‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 102 sur 341 · Mém. de Villette, p · texte numérisé non relu

Mém. de Villette, p

2. Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 181. — On distribua de plus, avec solennité, des médailles aux simples marins et matelots qui se signalaient par leur courage, et de grandes croix en cuivre, de la forme des croix de Saint-Louis, furent suspendues aux mâts des navires qui avaient livré de beaux combats, heureuse pensée qui entrait profondément dans les sentiments des hommes de mer et qui personnifiait l'équipage dans le navire.

importante dans l’histoire financière de l'Angleterre : d’une part, on demanda une très-grande partie des ressources (2 millions sterling ou 25 millions de nos livres) à un impôt foncier de 20 pour 100 établi sur le revenu de toutes les propriétés sans exception, suivant l'exemple qu'avait donné la république sous Cromwell; de l’autre part, on contracta un emprunt d’un million sterling qui est le point de départ de la gigantesque dette anglaise ‘.

Les Français n’attendirent pas le printemps pour agir. Durant l'automne de 1692, la plus grande partie des troupes anglaises qui avaient pris Furnes avaient été cantonnées dans cette ville et dans Dixmuyde, et l’on craignait que les alliés ne fissent de ces deux places des avant-postes contre Dunkerque. Le 28 décembre, Boufflers investit brusquement Furnes. La tranchée fut ouverte le 5 janvier 1693; dès le lendemain, la garnison anglo -batave, forte de quatre mille hommes, capitula pour éviter d’être faite prisonnière de guerre. Dixmuyde fut évacué sans attendre l'attaque. Une entreprise tentée vers le même temps par un corps de larmée d'Allemagne contre Rheïnfels fut moins heureuse; on ne put emporter ce poste, qui eût coupé les communications entre Mayence et Coblentz.

Ces opérations en plein hiver semblaient annoncer pour 1693 une prompte et vive campagne ; cependant la grande armée française, l’armée des Pays-Bas, ne se rassembla que dans la seconde quinzaine de mai. Le roi avait résolu d’assiéger Liége. Il devait, comme devant Mons et Namur, conduire en personne le siége, que Luxembourg couvrirait. Les deux corps d'armée qui devaient servir sous le roi et sous Luxembourg se trouvèrent massés le 27 mai aux environs de Mons. Louis était arrivé le 25 au Quesnoi, menant avec lui les dames; mais, là, il fut arrêté huit jours par un catarrhe et retint l’armée immobile, comme si l'investissement de Liége n’eût pas pu s’opérer sans lui. Guillaume III, qui avait formé son armée en Brabant, mit à profit ce délai : il jeta quinze à vingt mille hommes dans Liége et dans les retranchements que les alliés

1. Mac-Aulay, Guillaume III, t. II, ch. 1. — Il importe d'observer que le principe de l'égalité devant l'impôt n’était pas nouveau en Angleterre et que les subsides votés par les anciens parlements avaient déjà cette base. C’était là la vraie supériorité des parlements anglais sur nos États-Généraux.

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avaient faits sur les hauteurs qui commandent cette grande ville, puis il se retira avec le reste de ses forces dans un camp retranché, à l’abbaye du Parck, près de Louvain, d’où il couvrait Bruxelles. L'attaque de Liége était devenue très-difficile; mais la position de Guillaume était périlleuse au dernier point. Une partie des troupes allemandes étant encore entre Rhin et Meuse, il avait tout au plus cinquante mille hommes au camp du Parck, et Louis pouvait marcher droit à lui avec cent dix mille. Guillaume n’eût pu résister à une armée française plus que double de son armée et enflammée par la présence du roi. La défaite de Guillaume eût livré au vainqueur non plus Liége, mais Bruxelles et tout le reste des Pays-Bas catholiques. C'était une de ces occasions que la fortune n’offre qu’une fois. Toute l’armée française le sentait et frémissait d’impatience. Rejointe enfin par Louis le 3 juin, elle était arrivée, le 7, à Gembloux, presque à égale distance de Mons, de Liége et de Louvain, et n’attendait que le signal de marcher à l'ennemi, lorsque tout à coup le bruit se répandit que le roi repartait pour Versailles et démembrait l’armée pour en expédier une partie avec le dauphin en Allemagne.

