La Torre, t. Il, p
364 LOUIS XIV. [1700] Milan, agit de même, malgré d’étroites et anciennes relations avec l'empereur et avec Guillaume III.
Philippe V partit de Versailles le 4 décembre, emportant les avis écrits de son aïeul sur son nouveau métier de roi‘ et l’assurance de conserver ses droits de successibilité en France pour lui et ses hoirs. Louis XIV avait exprimé sa volonté à ce sujet dans des lettres-patentes qui furent enregistrées au parlement le {°° février suivant. En ne rappelant pas, dans ces lettres, que Philippe, s’il était appelé au trône de France, devrait choisir entre ce trône et celui d'Espagne, Louis eut le tort très-grave de réveiller les craintes relatives à l’union des deux couronnes sur une seule tête.
« Mon fils, » dit le roi de France en embrassant pour la dernière fois le roi d’Espagne, il n’y a plus de Pyrénées ?! Cette grande parole, si elle est authentique, ne perrget pas d’accuser Louis XIV de n’avoir pensé qu’à sa famille en acceptant le testament de Charles IT : il voyait la France appuyée désormais sur l'Espagne au lieu d’en être menacée par derrière; il voyait la pensée de Henri IV et de Richelieu accomplie par d’autres moyens et sous une autre forme, la maison d'Autriche abattue, l’Europe méridionale et l'Amérique faisant corps avec la France par une étroite alliance.
Philippe V passa la Bidassoa le 22 janvier 1701 et fit son entrée à Madrid le 18 février. L'accueil du peuple au roi français attesta, du moins en ce qui regardait la Castille, l'oubli des longues querelles qui avaient divisé la France et l'Espagne, et la renaissance de la vieille amitié qui unissait les deux nations au moyen âge.
D’heureuses nouvelles arrivaient chaque jour des Deux-Mondes au nouveau monarque. Après Milan, Naples, la Sicile et la Sardaigne; après l’Europe, l'Amérique et les possessions plus lointaines encore des archipels d’Asie, toute la monarchie, enfin, se
1. On y remarque le conseil de ne pas épouser une Autrichienne; de n'avoir de guerre que s'il y est forcé; de tâcher de n’employer que des Espagnols dans les grands gouvernements, et de tenir les Français dans l’ordre en Espagne. V. Mémoire remis par Louis XIV à son petit-fils, ete., ap. OEuvres de Louis XIV, t. II, p. 460.
2. Voyez les lettres patentes dans La Torre, t. Il, p. 298. — Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxvir. — Le mot : 1! n'y « plus de Pyrénées, ne se trouve pas dans les Mémoires antérieurs à Voltaire.