‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 44 sur 48 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Tableau de TEurope depuis la paix d*Utreehl jusqu'il la mort de Louis XIV.

Les espérances et la prudence humaine furent trompées dans cette guerre de la succession comme elles le sont toujours. Charles VI , deux fois reconnu dans Madrid , fut chassé d'Espagne. Louis XIV, près de succomber, se releva par les brouilleries imprévues de l'Angleterre. Le conseil d'Espagne , qui n'avait appelé le duc d'Anjou au trône que dans le dessein de ne jamais démembrer la monarchie , en vit beaucoup de parties séparées. La Lombardie , la Flandre (2) , resté*

(1) Celte ville de Xativa fat rasée en 1707 ; après la bataille d'Almanza, Philippe V fit i»Atir sur ses raines une autre ville qa*on nomme à présent San-Fe- Uppo,

(2) On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des Pays-Bas , qui appsyrtiennent ^ la maison d*Aatriche , comme on appelle les sept Provinces-Unies la Hollande.

veut à la maison d'Autriche ; la maison de Prusse eut une petite partie de cette même Flandre, et les Hollandais dominèrent dans une autre; une quatrième partie demeura à la France. Ainsi , l'héritage de la maison de Bourgogne resta partagé entre quatre puissances ; et celle qui semblait y avoir le plus de droit n'y conserva pas une métairie. La Sardaigne, inutile à l'empereur, lui resta pour un temps. Il jouit quelques années de Naples , ce grand fief de Rome, qu'on s'est arraché si souvent et si aisément. Le duc de Savoie eut quatre ans la Sicile, et ne l'eut que pour soutenir contre le pape le droit singulier, mais ancien , d'être pape dans cette lie, c'està-dire d*être, au dogme près, souverain absolu dans les affaires ecclésiastiques.

La vanité de la politique parut encore plus après la paix d'Utrecht que pendant la guerre. Il est indubitable que le nouveau ministère de la reine Anne voulait préparer en secret le rétablissement du fils de Jacques II sur le trône. La reine Anne elle-même commençait à écouter la voix de la nature par celle de ses ministres ; et elle était dans le dessein de laisser sa succession à ce frère dont elle avait mis la tête à prix malgré elle.

Attendrie par les discours de M""* Masham , sa favorite , intimidée par les représentations des prélats torys qui l'environnaient, elle se reprochait cette proscription dénaturée. La duchesse de Mariborough était persuadée que la reine avait fait venir son frère en secret , qu'elle Tavait embrassé, et que, s'il avait voulu renoncer à la religion romaine, qu'on regarde en Angleterre et chez tous les protestants comme la mère de la tyrannie, elle l'aurait fait désigner pour son successeur. Son aversion pour la maison de Hanovre augmentait encore son in-

MO HISTOIRE m: FRANCE.

diBation pour te sang des Stuarts. On a prétendu que la vmHe de 8a mort elle s'écria plusieurs fois : Âk Bran frère ! mon dier frère ! Elle mourut d'apoplexie à l'âge de quaranten^euf ans, le 42 auguste 4744.

Ses partisans et ses ennemis convenaient que c'était une femme fort médiocre. Cependant, d^uis les Edouard ni et lei Henri Y, il n'y eut point de règne si glorieux; jamais de plus grands capitaines ni sur terre ni sur mer, jamais plus de mi* nistres supérieurs, ni de parlensents plus instruits» ni d'orateurs plus éloquents.

Sa mort prévint tous ses desseins. La maison de Hanovre ^ qu'elle regardait comme étrangère , et qu'elle n'aiumit pas, lui succéda ; ses ministres furent persécutés.

