territorial avait absorbé toute l'activité de la société» Sur la fin de ce règne, le mouvement social était arrêté,. et les mœurs publiques, que ce roi savait oiïensées par les passions de sa jeunesse, étaient contenues plutôt que conservées par la sévérité de sa vie intérieure , par la contrainte et l'éti* quette qu'il imposait aux classes élevées, l^a mort, qui avait frappédeuxgénérations royales, avait enlevé decettecour la jeunesse et la gaieté, et n'y avait laissé qu'un vieux monarque «t* triste parle malheur de son peuple, et cherchant toutes ses consolations dans rintimité d'une favorite, dont un mariage secret autorisait la rigidité, sans lui donner Tautorité morale et la majesté^d'une reine. La piété de madame de Maintenon était comme celle du roi, sans indulgence et sans esprit, et son zèle religieux, agissant sur la vie extérieure et n'atteignant pas les convictions , était de nature à faire plutôt des hypocrites que des prosélytes. En opposition à cette action offensive d'une cour vieille et impérieuse , il s'était formé à Paris , autour 4u duc d'Orléans , un parti d'hommes dissolus qui prétendaient faire du vice et de la débauche une sorte de protestation contre la rigidité de Versailles, échappant à la raideur du céréojonîal par la licence des orgies, à la dévotion par l'impiété, et à l'hypocrisie par le scandale. La société parisienne, excédée de la longueur de ce règne qui arrêtait tout, et impatiente d'un changement de régime, toléra quelque temps ce parti qui promettait une émancipation plus complète : la lassitude du joug faisait accueillir aveuglément tout ce qui se présentait pour te briser.

Telle était la situation des esprits, lorsque la mort de

Louis XIV livra au public les dispositions de son testament. Les droits du duc d'Orléans , soutenus avec chaleur par ce parti d^hommes sans mœurs dont il était le chef, furent adoptés dans Paris par opposition au duc du Maine, qui aurait essayé de continuer les traditions de Louis XIV. En voulant donner à ses enfants adultérins le titre et le pouvoir des princes légitimes , ce roi avait blessé profondément tout ce qu'il y avait de considérable dans la société et dans l'Etat ; et l'homme le plus corrompu de son temps put s'étonner de voir la cause de son concurrent abandonnée de tout le monde. On oublia pour un moment et les vices du duc d'Orléans et jusqu'aux soupçons qui planaient sur sa tête ; on ne voulut voir dans son exclusion que la faiblesse d'un vieillard qui s'était armé d'un prétexte de bien public , pour donner l'autorité à ses enfants; et le parlement, qui avait résolu de faire un régent pour rentrer en partage du pouvoir politique, trouva partout des dispositions favorables à cette usurpation de souveraineté nationale, que les circonstances lui permettaient * d'accomplir.

D'ailleurs , le duc d'Orléans et son parti prodiguaient les promesses et les engagements qui pouvaient séduire les hommes politiques de cette époque. Quand le despotisme et le monopole ont pris possession de la société , les hommes qui sont le plus près du pouvoir, et qui , à raison de leur position centrale, ont une grande action sur l'opinion , ne sont préoccupés que des abus'contre lesquels ils sont immédiatement engagés. Ce qui avait paru le plus insupportable à ces hommes dans le régime de Louis XIV, ce n'est pas la suspension des Etats- Généraux, la privation de liberté politique, la violation du droit de propriété et de la liberté individuelle , c'était la concentration du gouvernement dans les mains du roi^ qui était luimôme son premier ministre et décidait, sur les rapports des secrétaires d'Etat, toutes les questions d'administration intérieure et de politique extérieure; on reportait sur celle prétention du monarque à gérer lui-même toutes les aflaires, ce qu'il y a d'odieux dans l'idée du pouvoir absolu ; et l'on

disait que la raison, la justice et la liberté seraient satisfaites, si le droit de remontrances était rendu au parlement , et si chaque département ministériel était dirigé par un conseil dont le rai nommerait les membres , mais qui décidej'ait les affaires courantes à la pluralité des voix. La réunion de tous ces conseils administratifs dans un conseil supérieur, présidé par le chef de l'Etat, pour décider les grandes questions 4u gouvernement, paraissait au libéralisme d'alors le dernier degré de perfection où la société pût atteindre. Le duc d'Orléans promettait d'organiser ainsi le gouvernement de la régence, et ce programme, colporté par ses amis, enflammait le zèle du parlement et de tous les ambitieux, qui voyaient dans ces sept conseils, composés chacun de dix ministres, des moyens d'arriver aux grands emplois de l'Etat.

