PAIX DE RYSWICK
livrée, sans aucune protection, à une concurrence écrasante.
Les Anglais signèrent immédiatement après. Leur traité obligeait Louis XIV à n’assister directement ni indirectement aucun des ennemis du roi de la Grande-Bretagne, et à ne favoriser en aucune manière les cabales, menées secrètes et rebellions qui pourraient survenir en Angleterre. Le commerce entre les deux nations fut rétabli aux conditions antérieures. On se rendit réciproquement ce qu’on s'était pris en Amérique ‘. La France recouvra la moitié de l’île Saint-Christophe; les Anglais purent relever leurs établissements de Terre-Neuve.
Un troisième traité fut signé, dans la même nuit, entre la France et l'Espagne. La France faisait, sans compensation, des restitutions immenses : c’étaient la moitié de la Catalogne, la ville et duché de Luxembourg et comté de Chini, Charleroi, Mons, Ath, Courtrai, avec leurs dépendances, et les dépendances de Namur ; enfin Dinant; cette dernière place rendue à l’évéché de Liége?.
Aux trois traités était annexé un article séparé par lequel la France accordait à l’empereur et à l’Empire un nouveau délai jusqu’au {°° novembre pour accepter l’ultimatum. Une suspension d'armes fut en même temps convenue. L’empereur sentit l’inutilité de prolonger la lutte, puisque l'Espagne avait cédé et que la question de la succession espagnole était écartée. Laisser expirer le dernier délai, c'était se faire retirer pour le moins Freybourg et Brisach. Après avoir chicané le terrain sans grand succès jusqu’à la fin de la trêve, le 30 octobre, les plénipotentiaires de l’empereur et de l’Empire se déclarèrent prêts à signer. Les Français présentèrent alors une nouvelle elause portant que, dans tous les lieux qui seraient rendus à l’Empire, la religion demeurerait en l’état où elle se trouvait présentement, c’est-à-dire que l’exercice du culte
1. Le traité stipulait la restitution du fort Bourbon ou Nelson et des autres lieux de la baie d'Hudson enlevés par les Anglais aux Français : cet article fut inutile; au moment où l’on signait le traité, le brave Canadien d’Iberville venait de reprendre le fort Bourbon, après avoir soutenu dans la baie un des plus beaux combats de nos annales maritimes. Avec un seul vaisseau de 50 canons, il avait coulé un vaisseau anglais de 52, pris une frégate de 32 et mis en fuite une autre frégate d’égale force (septembre 1697). Il avait, l’année précédente, de concert avec Brouillan, commandant des postes français de Terre-Neuve, détruit le bourg et le fort de Saint-Jean, principal établissement des Anglais dans cette grande île,
2, Actes de la paix de Ryswick, t. TI. p. 162-281.
catholique serait maintenu là où les Français l’avaient établi. Les protestants allemands, soutenus par le médiateur suédois, déclarèrent que c'était là une violation du traité de Westphalie et refusèrent de signer. Les plénipotentiaires de l’empereur et des princes catholiques signèrent; les représentants de quelques princes et villes protestantes voisines du Rhin cédèrent à la peur des armes françaises et suivirent cet exemple. Six semaines furent accordées aux autres protestants pour donner leur signature.
Par le traité du 30 octobre, la France rendait tous les lieux situés hors de l’Alsace qui avaient été occupés tant par ses armes durant la présente guerre, qu'auparavant par voie d’union et de réunion, le roi cassant tous les décrets, arrêts et déclarations faits et publiés sur ce sujet par les chambres de Metz et de Besançon et par le conseil de Brisach. Les restitutions et cessions comprenaient Trèves, Germersheim, Deux-Ponts, Veldentz, Montbéliard, Kehl, Freybourg, Brisach!, Philipshbourg, l’empereur et l'Empire cédant en échange Strasbourg au roi de France en toute souveraineté. La France s’obligeait à démolir toutes les fortifications qu’elle avait élevées sur la rive droite du Rhin et à rendre les terrains aux anciens possesseurs; de plus, à raser les fortifications qu’elle avait faites à Trarbach et Mont-Royal, sur la Moselle, et à Kirnbourg , sur la Nahe, l’Empire rasant, de son côté, la tête du pont de Philipshourg et les fortifications construites par les Français à Ebernbourg, sur la Nahe. Louis XIV avait consenti à se relâcher un peu de la rigueur du traité de Nimègue vis-à-vis de l'héritier du duché de Lorraine, neveu de l’empereur par sa mère; il rendait au jeune duc Léopold son héritage dans l’état où Charles IV l'avait possédé avant la conquête française de 1670, c’est-à-dire qu'il rendait Nanci, mais en laissant seulement subsister les remparts de la Vieille-Ville et en rasant tout le reste’ des fortifications sans qu'on püt les rétablir, il gardait Marsal, place intérieure propre à tenir la Lorraine en bride, et de plus Sarre-Louis, place frontière qui séparait la Lorraine des provinces germaniques; il
1. Louis XIV s'engager, même, en cédant Brisach, à faire démolir la Ville-Neuve Ou Neuf-Brisach, bâtie sur la rive gauche du Rhin en face le Vieux-Brisach, avec le fort de l'ile du Rhin, entre les deux villes. La France garda seulement, sur la rive gauche, le fort appelé le Mortier.