Le vicomte de Bolingbroke, qui était venu donner la paix à Louis XIV avec une grandeur ^le à celle de ce monarque ^ fut obligé de venir chercher un asile en France , et d'y reparaître en suppliant. Le duc d'Ormond, l'âme du parti du prétendant, choisit le même refuge. Harlay, comte d'Oxford, eut plus de courage. C'était à lui qu'on en voulait ; il resta fière^ ment dans sa patrie ; il y brava la prison où il fut renfermé, et la mort dont on le menaçait. C'était une âme sereine , inaccessible à l'envie , à l'aniour des richesses et à la crainte du supplice. Son courage même le sauva , et ses eaoemis dans le parlement l'estimèrent trop pour prononcer son arrêt.

Louis XIV touchait alors à sa fin. 11 est diflScile de croire qu'à son âge de soixante ei dix-sept ans , dans la détresse où était son royaume, il osât s'exposer à une nouveUe guerre contre T Angleterre en faveur du prétendant, reconnu par lui pour roi, et qu'on appelait alors le chevalier de Saint-George; cependant le fait est très-certain. Il faut avouer que louis

eut toujours daas Tâme une élérâtion qui le portait aux grafides (èoses en tout genre. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, l'avait bravé. Il avait été obligé de renvoyer de Franoft Jacques III, comme dans sa jeunesse on avait chassé Charles II et son frère. Ce prince était caché en Lorraine , à Commerei. Le duc d'Ormond et le vicomte de Bolingbroke intéressèrent là gloire du roi de France ; ils le flattèrent d nn soulèvement etl Angleterre, et surtout en Ecosse, contre Georges f". Le pl'étendant n'avait qu'à paraître ; on ne demandait qu'un vaisseau j qudques oflBciers , et un peu d'argent. Le vaisseau et les tutà^ ciers furent accordés sans délibérer ; ce «e pouvait être un vaisseau de guerre , les traités ne le permettaient pas. L'Épine d'Anican, célèbre armateur, fournit le navire de transport, do canon et des armes. A l'égard de l'argent ^ le roi n'ai avait point. On ne demandait que quatre cent mille écus» et ils ne se trouvèrent pas. Louis XIV écrivit de sa main au roi d'Bspape Philippe V, son petit-fils, qui les prêta. Ce fut avec ee secours que le prétendant passa secrètement en Ecosse. Il y ti^ocva en effet un parti considérable, mais il venait d'être défait par l'armée anglaise du roi George.

Louis était déjà mort ; le prétendant revint cacher dans Commerei la destinée qui le poursuivit toute sa vie , pendant . que le sang de ses partisans coulait en Angleterre sur les échafauds.

Voici l'état ou Lt)uis XIV laissa l'Europe.

La puissance de la Russie s'affermissait chaque jour dans le Nord ; et cette création d'un nouveau peuple et d'uu nouvel empire était encore trop ignorée en France , en Italie et en Elague.

La Suède , ancienne alliée de la France , et autrefois la

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terreur de la maison d*AutricLe, ne pouvait plus se défendre contre les Russes , et il ne restait à Charles Xli que de la gloire.

Un simple électorat d'Allemagne commençait à devenir une puissance prépondérante. Le second roi de Prusse, électeur de Brandebourg » avec de Téconomie et une armée, jetait les fondements d'une puissance jusque-là inconnue.

La Hollande jouissait encore de la considération qu'elle avait acquise dans la dernière guerre contre Louis XIV ; mais le poids qu'elle mettait dans la balance devint toujours moins considérable. L'Angleterre , agitée de troubles dans les premières années du règne d'un électeur de Hanovre , conserva toute sa force et toute son influence. Les États de la maison d'Autriche languirent sous Charles VI ; mais la plupart des princes de l'Empire firent fleurir leurs États. L'Espagne respira sous Philippe Y, qui devait son trône à Louis XIV. L'Italie fut tranquille jusqu'à Tannée 4747. Il n'y eut aucune querelle ecclésiastique en Europe qui pût donner au pape un prétexte de faire valoir ses prétentions, ou qui pût le priver des prérogatives qu'il a conservées. Le jansénisme seul troubla la France , mais sans exciter de guerre civile.

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