PAIX DE RYSWICK
rendait Bitsche et Hombourg démantelés, sans qu’on püût les rétablir, et gardait Longwi en échange d’un domaine de pareille valeur dans un des Trois-Évêchés; enfin, il ne réclamait plus, comme à Nimègue, quatre grandes routes stratégiques à travers la Lorraine et se contentait que le passage fût toujours ouvert à ses troupes. La maison de Lorraine fut ainsi rétablie dans ses états après vingt-sept ans d’exil. L'empereur, de son côté, rendit au cardinal de Fürstenberg, évêque de Strasbourg, et à ses parents et amis, tous leurs droits, biens et honneurs, le prince Clément de Bavière demeurant en possession de l’éiectorat de Cologne. L’électeur palatin s’obligea de payer à la duchesse d'Orléans 200,000 fr. par an pour ses droits héréditaires, en attendant que le pape eût prononcé comme arbitre sur le fond de la question.
Les princes et états protestants, ne pouvant lutter seuls contre la France, finirent par se résigner au rétablissement du culte catholique dans les lieux restitués, maïs en gardèrent longue rancune à l’empereur ‘.
Ainsi se termina cette vaste guerre, dans laquelle les deux partis avaient déployé, sur terre et sur mer, des forces incomparablement plus grandes que toutes celles qu'avait jamais vues en mouvement l’Europe moderne : les armées prenaient des proportions effrayantes; la France, pour tenir tête à la coalition, avait presque doublé son état militaire depuis la Guerre de Hollande ?. Le résultat de ces gigantesques efforts avait été pour elle une gloire stérile : seule contre l’Europe presque entière, elle avait continué de vaincre; mais elle avait vaincu sans accroître sa puissance. Pour la première fois, au contraire, depuis l’avénement de Richelieu, elle avait reperdu du terrain et reculé dans l’œuvre de son complément territorial. Elle se retrouvait, en 1697, fort en decà de 1684, et retournée aux limites de 1678, si ce n’est qu’elle avait acquis une grande position défensive, Strasbourg, en échange de positions offensives, ce qui était un avantage pour la vraie politique.