‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 132 sur 341 · Dangeau, t. II, p · texte numérisé non relu

Dangeau, t. II, p

Hollande pressèrent Léopold de ne plus susciter de difficultés préalables et d'accepter la médiation suédoise et l'ouverture des contérences. Il n’y avait plus, entre la France, l'Angleterre et la Hollande, de débats préliminaires que sur la forme dans laquelle Louis reconnaîtrait la royauté de Guillaume et sur la restitution de Luxembourg; mais les envoyés anglo-bataves déclarèrent à l’empereur qu’ils étaient persuadés que ces deux difficultés seraient levées. L'empereur n’osa mécontenter ses puissants alliés et, le 4 février, tous les ministres des puissances coalisées , l'Espagne exceptée, acceptèrent la médiation de la Suède. Le 10, l’ambassadeur français Caillères renouvela les offres faites par son maître, en y ajoutant la restitution de Luxembourg ou un équivalent, et la promesse de reconnaître le roi Guillaume sans restriction ni réserve, quand on signerait le traité. Les alliés réservèrent les indemnités qu'ils prétendaient revendiquer et réclamèrent, au delà du traité de Nimègue , la restitution des duchés de Lorraine et de Bouillon. La France refusa de sortir de ses préliminaires : elle avait déjà fait assez et trop de concessions!

Ces discusions préalables avaient eu lieu à La Haie. Il fut décidé que le congrès se tiendrait à Neubourg-Hausen, château appartenant à Guillaume IL, près du village de Ryswick, entre Delft et La Haie. Le congrès ne s’ouvrit que le 9 mai : Harlai de Bonneuil, conseiller d'état, et Verjus de Créci avaient été adjoints comme plénipotentiaires au premier négociateur français Caïillères. Les plénipotentiaires des alliés prétendirent ne remettre leurs réclamations au médiateur qu’après que les Français auraient présenté les leurs. « Nous n’avons rien à réclamer, » répliquèrent fièrement les Français ; « vos maîtres n’ont jamais rien conquis sur le « nôtre '.» L'empereur, l’Empire et l'Espagne, qui s'était décidée enfin à accepter la médiation, exhibèrent alors une foule de prétentions diverses : les plus légitimes étaient celles des princes et états du Rhin, qui réclamaient des dédommagements pour leur pays si cruellement et si injustement désolé; mais, comme ils étaient faibles, ils avaient peu de chances d’être écoutés. L’Angleterre et la Hollande ne soutinrent pas les réclamations de leurs

1. Limiers, Hist, de Louis XIV, t. V, p. 132. Cela n’était vrai qu'en Europe.

11697) CONGRÈS DE RYSWICK. 225 alliés : Guillaume IT, qui résumait ces deux nations dans sa petsonne, avait sa paix à peu près faite; Louis XIV lui avait engagé secrètement sa parole de ne rien garder de ce qu’il enlèverait à l'Espagne dans la campagne qui s’ouvrait, et Guillaume, qui voulait maintenant la paix aussi fortement qu’il avait voulu la guerre, et qui savait que l’obstination autrichienne ne céderait que sous une nécessité absolue, avait laissé entendre à Louis qu’il ne s’opposerait pas sérieusement aux opérations des Français. Louis s'était donc préparé à pousser l'Espagne avec la dernière vigueur : en même temps, il opposa un refus absolu à la prétention que manifesta l’empereur de faire régler d'avance la succession espagnole dans le congrès de Ryswick; c’est-à-dire que Louis acheva de briser la Grande Alliance, du consentement de Guillaume IH. L’Angleterre et la Hollande, le feu de leur passion antifrançaise une fois calmé , avaient compris qu’elles jouaient, dans ce pacte, un rôle de dupes au profit de l’Autriche. Ce dut être un véritable désespoir pour Léopold, qui avait compté introduire dans le droit européen la convention qui garantissait l'héritage espagnol à sa maison. La rupture de la Grande Alliance était le prix dont Guillaume payait à Louis ses vastes restitutions territoriales. Louis, reprenant ses anciennes coutumes, signifia son ultimatum, le 20 juillet, à l’empereur, à l’Empire et à l'Espagne, leur donnant jusqu’à la fin d’août pour accepter ‘.

