‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 43 sur 48 · CHAPITRE XXUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXUI

Vieloire do marédiil de Villtrs h Deatin. — RétabUtsement des affidres. — Paix générale.

Les négociations , qu'on entama enfin ouvertement à Londres , furent plus salutaires. La reine envoya le comte de . Strafford, ambassadeur en Hollande, communiquer les propositions de Louis XIV. Ce n'était plus alors à Marlborough qu'on demandait grâce. Le comte de Strafford obligea les Hollandais à nommer des plénipotentiaires et à recevoir ceux de la France.

Trois particuliers s'opposaient toujours à cette paix. Marlborough, le prince Eugène et Heinsius, persistaient à vouloir accabler Louis XIY. Mais qusmd le général anglais retourna dans Londres, à la fin de 4 74 4 , on lui ôta tous ses emplois. U trouva une nouvelle chambre basse , et n'eut pas pour lui la pluralité de la haute. La reine , en créant de nouveaux pairs , avait affaibli le parti du duc et fortifié celui de la couronne. U fut accusé, comme Scipion, d'avoir malversé; mais il se tira d*affaire à peu près de même, par sa gloire et par la retraite. Il était encore puissant dans sa disgrâce. Le prince Eugène n*hésita pas à passer à Londres pour seconder sa faction. Ce prince reçut l'accueil qu'on devait à son nom et à sa renommée, et les refus qu'on devait à ses propositions. La cour pré^ valut; le prince Eugène retourna seul achever la guerre; et c'était encore un nouvel aiguillon pour lui d'espérer de nouvelles victoires , sans compagnon qui en partageât l'honneur.

Tandis qu'on s'assemblait à Utrecht , tandis que les mi-

nistres de France, tant maltraités à Gertruidenberg, viennent négocier avec plus d'égalité, le maréchal de Yillars, retiré derrière des lignes , couvrait encore Arras et Cambrai. Le prince Eugène prenait la ville du Quesnoy, et il étendait dans le pays une armée d'environ cent mille combattants. Les Hollandais avaient fait un effort ; et n'ayant jamais encore fourni à toutes les dépenses qu'ils étaient obligés de faire pour la guerre, ils avaient été au delà de leur contingent cette année. La reine Anne ne pouvait encore se dégager ouvertement; elle avait envoyé à Tarmée du prince Eugène le duc d'Ormond avec douze mille Anglais, et payait encore beaucoup de troupes allemandes. Le prince Eugène, ayant brûlé le faubourg d' Arras, s'avançait sur Tarmée française. Il proposa au duc d'Ormond de livrer bataille. Le général anglais avait été envoyé pour ne point combattre. Les négociations particulières entre l'Angleterre et la France avançaient. Une suspension d'armes fut publiée entre les deux couronnes. Louis XIV fit remettre aux Anglais la ville de Dunkerque pour sûreté de ses engagements. Leduc d'Ormond se retira vers Gand. Il voulut emmener, avec les troupes de sa nation , celles qui étaient à la solde de la reine ; mais il ne put se faire suivre que de quatre escadrons de Holstein et d'un régiment liégeois. Les troupes du Brandebourg, du Palatinat, de Saxe, de Hesse^ de Danemark, restèrent sous les drapeaux du prince Eugène, et furent payées par les Hollandais. L'électeur de Hanovre même , qui devait succéder à la reme Anne , laissa malgré elle ses troupes aux alliés , et fit voir que si sa famille attendait la couronne d'Angleterre, ce n'était pas sur la faveur de la reine Anne qu'elle comptait.

416 mSTOmE DE FRANCE.

Le prince fittgtee, privé des Angtais, était encore supérieur de vingt mille hommes à l'aritaée française ; il Tétait par sa position , par rabendance de ses magasins , et par neuf ans de lietoires*

Le maréchal de YiHars ne put Tempécher de faire le stége âeLaûdreeies. La France, épuisée d'hommes et d'argent, était dans la consternation. Les esprits ne se rassuraient poinit par les conférences d'Utrecht, que les suecès du prince Eugène pouvaient rendre infructueuses. Déjà même des délachem^ts considérables avaient ravagé une partie de ta Qampape , et pénétré jusqu'aux portes de Reims.

