‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 2 sur 341 · SUCCESSEURS DE COLBERT · texte numérisé non relu

SUCCESSEURS DE COLBERT

acheta, de la famille de Colbert, avec la permission du roi, la surintendance des arts et bâtiments', emploi auquel les goûts de Louis donnaient une haute importance. Louvois s’efforça de sc rendre aussi agréable à Louis comme surintendant des bâtiments, qu'il lui était nécessaire comme ministre de la guerre : il flatta sans scrupule la passion du roi pour les constructions et poussa à la dépense sans se soucier des ressources, qu’un autre ministre était chargé de fournir.

Cet autre ministre, le contrôleur général des finances, auquel était dévolu le reste de la succession de Colbert, n’avait été choisi par le roi qu'après quelque hésitation entre trois concurrents Louis avait balancé entre de Harlai, Gourville et Le Pelletier. De Harlai, procureur général au parlement de Paris, avait en sa faveur un nom illustre, que soutenaient un savoir, un esprit et une probité incontestables; Gourville était cet aventurier si sagace, si remuant, si hardi, qui avait été autrefois poursuivi à juste titre comme complice des dilapidations de Fouquet, puis condamné au gibet par contumace, et qui, dans cette étrange situation, bienvenu de tous les princes et les grands des pays où il promenait gaiement son opulent exil, était parvenu à se faire employer par la diplomatie française et enfin à rentrer en France, où il gouvernait la maison du grand Condé. C'était un homme propre à tout, et qui étalait, à défaut de sens moral, une audace d’esprit et même une certaine générosité qui écartaient de lui le mépris. Il eût été fort piquant, mais assurément fort scandaleux, de voir donner pour successeur à Colbert le concussionnaire contumace qu'il avait fait condamner à la potence. Le troisième candidat, Le Pelletier, conseiller d’État et ancien prévôt des marchands, était proche parent des Le Tellier. Le roi consulta le chancelier Le Tellier. Le rusé vieillard loua d’abord également les trois hommes sur lesquels flottait la pensée de Louis; puis, sommé de s’expliquer, il ruina Gourville par des à sinuations sur son trop grand attachement à la maison de Condé, et de Harlaï par des allusions à son caractère impérieux et envahissant, « quant à M. Le Pelle- « tier, » dit-il enfin, « c’est un homme de bien et d'honneur, de

Z. C’étaient les beaux-arts et les travaux publics réunis,

k LOUIS XIV. [1683]

« beaucoup d’esprit et fort appliqué : il prendroit, comme une « cire molle, telle impression qu’il plairoit à Votre Majesté de lui « donner; je ne le crois pourtant pas propre aux finances ; il n’est « pas assez dur. — Comment! pas assez dur? » s’écria le roi; « mais je ne veux pas qu’on soit dur à mon peuple! » Le Pelletier fut choisi‘.

Le Pelletier était en réalité un de ces hommes circonspects et dociles qui subissent sans résistance les dominations établies; au reste, parfaitement intègre et d’une piété sincère, mais ayant plus d’intentions honnêtes que de force et d'activité pour les mettre à exécution. Il eut la faiblesse, pour complaire à ses patrons Le Tellier et Louvois, de décrier auprès du roi l’administration de son illustre prédécesseur; il quitta Les voies de Colbert par complaisance et désir d'innover, puis il y revint par conviction, mais sans lumières suffisantes.

Le ministère fut ainsi reconstitué, les affaires étrangères restant confiées à Colbert de Croissi, frère du grand Colbert, esprit net, mais sans initiative et sans éclat, et qui se bornaït à suivre exactement les instructions du maître. Louvois partageait presque en fait, avec Croissi, le ministère des affaires étrangères, par les espions et les correspondances qu’il entretenait dans toute l’Europe sous prétexte des affaires de la guerre, et il avait certainement beaucoup plus d'influence que Croissi sur la direction générale de la politique extérieure.

La prépondérance des Le Tellier dans le conseil du roi fut, tant que vécut le vieux chancelier , au moins égale à ce qu'avait été celle de Colbert dans les premières années du gouvernement de Louis XIV. Louis, en effet, malgré ses prétentions à ne recevoir ses inspirations que de lui-même ou du ciel, et malgré son active et jalouse surveillance sur toutes les parties de l'administration, était très-susceptible de se laisser gouverner et fut toujours gouverné jusqu’à un certain point ; plus fort par la volonté que par le génie, il recevait, la plupart du temps, l'impulsion qu’il croyait donner ; seulement, on y devait mettre beaucoup d'adresse ; on était perdu, s’il s’apercevait qu’on visait à le dominer, et il finis-

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