‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 29 sur 48 · CHAPITRE }y · texte numérisé non relu

CHAPITRE }y

Evacaation de la Hollande. — Seconde conquête de la Francbe-Gomté.

Après le départ du rpi, les affaires changèrent de face. Turenne fut obligé de marcher vers la Westphalie, pour s'opposer aux Impériaux. Le gouverneur de Flandre, Monterey, sans être avoué du conseil timide d'Espagne, renforça la petite armée du prince d'Orange d'environ dix mille hommes. Alors ce prince fit tête aux Français jusqu'à l'hiver. C'était déjà beaucoup de balancer la fortune. Enfin l'hiver vint; les glaces couvrirent les inondations de la Hollande. Luxemboui^, qui commandait dans Utrecht, fit un nouveau genre de guerre inconnu aux Français, et mit la Hollande dans un nouveau danger, aussi terrible que les précédents.

Il assemble, une nuit, près de douze mille fantassins tirés des garnisons voisines. On arme leurs souliers de crampons. Il se met à leur tête, et marche sur la glace vers Leyde et vers La Haye. Un dégel survint : J^ Haye fut sauvée. Son armée entourée d'eau, n'ayant plus de chemin ni de vivres, était prête à périr. Il fallait, pour s'en retourner à Utrecht, marcher sur une digue étroite et fangeuse, où l'on pouvait à peine se traîner quatre de front. On ne pouvait arriver à cette digue qu'en

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attaquant un fort qui semblait imprenable sans artillerie. Quand ce fort n'eût arrêté Tarmée qu'un seul jour, elle serait morte de faim et de fatigue. Luxembourg était sans ressource; mais la fortune qui avait sauvé La Haye sauva son armée par la lâcbeté du commandant du fort, qui abandonna son poste sans aucune raison. II y a mille événements dans la guerre, comme dans la vie civile, qui sont incompréhensibles : celui-là est de ce nombre. Tout le fruit de cette entreprise fut une cruauté qui acheva de rendre le nom français odieux dans ce pays. Bodegrave et Swammerdam, deux bourgs considérables, riches et bien peuplés, semblables à nos villes de la grandeur médiocre, furent abandonnés au pillage des soldats, pour le prix de leur fatigue. Us mirait le feu à ces deux villes; et, à la lueur des flammes , ils se livrèrent à la débauche et à la cruauté. Ce pillage laissa une impression si profonde , que, plus de quarante ans après , les livres hollandais dans lesquels on apprenait à lire aux enfants retraçaient cette aventure pour inspirer la haine contre les Français à des générations nouvelles.

Cependant le roi agitait les cabinets de tous les princes par ses négociations. Il gagna le duc de Hanovre. L'électeur de Brandebourg, en commençant la guerre, fit un traité, mais qui fut bientôt rompu. Il n'y avait pas une cour en Allemagne où Louis n'eût des pensionnaires. Ses émissaires fomentaient en Hongrie les troubles de cette province, sévèrement traitée par le conseil de Vienne. L'argent fut prodigué au roi d'Angleterre pour faire encore la guerre à la Hollande, malgré les cris de toute la nation anglaise, indignée de servir la grandeur de Louis XIV, qu'elle eût voulu abaisser. L'Europe était troublée par les armes et par les négociations de Louis. Enfin il ne put

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çmpécber que Tempereur» TEoipire et TEspagne pe s'alliassent avec la Hollande , et ne lui déclarassent solennellement la guerre. U avait tellement changé le cours des choses, que les Hollandais, ses alliés naturels, étaient xlevenus les amis de la maison d'Autriche. L'empereur Léopold envoyait des secours lents, mais il montrait une grande animosité. Il est rapporté qu'allant à Egra voir les troupes qu'il y rassemblait, il comnaunia en chemin, et qu'après la communion il prit en main. un crucifix , et appela Dieu à témoin de la justice de sa cause.

Le vice-amiral d'Ëstrées et son lieutenant Martel firent honneur à la nation française, dans trois batailles navales consécutives, au mois de juin, entre la flotte hollandaise et celle de France et d'Angleterre. L'amiral Ruyter fut plus admiré que jamais dans ces trois actions. D'Ëstrées écrivit à Colbert : « Je; voudrais avoir payé de ma vie la gloire que Ruyter vient d'acrquérir. » D'Ëstrées méritait que Ruyter eût ainsi parlé de lui. La valeur et la conduite furent si égales de tous côtés, que la victoire resta toujours indécise.