D^à l'alarme était à Versailles comme dans le reste du royaume. La mort du fils unique du roi« arrivée dq)uis un an ; le due de Bourgogne^ la duchesse de Bourgogne, leur fils atné> enlevés rapidement depuis quelques mots, et portés dans le même tombeau ; le dernier de leurs enfants moribond ; toutes ces infortunes domestiques, jointes aux étrangères et à la misère publique, faisaiait regarder la fin du règne de Louis XIY comme un temps marqué ]K)ur la calamité ; et l'on s'attendait à plus de désastres que Ton n'avait vu auparavant de grandeur et de gloire*

Prédsément dans ce temps^là mourut en Espagne le duc de Yetidôme. L'esprit de découragement, généfalém^t répande en France, et que je me souviens d'avoir vu, faisait ^core redouter que l'Espagne, soutenue par le duc de Vendôme, ne retombât par sa perte.

Landrecies ne pouvait pas tenir longtemps. Il fut agité dans Versailles si le roi se retirerait à Chambord, sur la Loire. 11 dit au maréchal dllarcourt qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblesse de son royaume , qu'il la con-

LOlJlà XIV. M«

dBiràit à i'bntieitii malgré son âge de soixante et (^atofié ans, et quMl pérîrtft â h tête.

Une ftule que Et le prince EogèneMîtrâ le rôî et li Prautt de tant d'inquiétudes. On prétend que des lignés étîiient trop étendues ; que le dépM de ses magasins dans Marchiennés était trop éloigné; que le général Albemarle, posté à Denaîn, tsntre Marchiennes et le camp du printe , n'était pas à potèée d*êtrc secouru assez tfti is'il ^tai( attaqué.

Ceux qui Savent qu'un curé, et nn conseiller dé Douai , nomnié le Fèvre d'Orval , se promenant ^nSéftWe veh ced quartiers , itnagin^ent tes premiers <itt'on ptttivîiit aisëteeftt attaquer Deniiin et Marchiennes, serviront mieuK à prouter par quels secrets et faibles ressorts les grandes affairés de ce nwmde sont souvent dirigées. Le Fèfrê donna son avis à Tîntendant de la province; celui-ci au maréchal de Montésqufou, qui commandait sous le maréchal dé Villars : le général l'approuva et l'exécuta. Cette actkm fut en effet le salut de la France, plus encore que la paix avec 1* Angleterre. Le maréchal de Villars donna le change au prince Eugfehe. Un corps de dragons s'avança à la vue du camp ennemi , comme si f on se préparaît à l'attaquer ; et tandis que ces dragorts Se retirent ensuite vers Cuise , le maréchal maréhe à Denaln , avec son armée, ^r cinq colonnes. On force lés rétrafttiheinehts M général Albeniarie , défendus par dit -sept bataîlfotis; ttmt est tué ou pris. Le général se rend prisonnier atec deu* princes de Nassau, un prince de Holstein, nu prince d'Anhalt , et tous les officiers. Le prince Eugène anive à la hâte, mais à la fin de l'action , avec ce qu'il cent amener de troupes , il veut attaquer un pOnt qui condttistit à Dénîrin , et dont les Ffançars étaient maîtres; Il y perd du mondé, et

retourne à son camp après avoir été témoin de cette défoite.

