‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 115 sur 341 · TRANSACTION AVEC ROME · texte numérisé non relu

TRANSACTION AVEC ROME

lettre du roi, qui informait Sa Sainteté qu’il avait « donné les « ordres nécessaires pour que les choses contenues dans son « édit du 22 mars 1682, touchant la déclaration faite par le « clergé de France, à quoi les conjonctures passées l’avoient « obligé, ne fussent pas observées ; » c’est-à-dire : pour qu’on ne fût plus tenu de n’enseigner dans les écoles du royaume que la doctrine des Quatre Articles, et que ces questions fussent abandonnées à la discussion, comme ne touchant point à la foi (14 septembre 1693).

A ce prix, le pape accorda les bulles aux évêques nommés, et l'église de France rentra dans une situation normale ', Rome avait obtenu le prix de sa patiente obstination, non pas l’abandon de la doctrine gallicane ni la rétractation de l’assemblée du clergé, ce qu’elle n’eût pas même osé demander, mais du moins la rétractation individuelle; en termes ambigus ?, d’une partie des membres de cette assemblée, et le retrait de l’édit qui imposait les Quatre-Articles à tous les théologiens français. C'était toujours un échec pour Bossuet? et un recul de la part du Grand Roi.

Les avances de Louis XIV n’eurent pas le même succès auprès de la coalition qu’auprès du pape. Louis avait donné aux alliés jusqu’au 15 mars pour accepter ses offres. La Hollande, l'électeur de Bavière et le duc de Savoie, dont Louis satisfaisait les prétentions, eussent bien voulu traiter ; mais l’empereur menaça le duc de Savoie : Guillaume JET fit avorter une négociation secrète entamée entre le cabinet de Versailles et les États- Généraux , et rejeta l’entremise qu’offrait l’électeur de Bavière. Guillaume et Léopold étaient encouragés par la détresse trop bien connue de la France, quoique les peuples qu’ils gouvernaient ne souffrissent guère moins. Guillaume réussit encore une fois à obtenir de l'Angleterre et de la Hollande un effort, le

1. Bausset, Hist. de Bossuet, t. II, p. 206. — D’Aguesseau, Œuvres, t. XIII, p. 418. — Mém. Chronolog. et Dogmat., t. III, p. 406.

2. Les prélats disent, en effet, déplorer les choses qui ont déplu au pape et ne pas les tenir pour décrétées; mais ils ne disent pas qu’elles soient fausses.

3. Cependant, il est juste de faire remarquer que l'Exposition de la foi catholique, de Bossuet, conduit logiquement à rejeter parmi les questions livrées aux disputes des écoles ce qui regarde l’autorité du pape.

plus grand qu’elles eussent encore fait, et qui, suivant lui, devait être le dernier : c’étaient toujours les mêmes promesses, que l'événement démentait chaque année. Les tories étant trop favorables à la paix, il revint complétement aux whigs, qu’il investit de tous les grands postes ; il parvint à calmer l’irritation qu'avaient causée les désastres de la marine marchande, et fit voter par le parlement pour l’année 1694 environ 5 millions et demi sterling; on convint d'entretenir quarante mille marins et quatre-vingt-trois mille soldats anglais et d'augmenter les subsides payés aux alliés. Cette énorme dépense fut couverte par une augmentation de l’accise sur les bières, par divers droits nouveaux, par une capitation, par une loterie, par le renouvellement de l'impôt de 20 p. 100 sur le revenu foncier, enfin, par un emprunt, dont les souscripteurs furent constitués en corporation financière sous le titre de Compagnie de la banque d'Angleterre *.

Si l’empereur et l'Espagne eussent tenu leurs engagements aussi fidèlement que l’Angleterre et que la Hollande, les alliés eussent pu, en 1694, vpérer partout avec des forces colossales ; mais Léopold s’obstinait à poursuivre contre les Turcs une lutte coûteuse et peu décisive et ne réussissait, en partageant ses forces, qu’à mal faire la guerre tout à la fois sur le Danube et sur le Rhin ; quant à l'Espagne, son désordre et son épuisement ne lui permettaient de rien faire complétement ni à point.

Les alliés s'étaient préparés à prendre l'offensive en Flandre, en Piémont et sur les côtes de France. Louis XIV, contraint à réduire ses dépenses, avait changé ses plans et décidé de se tenir partout sur la défensive, excepté en Catalogne, où il résolut de porter des coups vigoureux pour contraindre l'Espagne à désirer la paix.

Les Pays-Bas catholiques semblaient devoir être le théâtre de grands événements cette année-là. Les alliés y avaient réuni la plus puissante armée qu’ils eussent encore mise sur pied, et Guillaume IT avait, entre la Meuse et la mer, plus de cent vingt mille combattants à sa disposition. Le dauphin et le maréchal de

1. Hume, Guillaume III et Marie, liv. IL. — Mac-Aulay, Guillaume III, t. III, e. &

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