‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 170 sur 341 · Hist. de Bossuet, à. III, p · texte numérisé non relu

Hist. de Bossuet, à. III, p

voulu s’enrôler avec les jésuites contre les jansénistes. Il s'était dévoué tout entier à l’étude des livres sacrés ; historien et non métaphysicien, il ne discutait pas les principes, mais les traditions; la religion était pour lui chose de fait, mais il voulait atteindre les faits dans leur source même. Après divers travaux déjà éminents, étant encore membre de l’Oratoire, il avait mis sous presse, en 1678, l'Histoire critique du Vieux Testament. Le censeur royal et le général de l’Oratoire avaient autorisé l’impression, quand Arnaud dénonça l’ouvrage à Bossuet comme rempli de pernicieuses nouveautés. Richard Simon, tout en combattant les assertions de Spinoza sur la Bible, accordait que les livres saints n’émanaient pas entièrement des auteurs auxquels on les attribuait; par exemple, que le Pentateuque n’était pas tout entier de Moïse; mais il soutenait que cela était indifférent à la foi, les rédacteurs des livres de l'Ancien Testament ayant été des scribes publics divinement inspirés de génération en génération, c’est-àdire que ceux qui avaient apporté postérieurement des additions, des modifications quelconques aux anciens textes, avaient été tout aussi inspirés que les auteurs primitifs. C'était faire une retraite de génie devant l’attaque de Spinoza et se transporter sur le seul terrain où l’on pût défendre la divinité de l’Écriture, car il devenait impossible de soutenir l’opinion vulgaire contre les progrès de la critique. Bossuet ne voulut pas le comprendre; sa haine pour toute innovation l’emporta, et l’on ne peut d’ailleurs s’étonner qu’il se soit heurté à certaines propositions de Richard Simon. Ainsi, le critique avance qu’il n’est pas sûr, comme font les protestants, de ne chercher la vérité que dans des livres qui ont subi tant de changements et qui ont dépendu à tant d’égards des copistes (non inspirés, ceux-là), et que la religion ne peut être assurée presque en toutes choses que par la tradition conservée et interprétée par l’Église. Traduire l’Écriture, ajoute-t-il, est presque impossible : l’Écriture n’est nullement claire par elle-même, comme le prétendent les protestants ‘. Ces assertions favorisaient sans doute le catholicisme contre la Réforme, mais ébranlaient l'autorité des textes, que Simon avait paru d’abord affermir par

1. V. la Préface de l'Histoire critique du Vieux Testament ; la bonne édition est celle de 1685.

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