‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 14 sur 48 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Do la situatioft des finaoces.

Lorsque les entreprises excèdent les forces, on fait de vains cfforis» ou SI on réussit Ton s'épuise avec des succès. Or» les

LOUIS XIH. SS

forces d'un état ne consistent pas seulement dans Tétendué des terres et dans le nombre des habitants, mais bien plus encore dans la culture des terres et dans l'industrie des habitants. La puissance ou la faiblesse est donc principalement dans le gou-* vemement, suivant que dirigeant bien ou mal toutes les forces il les augmente ou les diminue. Un prince n*est pas puissant parce qu'il peut mettre chaque jour de nouvelles impositions ; car cette méthode aura nécessairement un terme dans la pau* vreté des peuples.

Afin d'augmenter les revenus du souverain , il faut donc commencer par augmenter ceux des sujets» c'est-à-dire qu'il faut faire fleurir l'agriculture, les arts et le commerce. C'est sous ce point de vue qu'il nous reste à considérer la France.

Depuis 1610 jusqu'en 1629, l'agriculture, les arts et le commerce ont dépéri, bien loin de faire des progrès. Néanmoins sans acquérir de nouvelles forces, le royaume est devenu plus puissant au-dehors lorsque les factions des grands et des huguenots ont cessé de le diviser. Mais il serait difficile de se ûdre une idée de l'épuisement où il avait été réduit par les dissipations de Marie de Médicis et par la mauvaise administration des finances; toutes les pensions avaient été triplées, et cette générosité ne se borna pas aux princes et aux grands de la cour, elle se répandit encore dans les provinces sur les gentilshommes les plus qualifiés. Cette augmentation de dépense fut pour l'état une nouvelle charge de 4 millions; somme considérable, puisque les revenus du roi ne passaient pas 26, desquels il fallait encore retrancher 6 d'anciennes charger.. Il ne lui en restait donc plus que 16, et cependant 20 suffisaient à peine à la dépense courante.

On avait cru s'assurer de l'obéissance par des bienfaits, et

M HlSTOttB DE PRANCE.

émt dejpt «is oé vil trois fiMrrts eiriles; akm les ^ps»M de l'éiat montèreat toui-^-oeup dd 20 à 50 milUcms. Oa m sait pas oe que ces troubles eoàtèreal aux peuples; mais ou sait que les rebelles levèrent des tailles et des subsides pour foire sid)sister leurs années; qu'ils <dbtiarttit h différentes reprises prêt de 4 7 oiiilioBs de gratifications extraordinaires; que Gonciai en retira 44 ou 12 peur sa femme, et qu'il créa plusieurs offices à sou profit. Ajoutons à eda le dégât que les troupes faisaient dans les campagnes.

A la mort de Coneini, e'est-i-dire en 4 64 5» raugmeulation (tes impôts avait porté les revenus à 34 millions; mais, en même temps» on avait ai^^oMuté de plus de 3 les charges, qui étaientdi^de 4 0 au conMDenceoMBt du règne de Louis XUL Le roi u'avait donc que 48 milliousde rente, et dépeisait au-delà.

Uu miuistre aussi avide que Ck>ncini n'était pas eapable d'arrêter l'avidité des autres. Si les directeurs des finances ne piUèreot pas, ils n'eurent pas leeourage d'mnpéober de piller. Tous les tiafics en usage amot Sul^ recommencèrent, et la Galigai vendait sa protection à qui en avait besoin. Quelques fffsas d'affiures étant poursuivis pour leurs malversations, ellfi s'engagea, par cimtrat public, à les fûre déclarer innocents, mo« yennant trois cent saille livres.

Les finances restèrent dans ce désordre jusqu'en 4626, qu'elles furent confiées au marquis d'Effîat. Ce surintendant joignait les lumières à l'intégrité; mais les malheurs des temps ne lui permirent pas de faire tout le bien dont il était capaUe. Il comparait les trésorieis à la sèche, qui trouble l'eau pour tromper les jeux des pécheurs, et il leur reprochait d'avoir tout brouillé, au point qu'il n'était plus possible de pe bin une idée de la dépeiiao, ni même de la recette.