Louis, ayant fait des hommes de mer de ses Français par les soins de Colbert, perfectionna encore l'art de la guerre sur terre par l'industrie de Yauban. Il vint en personne assiéger Maëstricht dans le même temps que ces trois batailles navales se donnaient. Maëstricht était pour lui une clé des Pays-Bas et des Provinces-Unies; c'était une place forte, défendue par un gouverneur intrépide, nommé Fariaux, né Français, qui avait passé au' service d'Espagne, et depuis à celui de Hollande. La garnison était de cinq mille hommes. Yauban, qui conduisit ce siège, se servit pour la première fois, des parallèles inventées par des ingénieurs italiens au service des Turcs devant Candie. U y ajouta Iqs places d'armes que Ton fait dans les

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tranchées pour y mettre les troupes en bataille, et pour les mieux rallier en cas de sorties. Louis se montra dans ce siège plus exact et plus laborieux qu'il ne Tavait été encore. Il accoutumait, par son exemple, à la patience dans le travail, sa ' nation, accusée jusqu'alors de n'avoir qu'un courage bouillant que la fatigue épuise bientôt. Maëstricht se rendit au bout de huit jours.

Les soins du roi, le génie de Vauban, la vigilance sévère de Louvois, l'expérience et le grand art de Turenne, l'active intrépidité du prince de Condé; tout cela ne put réparer la faute qu'on avait faite de garder trop de places, d'affaiblir l'armée, et de manquer Amsterdam.

Le prince de Condé voulut en vain percer dans le cœur de la Hollande inondée. Turenne ne put, ni mettre obstacle à la jonction de MontécucuUi et du prince d'Orange, ni empêcher le prince d'Orange de prendre Bonn. L'évéque de Munster, qui avait juré la ruine des états-généraux, fut attaqué lui-même par les Hollandais.

Le parlement d'Angleterre força son roi d'entrer sérieusement dans des négociations de paix, et de cesser d'être l'instrument mercenaire de la grandeur de la France. Alors il fallut abandonner les trois provinces hollandaises avec autant de promptitude qu'on les avait conquises. Ce ne fut pas sans les avoir rançonnées : l'intendant Robert tira de la seule province d'Utrecht, en un an, seize cent soixante et huit mille florins. On était si pressé d'évacuer un pays conquis avec tant de rapidité, que vingt-huit mille prisonniers hollandais furent rendus pour un écu par soldat. L'arc de triomphe de la porte Saint-Denis, et les autres monuments de la conquête étaient à peine achevés que la conquête était déjà abandonnée. LesHol-

landais, dans le cours de celte invasion, curent la gloire de disputer lempire de la mer, et l'adresse de transporter sur terre le théâtre de la guerre hors de leur pays. Louis XIV passa dans l'Europe pour avoir joui avec trop de précipitation et trop de fierté de l'éclat d'un triomphe passager.

Le roi tint seul contre tous les ennemis qu'il s'était faits. La prévoyance de son gouvernement et la force de son état parurent bien davantage encore lorsqu'il fallut se défendre contre tant de puissances liguées et contre tant de généraux, que quand il avait pris, en voyageant, la Flandre française , la Franche-Comté et la moitié de la Hollande, sur des ennemis sans défense.

D*abord, dans sa nouvelle entreprise sur la Franche*Gomté« la supériorité de son gouvernement parut tout entière. Il s'agissait de mettre dans son parti, ou du moins d*endormir les Suisses, nation aussi redoutable que pauvre, toujours armée^ toujours jalouse à l'excès de sa liberté, invincible sur ses fron<tières, murmurant déjà, et s'effarouchant de voir Louis XIV une seconde fois dans leur voisinage. L'empereur et l'Espagne sollicitaient les treize cantons de permettre au moins un pas** sage libre à leurs troupes, pour secourir la Franche-Comté» demeurée sans défense paria négligence du ministère espagnol. Le roi, de son côté, pressait les Suisses de refuser ce passage ; mais lempire et l'Espagne ne prodiguaient que des raisons et des prières; le roi, avec de l'argent comptant, détermina les Suisses à ce qu'il voulut; et le passage fut refusé. Louis, ac-* compagne de son frère et du fils du grand Condé, assiégea Besançon. Il aimait la guerre de sièges, et pouvait croire l'entendre aussi bien que les Condé etlesTurenne; mais, tout jaloux qu'il était de sa gloire, il avouait que ces deux grands

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hommes entendaient mieux que lui là guerre dé campagne. D'ailleurs, il n'assiégea jamais une ville sans être moralement sûr delà prendre. Louvois faisait si bien .les préparatifs, le^ troupes étaient si bien fournies, Vauban, qui conduisit presque tous les sièges, était un si grand maître dans Tart de prendre les villes, que la gloire du roi était en sûreté. Vauban dirigea les attaques de Besançon : elle fut prise en neuf Jours; et au bout de six semaines toute la Franche-Comté fht soumise ati roi.

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