Tous les postes vers Marchiennes, le long de la Scarpe, sont emportés l'un après Fautre avec rapidité. On pousse à Marchiennes, défendue par quatre mille hommes ; on en presse k siège avec tant de vivacité , qu'au bout de trois jours on les fait prisonniers, et qu'on se rend maître de toutes les muniticms de guerre et de bouche amassées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la supériorité est du côté du maréchal de Yillars. L*ennemi déconcerté lève le siège de Landrecies, ei voit reprendre Douai , le Quesnoy , Bouchain. Les frontières sont en sûreté. L'armée du prince Eugène se retire , diminuée de près de cinquante bataillons , dont quarante furent pris» depuis le combat de Denain jusqu'à la fin de la campagne. La victoire la plus signalée n'aurait pas produit de plus graids avantages.

Chaque progrès du maréchal de Yillars hâtait la paix d'Utrecht. Le ministère de la reine Anne , responsable à sa patrie et à l'Europe, ne négligea ni les intérêts de l'Angleterre , ni ceux des alliés , ni la sûreté publique. Il exigea d'abord que Philippe y , affermi en Espagne, renonçât à ses droits sur la couronne de France, qu'il avait toujours conservés; et que le duc de Berri, «on frère, héritier présomptif de la France, après Tunique arrière-petit-flls qui restait à Louis XIV, renonçât aussi à la couronne d'Espagne, en cas qu'il devint roi de France. On voulut que le duc d'Orléans fit la même renonmikiù. On venait d'éprouver, par douze ans de guerre, com^ bien de tels actes lient peu les hommes. Il n'y a point encore de loi reconnue qui oblige les descendants à se priver du droit de régner, auquel auront renoncé les pères.

Ces renonciations ne sont efficaces que lorsque l'intérêt

commun continue de s'accorder avec elles. Mais enfin elles calmaient, pour le moment présent, une tempête de douze années : et il était probable qu'un jour plus d'une nation réunie soutiendrait ces renonciations, devenues la base de l'équilibre et de la tranquillité de TEurope.

On donnait, par ce traité, au duc de Savoie l'Ile de Sicile avec le titre de roi ; et dans le continent , Fénestrelle , Exilles, et la vallée de Pragelas. Ainsi on prenait pour l'agrandir sur la maison de Bourbon.

On donnait aux Hollandais une barrière considérable qu'ils avaient toujours désirée; et si l'on dépouillait la maison de France de quelques domaines en faveur du duc de Savoie, on prenait en effet sur la maison d'Autriche de quoi satisfaire les Hollandais , qui devaient devenir à ses dépens les conservateurs et les maîtres des plus fortes villes de la Flandre. On avait égard aux intérêts de la Hollande àxns le commerce; on stipulait ceux du Portugal.

On réservait à l'empereur la souveraineté des huit provinces et demie de la Flandre espagnole , et le domaine utile des villes de la barrière. On lui assurait le royaume de Naples et la Sardaigne , avec tout ce qu'il possédait en Lombardie , et les quatre ports sur les côtes de la Toscane. Mais le conseil de Vienne se croyait trop lésé , et ne pouvait souscrire h ces conditions.

A l'égard de l'Angleterre , sa gloire et ses intérêts étaient en sûreté. Elle faisait démolir et combler le port de Dunkerque , objet de tant de jalousies. L'Espagne la laissait en possession de Gibraltar et de l'tle Minorque. La France lui abandonnait la baie d'Hudson , l'île de Terre-Neuve , et l'Acadie. EDe obtenait pour le commerce en Amérique des droits qu'on ne

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^QQoait pas aux Francaù qui avaient placé Philippe V sur k ^rOue. U faut encore coippter, parmi le» articles glorieux au ministère anglais , 4*avoir fait consentir touis XIY à faire sortir de prison ceux de ses propres sujets qui étaient reteuus pour leur religion. Cétait dicter des lois, waisdes loisbi^ (espectaMfis.

Enfin la reioe Âfipe , sacrifiant à sa patrie les droits de soo 3a9g et les secrètes inclinations de spn cœur, ^sait assurer et garantir sa succession à la maison de Hanovre.

