JACQUES II ET JEFFREYS
quelques milliers d'hommes dans les comtés du sud-ouest, pril, le titre de roi malgré ses engagements, perdit la bataille de Sedgemoor le 15 juillet, fut arrêté dans sa fuite et décapité le 24. Son allié Argyle avait eu le même sort trois semaines auparavant. Les parlements d’Angleterre et d'Écosse avaient soutenu le roi par des subsides extraordinaires et des mesures énergiques. Les capitaines et les magistrats de Jacques IT châtièrent les fauteurs réels ou supposés de la rébellion avec une barbarie qui a voué à une affreuse célébrité les noms des Kirke et des Jeffreys, Des femmes qui étaient l’objet du respect de tous furent brülées vives pour avoir donné asile à des proscrits. Les misérables agents de Jacques II n'avaient pas même l’excuse du fanatisme et joignaient à leur férocité la cupidité la plus basse. Le grand-juge Jeffreys est resté dans l’histoire l’idéal du mauvais juge. Son maître, digne de lui, le fit lord-chancelier en récompense d’actes qui méritaient mille morts.
Il semblait que Jacques If, menacé par ses proches, dévoué aux projets les plus périlleux, dût s'appuyer sans réserve sur le roi de France. Il n’en fut pas ainsi, et Louis XIV, qui s’était hâté, à l’avénement de Jacques, de lui envoyer 500,000 livres pour aider à ses premiers besoins, puis quelque autre somme destinée à corrompre les députés, ne voulut pas lui promettre le rétablissement de la pension qu'avait eue son frère, sans être assuré de ses bonnes intentions. Il avait été informé que Jacques, tout en exprimant sa reconnaissance en vassal plus qu’en souverain, avait bien accueilli les protestations du prince d'Orange contre Monmouth et négociait avec les États-Généraux. En effet, le traité | défensif de mars 1678, entre l’Angleterre et les Provinces-Unies, fut renouvelé le 17 août 1685. Jacques, en même temps qu'il travaillait à opérer dans son royaume une contre-révolution insensée, impossible, eut à diverses reprises des velléités d’indépendance vis-à-vis de l’étranger. Le peu qu’il gardait de bons sentiments devait concourir à sa perte ‘.
1. V. Mac-Aulay, Histoire d'Angleterre depuis l'avénement de Jacques IT, chap. 1v-v. A partir de l'époque où commence cet excellent ouvrage, il n’y a plus d’autre guide à chercher pour les affaires d'Angleterre. Il faut seulement faire quelques réserves sur ce qui regarde la France.
Il s'arrêta, néanmoins, dans la route où il avait mis le pied quant à la politique extérieure; il refusa de renouveler avec l'Espagne le traité de 1680, que son frère n'avait point exécuté, ainsi que d'accepter aucune proposition qui pût l'induire à une guerre contre la France (novembre-décembre 1685), et il se donna tout entier aux affaires intérieures. Il ouvrit la seconde session de son parlement avec le triple dessein de s'assurer une bonne armée permanente et de faire abolir la loi du test, qui excluait des emplois quiconque n’adhérait point à l’église anglicane, et la loi de l’habeas corpus, garantie de la liberté individuelle (novembre 1685). Ce fut là que l'opposition, si abattue depuis quelques années, commença de relever la tête. Louis XIV encouragea énergiquement Jacques IT et autorisa son ambassadeur à aider ce prince de deux millions en cas de révolte. Les héritiers de Philippe II et de Ferdinand II, l'Espagne et l'Autriche, et le pape même, par hostilité contre le roi de France, conseillèrent au contraire la modération au monarque anglais. Les rôles étaient complétement renversés en Europe.
L'entreprise pour laquelle Jacques IT allait jouer son trône coïncidait avec celle qui devait porter, par les mains de Louis le Grand, un coup siterrible à la vraie gloire et aux vrais intérêts de la France. Si les moyens étaient très-différents, comme les situations, le but était le même, le triomphe du catholicisme. En Angleterre, où le catholicisme était opprimé, il fallait d’abord lui conquérir le droit de vivre, l'égalité avec le culte établi, sauf à poursuivre plus tard la domination ; en France, où il était prépondérant, le temps semblait venu d’anéantir devant lui toute dissidence : l’œuvre de destruction du protestantisme touchait à sa catastrophe.
Un événement extraordinaire et mystérieux, survenu dans la vie intime de Louis XIV, dut contribuer à précipiter plus rapidement le Grand Roi sur cette pente. La reine Marie-Thérèse avait terminé, le 30 juillet 1683, une existence qui n’a laissé de souvenirs que par le contraste de cette nature passive, simple et naïve usqu'à la rusticité, avec toutes les étincelantes figures de femmes qui entouraient Louis le Grand. Louis vivait exemplairement,
epuis quelque temps, avec la reine et avait renoncé aux mat-
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