PIGNEROL CÉDÉ. JEAN BART
où l’on avait affaire à des places bien munies et d'approche un peu difficile : il a fallu application de la vapeur à la navigation pour rendre chance à ce cruel procédé.
Les alliés avaient tâché, cette année, de défendre un peu mieux . leur commerce. Les Anglais y parvinrent jusqu’à un certain point ;l mais les Hollandais furent plus maltraités que jamais. Les alliés n'avaient pas mieux réussi à bloquer le port de Dunkerque qu’à incendier la ville : dans le courant de juin, quatorze vaisseaux anglo-bataves n’avaient pu empêcher Jean Bart de sortir du port avec un vaisseau et six grosses frégates. Le 18 juin, Bart rencontra au nord du Texel la flotte marchande hollandaise de la Baltique, escortée par six frégates. Cinq frégates et trente ou quarante vaisseaux marchands tombèrent en son pouvoir. Treize vaisseaux de guerre ennemis arrivaient à toutes voiles; Bart brûla ses prises, sans en laisser reprendre une seule, et se retira lentement, sans que l’escadre ennemie osât l’attaquer. Il fit peut-être plus de mal encore à la Hollande en troublant la pêche du hareng, qui occupait auatre à cinq cents navires, et qu’il empêcha presque entièrement, malgré la protection d’une forte escadre. Il termina sa brillante campagne en passant au travers de trente-trois vaisseaux anglobataves qui voulaient l'empêcher de regagner les ports de France. Le grade de chef d’escadre récompensa l’illustre corsaire, qui avait pris rang depuis longtemps dans la marine royale. Duguai- Trouin promettait d’égaler bientôt Jean Bart. Cette année-là, avec cinq frégates ou vaisseaux de rang inférieur, il attaqua et prit trois vaisseaux de guerre hollandais et douze riches navires marchands qu’ils escortaient. Le chef d’escadre Nesmond fit pour 10 millions de prises sur les Hollandais en un seul coup de main. Cette guerre de course, si avantageuse, venait d’être rendue plus loyale par une ordonnance qui lui enlevait tout ce qui pouvait conserver chez elle quelque trace de piraterie. Cette ordonnance, qui honore le gouvernement de Louis XIV, enjoignait aux bâtiments français d’arborer le pavillon national avant de tirer le premier coup de canon (17 mars 1696). Les autres nations acceptèrent successivement cette règle comme partie du droit des gens ‘.
1. Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 260.— L. Guérin, t. II, p. 98-105. —- Quinci, t. II, p. 268-283.
Les Impériaux avaient encore été malheureux en Hongrie dans cette campagne. Le nouvel électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, qui s'était mis à la tête de l’armée impériale, avait été battu par le sultan Mustapha et obligé de lever le siége de Temesvar (26 août). Le sultan n’avait pas réussi néanmoins à pénétrer en Transylvanie et, par compensation de l'échec de Temesvar, l’empereur avait obtenu des Russes une alliance plus étroite et une diversion efficace. Le jeune tzar Pierre Alexiowitz, qui régnait depuis plusieurs années conjointement avec son frère Ivan, se trouvait seul possesseur du pouvoir suprême par la mort d'Ivan, arrivée en janvier 1696. Sa première opération fut d'enlever aux Tatares, vassaux des Turcs, la ville d’Azof, qui donna aux Russes l'embouchure du Don et la mer d’Azof et leur prépara l'ouverture de la mer Noire. Jean Sobieski mourut sur ces entrefaites (17 juin). Pierre-le-Grand s'élève au moment où Sobieski disparaît, sombre présage pour la Pologne et pour l’Europe.
Ces événements lointains à part, la campagne de 1696 avait été à peu près nulle en résultats militaires, mais importante en résultats diplomatiques. La défection du duc de Savoie, chèrement achetée, il est vrai, avait couvert une des frontières de la France et rendu disponible une de ses armées. Louis XIV, en même temps qu'il devenait plus fort, s'était montré de plus en plus pacifique et, dans le cours de l'été, il avait signifié aux alliés, par un agent qu’il avait depuis quelque temps à La Haie, « qu'il étoit prêt à remettre toute choses en état » selon les traités de Westphalie et de Nimègue, les alliés conservant en sus le droit d'exposer leurs prétentions et leurs réclamations. C'était ce qu'avait réclamé Guillaume IT lors des premiers pourparlers en 1694. Louis ne faisait de réserves que pour Luxembourg et pour les dix villes et les seigneuries d'Alsace ; il consentait à rendre Strasbourg ou un équivalent, au choix de l’empereur ; équivalent qui ne pouvait être que Freybourg et Brisach. Ceci était calculé habilement pour diviser l’empereur et l’Empire, le roi espérant que l’empereur aimerait mieux voir Freybourg et Brisach rentrer dans le domaine de sa famille, que Strasbourg redevenir ville libre et impériale ‘. La Hollande, si cruellement