Aussi, quand le parlement se fut assemblé pour ouvrir le testament de Louis XIV, aucune voix ne s'éleva dans ciette compagnie pour soutenir cet acte , et il eu fut à peine donné lecture. Le duc d'Orléans parla, comme avait fait Anne d'Autriche, de gouverner par les sages avis du parlement. Les jeunes magistrats des enquêtes , impatients de reprendre le rôle politique des assemblées de la Fronde, prononcèrent par acclamation l'annulation des dispositions si péniblement combinées par Louis XIV. Le duc d'Orléans fut établi dans la plénitude du pouvoir suprême avec le titre de régent, et le duc du Maine perdit, sans la défendre, la position que son père lui avait réservée. Tous les arrangements qui constituaient le nouveau pouvoir furent emportés en quelques heures ; le nom des Etats-Généraux ne fut pas même prononcé -, on croit qu'avant la séance, l'engagement de ne jamais les convoquer avait été demandé au duc d^Orléans comme une des conditions de sa nomination à la régence.

Il est certain que Louis XIV dut en partie à la magniflcence et à la majesté qui environnaient son trône l'admiration respectueuse qu'il inspirait à ses sujets et à l'Europe entière. Quoiqu'on puisse lui reprocher avec justice de l'orgueil et même de la vanité , il fut cQpendapt ^e modèle de la véritable

grandeur, de la dignité sans morgue , de la politesse sans affectation, du bon goût dans les arts et du bon ton dans la société. S'il aima les louanges, il soufirit du moins la contradiction, et dans sa vie privée il fut toujours affable, imposant et généreux. Il ne donnait à sa mère aucune part au gouvernement, mais il remplissait envers elle tous les devoirs d'un fils; il était infidèle à son épouse, mais il observait les bienséances et multipliait les égards : bon père, bon maitre, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires^ pensant juste, parlant bien, et descendant quelquefois de son rang avec dignité , il a été de mode pendant quelque temps d'attaquer le règne de ce monarque, dont la plus grande gloire peut-être est d'avoir connu Tart de régner. Je ne connais pas de pluF belle r(^ponse a se? détrariPiïr< querelle ijue it^u» adressait un oraU'nrc/îlèbre a<i initieu lie -l'Acadéifiie frauraisf . v\ ^Knu* iin t»»iiips m \n ^îoirf^ ite morts importunait rainour-prupre de quelques liouiuiej^ vivants qui s^étaient fait une grande renommée. « C'est sous le règne de ce prince, disait le cardinal Maury, qu'on vit éclore tous ces modèles d'éloquence, de poésie et d'histoire qui feront Phonncur étemel de la France. Corneille donna des leçons d'héroïsme et de grandeur dans ses immortelles tragédies-. Racine, s'ouvrant une autre route, fit paraître sur le théâtre une passion que les anciens poètes dramatiques avaient peu connue , et la peignit des couleurs les plus touchantes; Despréaux, dans ses épîtres et dans son Art poétique^ se mohtra l'égal d'Horace; Molière laissa bien loin derrière lui les comi(iues de son siècle et de l'antiquité; La Fontaine surpassa Esope et Phèdre, en profitant de leurs idées; Bossuet immortalisa les héros dans ses Oraisons funèbres , et instruisit les rois dans son Histoire universelle ; Fénélon , le second des hommes dans l'éloquence et le premier dans l'art de rendre la vertu aimable, inspira, par son Télémaque^ la justice et l'humanité. Dans le même temps, le Poussin faisait ses tableaux; Puget etCirardon leurs statues} Lesuenr peignait lé cloître des Chartreux, et Lebrun les

batailles d'Alexandre, Quinault, créateur d'un nouveau genre, s'assurait Timmortalité par ses poëmes lyriques, et Lully donnait à notre musique naissante de la douceur et de la grâce ; Perrault élevait la colonnade du Louvre ; Mansard construisait les palais du monarque, et Le Nôtre dessinait le plan de ses jardins. Descartes, Huyghens, L'Hôpital, Cassini, Pascal, sont des noms éternellement célèbres dans l'empire des sciences. Louis XIV encouragea et récompensa la plupart de ces grands hommes, et le même roi qui sut employer les Condé, les Turenne, les Luxembourg, lesCréqui, les Catinat, les Villars dans ses armées^ les Colbert et les Louvois dans son cabinet; choisit Racine et Boileau pour écrire son histoire ; Bossuet et Fénélon pour instruire ses enfants -, Flécbier . H«mrdaloue et MjKS.-^illoii j>o«u^ riii.-lniin' liilHuènn*: c'est au inîlieu de toji^ ces t^^raad."^ lioiiiines, .•[•[oiyr pour :iiiiSi dire sur eux Ct ."^ur leurs nuvra^n^^. que Louis XIV apparaît à la |iOstéritê pour déleadre la gloire de son siècle et celle de sa nation. »

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