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Depuis que François I"^, imagina de créer de nouveaux of* fices, cette méthode a paru si commode, qu'elle a^ la grande ressource des surintendants, U n'y len a pas de plus ruineuse. On n'achète pas des offices pour le seul honneur de les posséder, on ai veut retirer à peu près l'intérêt de son argent. Le roi est donc obligé, pour se procurer un secours passager, d'aliéner à perpétuité une partie de ses revenus. Il faut qu'il assigne les gages des officiers sur les tailles, sur les gabelles ou^ sur d'autres impôts* U vend des offices parce que les revenus ne suffisent pas à la dépense : Tannée diaprés ils suffiraient encore nnoins, s'il ne remplaçait par les fonds aliénés en augMientant les impositions.

Sous Louis XIII , ces créations d'offices étaient Tunique ressource des surintendants. Les effets de cette mauvaise adffiinistration ne tardèrent pas à se faire sentir : on le voit par le cmnpte que le marquis d'Ëffiat rendit de Tétat des iinajaces à l'assemblée des noCables en 4 626 .

Le roi M retirait plus rien de sas domaines : de 1 9 millions de tailles qu'on levait sur les peuples , il n'en venait que 6 au trésor de Tépargne : tout le reste se trouvait aliéné. La fermç générale des gabdles était de 7 millions 400 mille livres , eh r^attant les frais des fermiers , qui revenaient à 2 millions; et de ces 7 millions 400 mille livres , il y en avait 6 millions 300 mille livres d'aliénés; de sorte qu'il ne restait au roi que 11 cent mille livres qu'on venait d'engager encore. La perte était à peu près la même sur tous les autres revenus de l'Etat. Ce qui contribuait encore A la ruine du royaume , c'est la multitude de per^nnes qu'on employait pour la recette et pour la dépense. Les tailles passaient par les mains de 22 mille collecteurs, qui les portaient à 1 60 receveurs particuliers, d'eu

elles passaient à 21 receveurs-généraux pour les voitures à l'épargne. L'argent était-il tiré de l'épargne pour être employé à sa destination? Il n'y arrivait pas, ou du moins des millions se réduisaient à peu de chose , parce que les trésoriers et les autres officiers , par les mains de qui on les faisait passer, prélevaient des gages, des taxations, des droits, des ports et des voitures. Les revenus des rois sont grands comme le Rhin , et se perdent de même.

Quand le marquis d'Effiat fut chargé des finances , an commencement de juin 1 626 , il voulut savoir quelle était la recette sur laquelle il pouvait compter pendant le reste de l'année , et quelles étaient les dépenses auxquelles il serait obligé de faire face. « Je trouvai , dit-il , toute la recette faite , et toute la dépense à faire. s> C'est qu'on avait dissipé d'avance tous les revenus de 1 626 , et même une partie de ceux de 1627. Cependant, le roi devait 22 millions de paie aux troupes, 3 millions de gratifications , et plus de 2 millions de pensions et d'appointements. 11 s'en fallait donc de 27 à 28 millions , qu'il eût quelque chose, et il fallait fournir au courant, sans rien recevoir de dix à douze mois.

La guerre de la Yalteline continuait, et celle des huguenots , qui recommença en 1 627 , fut un nouveau surcroît de dépenses. Le siège de La Rochelle coûta seul 40 millions. Les armées néanmoins ne manquèrent jamais de rien. Le bon ordre du surintendant fut la ressource r!e l'état; il gagna la confiance , et il rétablit si bien le crédit , que les financiers lui prêtèrent à 10 pour 100 , quoique jusqu'alors ils eussent toujours retiré 20 ou 25 pour 1 00 de leurs avances. Mais ce ministre, qui mourut en 1632, ne put pas corriger les abus :

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c'était assez , dans les conjonctures où il se trouvait , cl*en suspendre les progrès.

Voici Tétat des revenus de l'année 1 639 ; celui des charges et celui de la recette au trésor de l'épargne.

Revenus 80,210,185

Charges 49,819,665

Parties de l'épargne 33,390,520

En comparant cet état à celui de 4 609 , on trouve que , dans l'espace de trente ans, les impositions ont été augmentées de 54 millions , les charges de 40 , et la recette seulement de 4 3. Les abus s'étaient accrus depuis la mort du marquis d'Effiat, et le royaume s'épuisait tous les jours davantage. Mais les temps n'étaient pas favorables à une réforme.

^MQO^S»

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