Les opérations militaires avaient marché parallèlement aux négociations. La France avait mis sur pied de formidables armées. Les craintes de l’Allemagne n’avaient point été justifiées ; ce n’est pas sur elle qu'avait crevé l’orage, et le maréchal de Choiseul, qui commandait sur le Rhin, un peu inférieur en forces aux Impériaux du prince de Bade, ne put que les tenir en-échec dans le pays de Bade et l’Ortnau. Les grandes masses des troupes françaises s'étaient concentrées en Belgique : cent cinquante mille soldats s’y formèrent, dès le mois d'avril, en trois corps d’armée aux ordres de Villeroi, de Boufflers et de Catinat : ce dernier nom était de bon augure et compensait le premier. Le 15 mai, Catinat investit la ville d’Ath, la dernière place qui couvrît Bruxelles. Villeroi et Boufflers protégèrent le siége, dont Vauban vint diriger

1. Paix de Ryswick, t. 1°, p. 211-232; 239-412; — t. II, p. 1-233. XIV. 45

les travaux ; c'était lui-même qui avait fortifié Ath, pendant que cette ville appartenait à la France : il sut bien défaire son ouvrage. Ce fut à partir de ce siége qu’on cessa de faire avancer les batteries à mesure de l'avancement des travaux : on n’employa désormais le canon que lorsqu’on fut arrivé assez près de la place pour ne plus changer les batteries. Guillaume IIT avait environ quatrevingt-dix mille combattants à mettre en ligne; il ne les hasarda point pour sauver Ath, qui capitula dès le 7 juin : il se contenta de protéger Bruxelles. Les trois maréchaux ne l’attaquèrent point : les armées restèrent en présence fort paisiblement au cœur du Brabant, et les dernières difficultés qui subsistaient entre Guillaume et Louis furent levées dans de mystérieuses conférences provoquées par Guillaume et tenues de la fin de juin au commencement d'août, non point entre les plénipotentiaires officiels à Ryswick, mais à Hall, entre le maréchal de Boufflers et Bentinck, comte de Portland, le plus intime confident de Guillaume. On crut généralement que les éventualités de la succession d’Espagne avaient été débattues dans ces entrevues; c'était une erreur : la correspondance des deux rois et de leurs ministres établit qu’il ne fut question que de ce qui regardait Louis, Jacques et Guillaume. Guillaume prétendait que Jacques IT sortit de Saint-Germain, trop rapproché de l’Angleterre : Louis s’y refusa. Louis demandait une amnistie, avec restitution de biens, pour les jacobites émigrés : Guillaume n’y voulut point entendre. Louis voulait que Guillaume, en recouvrant sa principauté d'Orange, s’engageât à n’y point donner asile aux protestants français : Guillaume consentit, après quelque résistance. Louis promit formellement de n’encourager dorenavant d’une façon directe ni indirecte aucune tentative contre l’ordre de choses existant en Angleterre. Guillaume ne voulut point promettre le paiement du douaire de la reine, femme de Jacques IL, à moins qu’elle ne se retirât avec son époux à Avignon ou en Italie. Il ne fut pas question , comme on l’a souvent répété, d’une transaction qui eût fait du fils de Jac-

1. V. la correspondance de Louis XIV avec Boufflers et celle de Guillaume III avee Portland, etc., publiée en anglais par M. Grimblot, sous ce titre : Letters of Wülliam IIT and Louis XIV and of their mänisters, ete.; London, 1848, 2 vol. in-8. —

Mac-Aulay, Guillaume II, t. I], ch, 3. — Mém. de Torci. — Mém. de Berwick. — Stuarts papers.

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