Quant au» électeurs de Bavière et de Cotogpe, le duo de Bavière devait retenir le duché de Luxembourg et le comté d£ Namur, jusqu'à ce que son frère et lui fussent rétablis dans leurs électorats ; car TEspagne avait cédé ces deux souverainetés aux Bstvarpis ^ dédommagement de sas pertes , et les al- Ij/âs n'avaiepit pris ni Namur ni I^ixembourgr

Pour la France , qui démolissait Dunkerque et qui abaqdpnnait tant de places en Flandre , autrefoifii c^qnisi^ par ses armes f et K^ré(^ pv les traité^ de Nim^uç et de Rj^vicl^» on lui rendait Ul}e, Aire, Bétbune et Saint-Venant,

^iu^^ il pai^aissait que le wioistère anglais rendait jqstice i tQUtes le§ puis^ançe^. Mais les whigs ne la lui rendirent pas; ^ la mQi(ié de U natioii persécuta bientôt )a mémoire de la rçiqe An^c, pour ivpir fait le plus grand bien qu'un souverain puisse jamais faire, pour avoir donné le repos à tant de nations- Ou lui reprœba d'av(ûr pu démemker la Vfm^^ et de neravç^rpasfait(^).

(1) La reine Anne envoya au mois d'auguste son secrétaire d*état , le yicomte de Bolingbrol^ , cipnsommer lu négociation. Le marquis de Torcy fail un trës-graad éloge de ce ministre , çt dit que Louis XIV lui fit l'accueil qu'il lui devait. En effet, il fut reçu k la cour comme un homme qui venait donner la paix; et lorsqu'il vint k rOfért) toit le naiide se leva p^ lii dire honneur.

LOUIS XIV. 4âa

Tous ces traités furest signés, l'uû aj^ès ràutre, dans le cours de Taonée 174â. Soit opiniâtreté du prince Eugène, soit mauvaise politique du conseil de Tempereur ^ce monarque n'eatra dans aucune de ces négootations. 11 aurait eu certaii^iiient Landau et peut-être Strasbourg , s'il s'était prôt^ d'abord aux vues de la reine Anne. Il s'obstina à la guerre, et il n'eut rien. Le maréchal de Villars , ayant mis ce qui res* tait de la Flandre française en sûreté , alla vers le Rhin ; et après s'être rendu maître de Spire , de Vorms, de tous les pays d'alentour, il prend ce même Landau , que l'empereur eut pu conserver par la paix ; il force les lignes que le prince Eugène avait fait tirer dans le Brisgau , défait dans ces lignes le maréchal Yaubonne , assiège et prend Fribourg, la capitale de l'Autriche antérieure.

Le conseil de Vienne pressait de tous côtés les secours qu'avaient promis les cercles de l'empire, et ces seeours ne venaient point. Il comprit alors que l'empereur, sins T Angleterre et la Hollande, ne pouvait prévaloir contre ta France, et il se résolut trop tard à la paix.

Le maréchal de Villars, après avoir ainsi terminé la guerre, eut encore la gloire de conclure cette paii à Rastadt avec le prince Eugène. C'était peut-être la première fois qu'on avait vu deux généraux opposés , au sortir d'une campagne , traiter au nom de leurs maîtres. Ils y portèrent tous deux la franchise de leur caractère. J'ai ouï conter au maréchal de Villars qu'un des premiers discours qu'il tint au prince Eugène fut celui-ci : Monsieur , notis iie sommes pomt ennemis ; vos ennemis ^nt à Vienne , et les miens à Versailles. Ea etkî l'un et l'autre eurent toujours dans leurs cours des cabales à combattre.

Il ne fut point question dans ce traité des droits que Fempereur réclamait toujours sur la monarchie d'Espagne, ni du vain titre de roi catholique que Charles YI prit toujours, tandis que le royaume restait assuré à Philippe Y. Louis XIY garda Strasbourg et Landau qu'il avait offert de céder auparavant, Huningue et le nouveau Brisach qu'il avait proposé lui-même de raser, la souveraité de T Alsacaà laquelle il avait offert de renoncer. Mais ce quil y eut de plus honorable, il fit rétablir dans leurs états et dans leur rang les électeurs de Bavière et de Cologne.