Ce bruit incroyable n’était que trop vrai : Luxembourg s'était, dit-on, jeté aux genoux du roi pour le supplier de ne pas refuser la victoire qui lui tendait les bras; ce fut en vain : Louis prétexta, comme l’année précédente après la prise de Namur, la nécessité de se renforcer en Allemagne pour encourager les Turcs et de poursuivre outre Rhin les succès que commençait à obtenir le maréchal de Lorges. Étrange calcul : on tenait dans ses mains l'âme de la ligue et le sort de la guerre, et on les relâchait pour aller chercher au loin des succès douteux et secondaires. C'était la troisième fois, après 1676 et 1692, que Louis reculait devant un choc décisif contre son rival, et cette fois sans la moindre excuse. Sa réputation militaire en fut irrévocablement et justement perdue. Brave et persévérant dans la guerre de siêges, qui ne laisse presque rien à l’imprévu, il se troublait et cessait d'agir dès qu’il voyait se présenter devant lui les chances de la guerre de campagne. Ses ennemis désormais se crurent autorisés à le représenter comme un roi de théâtre, sans talent et sans courage; l'affection et le respect de sa propre armée furent ébranlés ; les railleries des étran-

gers sur le grand roi et sa vieille maîtresse se répandirent en France, et l’on en vint bientôt à réprimer par des peines atroces les libelles contre Louis et madame de Maintenon ‘. La voix publique n’avait point été injuste dans l’affaire de Louvain ; c'était bien madame de Maintenon qui l'avait emporté sur Luxembourg ; les timides conseils venus de Namur, où Louis avait envoyé les dames, avaient déterminé la déplorable résolution du roi. Louis, probablement peu satisfait de lui-même au fond de l’âme, ne reparut plus dans les armées ?.

Si Guillaume, rejoint par les troupes de Brandebourg et de Juliers, eût réuni toutes les forces qu’avaient les alliés entre la Meuse et la mer, il eût été à son tour supérieur de quelques milliers d'hommes aux Français; mais il n’osa dégarnir Liége ni cesser de protéger Bruxelles. Luxembourg, qui avait conservé plus de quatre-vingt mille soldats, lui semblait encore trop redoutable. Luxembourg, de son côté, ne crut pas pouvoir attaquer Guillaume dans son camp du Parck et tâcha de l’en tirer par d’habiles manœuvres. Le manque de vivres gêna quelque temps ses opérations; le service de l’intendance ne se faisait plus comme sous Louvois. Luxembourg s'était posté à Meldert, entre Tillemont et Louvain, et, de là, inquiétait son adversaire sur Liége. Guillaume voulut détourner les Français de Liége et lança vers la Flandre française une quinzaine de mille hommes, qui forcèrent les lignes défensives tracées de l’Escaut à la Lis, entre Espierre et Menin, et qui mirent à contribution le plat pays depuis Courtrai jusqu’aux portes d'Arras. Luxembourg, pendant ce temps, faisait investir Hui par

1, En 1694, un imprimeur et un relieur furent pendus, par sentence du lieutenant de police La Reinie, pour avoir imprimé, relié et débité des libelles sur le mariage du roi et de madame de Maintenon. Un de ces libelles est intitulé : l'Ombre de M. Scarron. Une gravure parodie le monument de la place des Victoires. Le roi, au lieu d’avoir quatre statues enchaînées sous ses pieds, est enchaîné lui-même par quatre femmes, La Vallière, Fontanges, Montespan et Maintenon. Plusieurs personnes, pour la même affaire, furent mises à la question ou moururent à la Bastille. V. Butlelin bibliographique de Techener, octobre 1836; art. de M. J.-C. Brunet sur le journal ms. de l'avocat Bruneau. — Vers le même temps, un libelliste, auteur d’un pamphlet contre l'archevêque de Reims Le Tellier, intitulé : Le Cochon mitré, fut enfermé dans une cage de fer au mont Saint-Michel.

2. La Fare, p. 300. — Feuquières, t. II, p. 200. — OEuvres de Louis XIV, t. IV, p. 401. — Saint-Simon, t. I°r, p. 95. — Racine, Œuvres, t. VI, p. 355. — Quinci, t. Il, p. 612.

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