PAYS-BAS
Luxembourg n’en avaient que quatre-vingt et quelques milles à lui opposer. L’attente publique fut trompée : il n’y eut point de bataille. Luxembourg, par ses savantes manœuvres, enleva aux alliés le bénéfice de leur supériorité pendant une grande partie de la campagne et réduisit longtemps Guillaume à protéger contre lui Liége et Louvain. Dans la seconde quinzaine d’août, Guillaume, enfin, dérobant deux marches à ses adversaires, se dirigea sur la Flandre française pour aller forcer les lignes ou boulevards tirés entre l’Escaut et la Lis, et probablement tenter quelque entreprise contre les places maritimes, de concert avec la flotte anglo-batave. Au premier bruit de ce mouvement, l’armée française partit avec une telle célérité, qu’elle franchit quarante-quatre lieues et cinq rivières en cinq jours : l’avantgarde française devança l'avant-garde ennemie à Espierre sur VEscaut et couvrit les lignes de Flandre. Guillaume répara cet insuccès et tira en quelque sorte avantage de sa déconvenue même: il tint les Français en échec sur lEscaut et envoya aux troupes qu’il avait laissées à Liége et qu’il renforça, l’ordre d'investir Hui. Cette place, mal fortifiée, mais de quelque importance par sa position entre Liége et Namur, fut obligée de se rendre après dix jours de siége (28 septembre).
La guerre d’Allemagne ne démentit pas son insignifiance ordinaire. Le maréchal de Lorges se montra aussi médiocre que de coutume : le prince Louis de Bade, manœuvrier habile, se maintint, comme l’année précédente, dans la forte position de Heiïlbron , tant qu’il fut le plus faible, puis tenta une pointe en Alsace, mais sans essayer de se maintenir dans ce pays ni dans le Palatinat cis-rhénan. Le tout se borna à des marches et à des contre-marches sans autre résultat que la dévastation des malheureuses provinces rhénanes.
La guerre des Alpes eut encore moins d'intérêt. Le duc de Savoie, très-supérieur à Catinat, ne tira aucun parti de sa supériorité. Le duc avait été sensible à la modération témoignée par Louis XIV après la journée de La Marsaille et souhaitait fort de recouvrer par la paix ses provinces envahies et d'échapper à des alliances qui ne lui avaient valu que revers sur revers. Il ne se décida pourtant point encore à rompre avec ses alliés, mais,
comme il l’avait annoncé secrètement au roi, il évita tout engagement sérieux et rendit la campagne entièrement nulle.
La campagne navale présenta, au contraire, à défaut de grands chocs, des incidents variés et intéressants : nos côtes de la Manche et de l'Océan, menacées par les alliés, avaient été mises fortement en défense; mais la flotte française ne disputa point ces mers aux Anglo-Bataves : la France ne fit, cette année, qu’un armement très-inférieur à ceux des années précédentes. Au commencement de mai, Château-Renaud partit de la rade de Bertheaume (près de Brest) avec trente-cinq vaisseaux de ligne, et fit voile pour la Méditerranée, avec ordre d’insulter les côtes d’Espagne et de rallier Tourville, qui, à la tête de vingt à vingtcinq vaisseaux et des galères provençales, secondait les opérations du maréchal de Noailles contre la Catalogne. L'année avait mal commencé sur mer pour les alliés : leur flotte marchande de Smyrne avait voulu effectuer le passage du détroit pendant l'hiver, afin d'éviter une catastrophe pareille à celle de l’an passé : au lieu des Français, ce fut la tempête qu’elle rencontra devant Gibraltar ; l’escadre anglo-batave de la Méditerranée, qui servait d’escorte, souffrit autant que d’une bataille perdue; quatre vaisseaux de ligne anglais, dont l’amiral, périrent corps et biens, avec une vingtaine d’autres bâtiments, soit de guerre, soit de commerce (28 février, 4 mars). La perte fut, dit-on, de 18 millions.
Les alliés essayèrent de se venger aux dépens de la France. Leur grande flotte, forte d’environ quatre-vingt-dix vaisseaux de ligne, avait quitté la rade de Sainte-Hélène (île de Wight) quelques jours après que Château-Renaud se fut éloigné de Brest; elle ne le rejoignit pas, maïs elle brûla ou coula dans la rade de Bertheaume vingt-cinq vaisseaux marchands français chargés de grains, de vins et d’eaux-de-vie. L’amiral Russel partit ensuite avec cinquante vaisseaux pour la Méditerranée, où l'Espagne appelait à grands cris le secours des Anglo- Bataves, menaçant de faire la paix si on ne l’aidait pas à sauver la Catalogne. Le reste de la flotte, commandé par lord Berkeley, eila embarquer des troupes réunies à Portsmouth et revint sur Brest. On y attendait l'ennemi. Le projet de descente avait été dénoncé à Jacques IT par un homme qui avait contri-