LIBELLES CONTRE LE ROI
un gros détachement. La ville et les deux forts furent pris en cinq jours (19-24 juillet). Hui était l'étape entre Namur et Liége. Hui emporté, Luxembourg marcha sur Liége avec toute son armée. Guillaume décampa, s’avança sur le territoire liégeois et envoya cinq mille fantassins renforcer le corps qui gardait Liége; puis il rentra en Brabant, afin d’aller regagner son camp du Parck. Luxembourg ne lui en laissa pas le temps. Luxembourg trompa Guillaume en feignant de dépècher une partie de son armée au secours de la Flandre française et, par une marche aussi rapide que savamment combinée, il joignit l'ennemi le 28 juillet au soir à Neerwinden, entre Saint-Tron et Tillemont. Sur quatre-vingtcinq ou quatre-vingt-dix mille hommes que comptait l’armée alliée dans les Pays-Bas, Guillaume, grâce à ses mauvaises combinaisons, n’en avait guère plus de cinquante mille sous la main. Il lui restait une chance d’éviter une lutte devenue inégale par sa faute. Il pouvait, durant la nuit, se retirer derrière la petite rivière de Gheete. Il n’en voulut rien faire et n’usa de ce délai de quelques heures que pour se retrancher le plus fortement possible. Son poste, il est vrai, était très-avantageux à défendre. L'armée alliée ax nuyait sa droite au village de Neerwinden et à la Gheete, sur laquelle elle avait jeté des ponts, sa gauche au village de Neerlanden et au ruisseau de Landen. Le centre était couvert par un long coteau qui s’étendait d’un village à l’autre et que les alliés ‘avaient coupé d’un retranchement fossoyé avec une célérité surprenante. Derrière ce retranchement, les alliés étaient presque à l'abri du canon. Les deux villages étaient hérissés d’abatis d’arbres : des haies, des fossés, des terrains accidentés en défendaient les abords. Necrlanden fut reconnu presque inaccessible : Luxembourg, le 29 juillet au matin, n’engagea de ce côté qu’une fausse attaque et porta tout son effort sur Neerwinden. La cavalerie française prit position au centre, en face du retranchement ennemi et entre les deux colonnes d'infanterie qui attaquaient les villages. Ce fut le plus terrible choc de toute cette guerre, plus terrible que Steenkerke même. Neerwinden fut deux fois pris et repris avec un affreux carnage. Les deux infanteries luttèrent d’obstination et de fureur, tandis que la cavalerie française essuyait, immobile, durant quatre heures entières, le feu de quatre-vingts pièces de
canon, plongeant de la colline dans la petite plaine où ses escadrons étaient en bataille. On dit que Guillaume, étonné que cette cavalerie ne s’ébranlât pas, accourut à ses batteries, accusant le peu de justesse de ses pointeurs. Quand il eut vu l'effet de ses canons et les escadrons ne remuer « que pour resserrer les rangs à mesure que les files étaient emportées, » il laissa échapper ce cri d’admiration et de colère : « Oh! l’insolente nation!» Neerwinden était resté au pouvoir de l'ennemi : la cavalerie, enfin lancée, avait chargé par deux fois contre le retranchement de la colline sans pouvoir l'emporter. La plupart des généraux conseillaient la retraite; Luxembourg s'y refusa et jeta la réserve sur Neerwinden. Les gardes françaises et suisses et le reste de l’infanterie qui n'avait pas donné assaillirent à la fois le village et l'extrémité du retranchement qui y aboutissait. Pendant une heure et demie, le succès fut encore en balance : quand les:gardes françaises eurent épuisé leurs munitions, ils mirent la baïonnette au bout du fusil et enfoncèrent l’ennemi à l’arme blanche. C’est la première charge à la baïonnette dont notre histoire ait gardé le souvenir ?. Neerwinden, jonché de morts, demeura enfin dans les mains des Français. Les gardes françaises firent alors ébouler l'extrémité du retranchement ennemi, à la droite de Neerwinden, pour ouvrir un passage à la cavalerie : la maison du roi pénétra par cette ouverture; elle fut d’abord repoussée par la cavalerie ennemie, que condui-. sait Guillaume en personne et que soutenait Le feu terrible de l’infanterie; mais Luxembourg la rallia en un moment. Un autre corps de cavalerie française passa entre Neerwinden et la Gheete, à travers des haies et des ravins que Guillaume avait crus impénétrables aux chevaux, et prit les alliés à revers. Un corps qui était resté à Hui arriva en ce moment sur le champ de bataille et soutint ce mouvement à la gauche de Neerwinden. La cavalerie ennemie, chargée en front et en flanc, se rompit : toute l’aile