LIVRE LXXXVI
PRÉPONDÉRANCE EN Europe. RÉVOCATION DE L'ÉDir DE Nantes. L'héritage ministériel de Colbert est partagé entre Le Pelletier, Seignelai et Louvois. — Prépondérance de Louvois. — Louis XIV échoue dans ses projets sur l'Empire. Invasion de l'Autriche par les Turcs. Siége de Vienne. Les Polonais sauvent l’Autriche. — Guerre entre la France et l'Espagne. Prise de Luxembourg. — Affaires de Trèves et de Liége. —Trève de vingt ans entre la France, l’empereur, l'Empire et l'Espagne. Louis XIV au plus haut point de sa puissance, — Bombardement de Gênes. Le doge à Versailles. — Nouvelles expéditions contre les Barbaresques. — Avénement de Jacques Il. Projets de restauration catholique en Angleterre, appuyés par Louis XIV. — Louis XIV, devenu veuf, épouse madame de Maïintenon. Dragonnades, RéÉvocarion DE L’épir pe NANTes. Persécutions. Émigration protestante. L'industrie française transplantée en Hollande, en Angleterre, en Brandebourg.— Affaire de la succession palatine. LIGUE DÉFENSIVE D’AuGsBOURG entre l’empereur, l'Espagne, la Suède, le Brandebourg, la Saxe, la Bavière, le Palatinat, les cercles de l'empire. — Affaire de Cologne. Le pape Innocent XI
favorise la ligue d'Augsbourg. Rupture entre Louis XIV et le pape. — Mouvements en Angleterre, Préparatifs du prince d'Orange contre Jacques II. Louis XIV au lieu de secourir Jacques II par une diversion contre la Hollande, prend l’oflensive contre l’empereur.
L'héritage du grand ministre que la France venait de perdre fut partagé entre plusieurs mains. Le fils de Colbert, Seignelai, jeune homme ‘ plein de feu, d'intelligence, et mnitié, presque depuis l'enfance, aux affaires d’État, mais qui, bien différent de illustre mort, avait pour mobiles l'ambition et le plaisir plutôt que le devoir, « essaya d’envahir tous les emplois de son père, et « n’en obtint aucun?. » Madame de Maïintenon, peu sympathique à ces natures brillantes et superbes et, en ce moment, unie d'’intérêts et de vues avec les Le Tellier, eut probablement quelque part à l’échec qu’éprouva Seignelai. Le roi laissa seulement au fils de Colbert les fonctions dont il avait obtenu la survivance et partagé les travaux dès 1672; c’est-à-dire l’administration de la marine, du commerce, de la maison du roi et des affaires ecclésiastiques. Seignelai fut, dans la marine, une éclatante spécialité, quelque chose d’analogue à ce qu'avait été dans la diplomatie ce Lionne, à qui il ressemblait beaucoup par l’ardeur au plaisir et la facilité du travail; seulement, Seignelai avait plus de dignité dans le caractère. Il n’avait pas les principes de son père sur l’ensemble du gouvernement, principes que, d’ailleurs, on ne l’eût pas mis à même d'appliquer : dans l'administration maritime, sans négliger tout à fait le solide, c’est-à-dire la marine marchande ?, il s’attacha trop passionnément au brillant, à la marine militaire, et y porta l’esprit violent et agressif de Louvois; il avait du moins conservé les sentiments paternels sur un autre point important, sur les persécutions religieuses, et protégea les réformés autant qu’il put dans les limites de ses attributions.
Louvois obtint une part dans la dépouille de son rival : il