C'est une chose très-remarquable que la France, dans tous ses traités avec les empereurs, a toujours protégé les droits des princes et des états de l'Empire. Elle posa les fondements de la liberté germanique à Munster, et fit ériger un huitième électorat pour cette même maison de Bavière. Le traité deNimègue confirma celui de Westphalie. Elle fit rendre par le traité de Rysvick tous les biens du cardinal de Furstemberg. Enfin, par la paix d'Utrecht, elle rétablit deux électeurs. 11 faut avouer que, dans toute la négociation qui termina cette longue querelle, la France reçut la loi de l'Angleterre, et la fit à l'Empire.

Cependant chaque état se mit en possession de ses nouveaux droits. Le duc de Savoie se fit reconnaître en Sicile, sans consulter l'empereur, qui s'en plaignit en vain. Louis XIY fit recevoir ses troupes dans Lille. Les Hollandais se saisirent des villes de leur barrière; et la Flandre leur a payé toujours douze cent cinquante mille florins par an, pour être maîtres chez elle. Louis XIY fit combler le port de Dunkerque, raser la citadelle, et démolir toutes les fortifications du côté de la mer, sous les yeux d'un commissaire anglais. Les Dunkerquois,

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qni voyaient par là tout leur commerce périr, députèrent à Londres pour implorer la clémence de la reine Anne. Il était triste pour TiOuisXIY que ses sujets allassent demander grâce à une reine d'Angleterre; mais il fut encore plus triste pour^ eux que la reine Anne fût obligée de les refuser.

Le roi, quelque temps après, fit élargir le canal de Mardick; et, au moyen des écluses, on fit un port qu'on disait déjà égaler celui de Dunkerque. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, s'en plaignit vivement à ce monarque. On a dit que Louis Xiy répondit au lord Stair : Monsieur Vambassadeur, j'ai toujours été le maître chez moi, quelquefois chez les aur très : ne m'en faites pas souvenir. La clause du traité qui portait la démolition du port de Dunkerque, et de ses écluses, ne stipulait pas qu'on ne ferait point de port à Mardick.

Après cette paix d'Utrecht et de Rastadt, Philippe Y ne jouit pas encore de toute l'Espagne ; il lui resta la Catalogne à soumettre, ainsi que les iles de Majorque et d'Iviça.

Il faut savoir que l'empereur Charles YI ayant laissé sa femme à Barcelone, ne pouvant soutenir la guerre d'Espagne, et ne voulant ni céder ses droits ni accepter la paix d'Utrecht, était cependant convenu alors avec la reine Anne que l'impératrice et ses troupes, devenues inutiles en Catalogne, seraient transportées sur des vaisseaux anglais. En effet, la Catalope, avait été évacuée ; et Staremberg, en partant, s'était démis de son titre de vice-roi. Mais il laissa toutes les semences d'une guerre civile, et l'espérance d'un prompt secours de la part de Tempereur, et même de l'Angleterre. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province se flattèrent qu'ils pourraient former une république sous une protection étrangère, et que le roi d'Espagne ne serait pas asse? fort pour les con-

4M HISTOIHE DE V>RÂNCE.

quérir. Ih ééployèreal akurs ee oaraotère que Taeite leur attribuait il y a ai longtemps : < Natiou iotr^ide, dit-il, qui < compte la vie pour rien quand elle ne Vemploie pas à eomc biittre. »

La Catalogne est un des pays les plus fertiles de la terre, et des plus heureusement situés. Autant arrosée de beUjes rivières, de ruisseaux et de fontaines, que la vieille et la nouvelle Castilte en sont dénuées, elle produit tout ce qui est i^écessaire aux besoins de Thomme, et tout ce qui peut flatter ses désirs, en arbres, en blés, en fruits, en légumes de toute e^èce. Barcelone est u» des plus beaux ports de TEurope, et k pays fournit tout pour la construction des navires. Ses montagnes sont remplies de carrières de marbre, de jaspe, de cristal de roche; on y trouve même beaucoup ^ pierres précieuses. Les nines de fer, d'étain, de pbmb, d'alun, de vitriol, y sont abondantes : la côte orientale produit du ccNrail. La Catalogna enfin peut se passer de l'univers entier» et se& voisins ne peuvent $6 passer d'elle.

