MADAME DE MAINTENON
fé par lurne, Paris
f1684] LE ROI EPOUSE MAINTENON. 35
uresses. À la grande surprise de la cour, il persista dans sa conversion après la mort de Marie-Thérèse; mais on ne tarda pas à soupçonner que, s’il ne se laissait pas enlacer de nouveau dans des liaisons galantes, c’est qu’il avait renoué en secret des liens légitimes. On ne se trompait pas. Dans le courant de 1684 (la date précise est inconnue), une messe de mariage fut célébrée de nuit dans un oratoire de Versailles : les témoins étaient un gentilhomme appelé Montchevreuil et un des valets de chambre du roi, Bontemps; l’officiant était le père La Chaise : la bénédiction nuptiale fut donnée par le diocésain, l'archevêque de Paris, Harlai; les mariés étaient le roi de France et la veuve de Scarron ! !
Telle fut l'issue des singulières relations de Louis XIV avec madame de Maintenon. Il avait alors quarante-six à quarante-sept ans; elle, bien près de cinquante. La vertu de madame de Maintenon était de celles qui, sans oublier les récompenses célestes, savent bien s'assurer une première récompense sur la terre.
Nul esprit impartial ne saurait, du reste, trouver dans cette union, si étrange qu’elle ait pu paraître, un sujet de blâme envers Louis XIV. Louis ne voulait pas refaire de nouvelle reine en épousant une princesse étrangère, ni donner le jour à de nouveaux fils de France, maintenant que la continuité de sa race était garantie par deux petits-fils. Il savait que la multiplication des princes du sang était un fâcheux présent à faire à la France. Il voulait cependant une femme légitime. Il avait auprès de lui une personne dont la société était devenue son plus grand plaisir et comme une nécessité de sa vie : l’âge de cette femme était une garantie contre les complications qu’eût pu causer la naissance d’enfants d’état incertain. Il contracta donc avec elle un mariage de conscience, sans acte authentique et sans effet civil. C'était, après tout, moins une faiblesse qu’une victoire sur les préjugés. Il est équitable de juger le fait en lui-même et non par les conséquences qu’on lui attribue.
Tout le monde, cependant, n’en jugea pas ainsi. Peu avant l’accomplissement de ce mariage, Louis XIV ayant comniuniqué son projet à Louvois, alors au plus haut point de la faveur, le
1. Noailles, Histoire de madame de Maintenon, t. II, chap. 117-101,
ministre se jeta aux pieds du roi et le conjura, les larmes aux yeux, de ne pas se déshonorer en épousant la veuve de Scarron. Louis pardonna cette incartade à un serviteur qui lui était nécessaire et qui ne l'avait offensé que par zèle pour sa gloire; mais madame de Maintenon, à qui le roi’n’eut pas la discrétion de taire cette scène, ne pardonna pas et passa du côté de Seignelai contre Louvois. Elle fut certainement pour beaucoup dans les progrès que fit Seignelai auprès du roi et dans l’espèce d'équilibre qui s’opéra entre ce jeune ministre et son rival.
Ainsi établie dans une position inébranlable, madame de Maintenon accrut son influence déjà si grande et l’exerça d’une manière presque insensible, mais presque universelle, sans jamais s'imposer ni intervenir directement dans les affaires, ce que Louis n’eût pas toléré, et sans jamais se heurter à ce qui était chez Louis parti pris ou penchant décidé, ce qui eût été inutile, ou ce qui, tout au moins, l’eût exposée à des chocs dangereux. Par goût d'économie et désir de soulager le peuple, elle eût voulu qu’on réduisit les dépenses des bâtiments et le faste de la cour; elle n’osa jamais insister à ce sujet; par esprit de modération et de prudence, elle souhaitait détourner le roi des idées d’agrandissement et de conquête; sur ce point, elle fut plus hardie?; mais, malheureusement, elle ne détourna Louis de la guerre pour quelque temps qu’en le poussant vers quelque chose de pis que la guerre. Elle ne trouva pas d’abord, en cette occasion, autant d’opposition qu’on eût pu le croire chez Louvois, qui ne se montra pas contraire à la trêve de Ratisbonne. Louvois avait à présent, pour se maintenir près du roï, deux autres points d’appui que la
1. Mém. de Choisi, liv. vir. —Saint-Simon prétend que la scène du roi et de Louvois se renouvela plusieurs années après; que, le ‘roi ayant eu la faiblesse de promettre à madame de Maintenon qu’il déclareroit son mariage, Louvois tira son épée en priant le roi de le tuer plutôt que de le forcer à voir une telle infamie. Louis, ému et troublé, aurait alors donné sa parole de ne jamais faire cette déclaration. Saint-Simon veut que madame de Maintenon ait visé, non-seulement à faire connaître publiquement ses liens avec le roi, mais à se faire déclarer reine. Le jugement de madame de Maintenon était trop solide, et son ambition trop prudente, trop dépourvue d’emportement et de vanité, pour que cette assertion soit vraisemblable. Elle désira sans doute que sa position fût moins équivoque et que son mariage recôt l’authenticité qu'ont en Allemagne les alliances morganatiques des princes; elle ne put pas même l'obtenir et ne porta probablement pas ses espérances plus loin.