‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 129 sur 341 · TRAITÉ AVEC LE PIÉMONT · texte numérisé non relu

TRAITÉ AVEC LE PIÉMONT

pourra faire dans le Milanaiïs 11 appartiendront. Le roi, pendant la guerre, lui paiera un subside de 100,000 écus par mois '.

Le duc de Savoie gagnait ainsi à ses défaites ce qu’il eût pu espérer d’une guerre heureuse. Louis XIV, lui, pour avoir souffert que Louvois poussât à bout ce faible voisin, perdait, nonseulement Casal, sa conquête, mais la clef de l'Italie, la vieille conquête de Richelieu, ce Pignerol que la France tenait depuis trois quarts de siècle et qu’elle eût dû conserver tant qu’une autre puissance étrangère gardait un pouce de terrain dans la Péninsule. Et l’on regarda encore ce traité comme une victoire!

Quelques difficultés retardèrent la ratification jusqu’au 29 juin. Le pacte secret ratifié, Catinat, ainsi qu’on en était convenu, proposa ostensiblement au duc, de la part du roi, ce qui était déjà tout conclu. Victor-Amédée communiqua les propositions aux généraux de l’empereur et de l'Espagne , ses auxiliaires, et leur déclara qu’il ne pouvait laisser plus longtemps désoler ses états ni refuser Pignerol, mais protesta, avec une indignation bien jouée, contre la pensée de se joindre à la France pour attaquer ses alliés. Une trêve d’un mois fut convenue le 12 juillet, puis prorogée à la mi-septembre. L'empereur employa ce délai à tâcher de regagner Victor-Amédée par des offres magnifiques : il alla jusqu’à lui offrir le duché de Milan après la mort du roi d’Espagne et le gouvernement immédiat du Milanais comme garantie. Le duc était trop engagé et les Français trop forts aux portes de Turin. Les cabinets de Vienne et de Madrid, exaspérés de la trahison du duc, résistèrent aux instances du pape, de Venise, de toute l'Italie, et refusèrent la neutralité pour la Péninsule. Le 15 septembre, la paix fut publiée à Turin entre Louis XIV et Victor- Amédée. Le traité public ne parlait pas de lalliance offensive et défensive; mais Victor-Amédée avait dans sa poche la patente de généralissime de l’armée combinée. Les troupes austro-espagnoles s'étaient repliées sur le Milanais. Aussitôt la trêve expirée, les Français marchèrent le long du Pô jusqu'à Valenza, la meilleure place qui protégeât le Milanais. Le 17 septembre, Victor-Amédée rejoignit Catinat. Du 18 au 19, Valenza fut investie sur les deux rives du PÔ par les Franco-Piémontais. Victor-Amédée opéra sans

]. Mém. du maréchal de Tessé, t. 1°", p. 68; 1806.

scrupule et sans ménagements contre ses alliés de la veille, action contre laquelle il avait si bien protesté naguère au moment même où il venait d'en promettre l’accomplissement. La tranchée fut ouverte le 24 septembre : les généraux alliés étaient hors d'état de secourir Valenza et d'arrêter l'invasion du Milanais : ils se résignèrent à user des pouvoirs qui leur avaient été conférés pour ne s’en servir qu’à la dernière extrémité. Ils acceptèrent la neutralité de la Péninsule et s’engagèrent à faire sortir immédiatement d'Italie les troupes impériales et auxiliaires, à condition que les états italiens, le pape et Venise exceptés, payassent à l’empereur 300,000 pistoles. La France fit la concession d'abandonner Pignerol, non plus seulement à la paix générale, mais en même temps qu’elle rendait la Savoie et Nice (7 octobre)".

La frontière naturelle du sud-est, un moment conquise, fut ainsi abandonnée.

Louis XIV, l'expédition d’Angleterre manquée, s'était décidé à ne pas maintenir de grandes flottes en mer. Après que Château- Renaud eut ramené son escadre de Toulon à Brest (mi-mai), sans que les Anglo-Bataves eussent réussi à l’arrêter dans le détroit de Gibraltar, on désarma la plupart des vaisseaux, et l’on ne conserva à la voile que de petites escadres. Les alliés, au contraire, mirent en mer, au printemps, une flotte nombreuse et recommencèrent leurs tentatives contre nos côtes, sans plus de succès que par le passé : ils jetèrent des bombes dans Calais, le 18 mai; à la fin de juillet, ils reparurent en vue de Brest, qu’ils menacèrent fort inutilement : une partie de leur flotte alla bombarder Saint- Martin de Ré et les Sables d'Olonne, puis ravager quelques îlots de la côte bretonne, sans pouvoir seulement opérer de descente à Belle-Isle, ni emporter les tours de Houat et de Hédic, défendues chacune par quinze soldats. Tous les exploits des Anglais se bornèrent à couper les jarrets à des chevaux, à tuer des bœufs et à brûler des chaumières. Les bombardements maritimes, qui n’avaient que trop bien réussi aux Français contre des places telles que Gênes, mal préparées à se défendre contre un tel genre de guerre, semblaient définitivement condamnés par l'expérience, là

1. Dumont, Corps diplomatique, t. VIT, 2e partie, p. 368. — Mém, de Tessé, t. Lee, bp. 71-77, — Paix de Ryswick, t. I®', p. 130.

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