Loin que l'abondance et les dékce^ aient amolli les habitants, ils ont toujours été guerriers, et les montagnards surtout ont été féroces : mais, malgré leur valeur et leur amour extrême pour la liberté, ils ont été subjugué dans tous les temps. Les Romains, les Goths, les Vandales, les Sarrasins, les conquirent.

Ils secouèr^t le joug des Sarra^us, et se mirent sous la protection de Chariemagne. Ils appartinrent à la maison d'Aragon , et ensuite à celle d'Autriche. ^

Nous avons vu que sous Philippe IV, poussés à bout par le comte d'Olivarès, premier ministre, ils se dûnnèrent à Louis XIII ea 1 64Q On Jeur conserva tous leurs privilèges, ils îvb

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r^t plutôt protégés que sujets. Ils rentrèrent sous la domination autrichienne en 1652 ; et, dans la guerre de la succession, ils prirent le parti de l'afchiduc Charles contre Philippe V. Leur opiniâtre résistance prouva que Philippe V, délivré même de son compétiteur, ne pouvait seul les réduire. Louis XIV, qui, dans les derniers temps de la guerre, n'avait pu fournir ni soldats ni vaisseaux à son petit-fils contre Charles, son concurrent, lui en envoya alors contre ses sujets révoltés. Une escadre française bloqua le port de Barcelonne ; et le naarécbal de Berwick l'assiégea par lerre.

La reine d'Angleterre, plus fidèle à ses traités qu'aux intérêts de son pays, ne secourut point cette ville. I.es Anglais en furent indignés; ils se faisaient le reproche que s'étaient fait les Romains d'avoir laissé détruire Sagonte. L'empereur d'Allemagne promit de vains secours. Les assiégés se défendirent avec un courage fortifié par le fanatisme. Les prêtres , les moines coururent aux armes et sur les brèches, comme s'il s'était agi d'une guerre àe religion. Un fantôme de liberté les rendit sourds à toutes les avances qu'ils reçurent de leur maitre. Plus de cinq cents ecclésiastiques moururent dans ce siège les armes à la main. On p^u^ juger ù leurs discours et leur exemple avaient aninoé les peu-^

Ils arborèrent sur la brèche un drapeau noir, et soutinrent plus d'un assaut. Enfin les assiégeants ayant pèiétré, les assiégés se l)attirent encore de rue en rue ; et, retirés dans la ville neuve, tandis que l'ancienne était prise, ils demandèrent encore en capitulant qu'on leur conservât tous leurs privilèges. Ils n'obtinrent que la vie et leurs biens. La plupart de leurs privilèges leur furent ôtés; et de tous les moines qui avaient

soulevé le peuple et combattu contre leur roi, il nV en eut que soixante de punis; on eut même Tindulgeoce de ne les condamner qu'aux galères. Philippe V avait traité plus rudement la petite ville de Xativa (4 ] dans le cours de la guerre : on l'avait détruite de fond en comble, pour faire un exemple : mais si Ton rase une petite ville de peu d'importance, on n'en rase point une grande, qui a un beau port de mer, et dont le maintien est utile à l'état.

Cette fureur des Catalans , qui ne les avait pas animés quand Charles YI était parmi eux, et qui les transporta quand ils furent sans secours, fut la dermëre flamme de l'incendie qui avait ravagé si longtemps la plus belle partie de l'Europe, pour le testament de Charles II, roi d'Espagne.

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