‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 215 sur 341 · ROYAUME DE PRUSSE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE PRUSSE

précédente, bouleversé par une lutte où la valeur balançait le nombre et où un héros de dix-huit ans, le roi de Suède Charles XII, chassait victorieusement devant lui le tzar de Russie et le roi de Pologne. Une guerre bien plus vaste encore allait à embraser le reste de l’Europe. Ni la prise de possession de l’héritage espagnol par le petit-fils de Louis XIV, ni même sa reconnaissance en qualité de roi d'Espagne par la plupart des gouvernements, ne résolvait la question européenne. L'empereur était décidé à une lutte à outrance pour reconquérir ce qu’il nommait l’héritage de sa maison. Il avait toujours conservé, dans les situations les plus critiques, une foi obstinée et superstitieuse dans la fortune de la maison d'Autriche, et cette foi avait maintenant un fondement plus solide que des rêveries astrologiques, c’est-à-dire le génie d’un grand homme de guerre, d’Eugène de Savoie, qui avait achevé de se révéler dans les dernières campagnes contre les Turcs. Ce n’eût point été assez toutefois pour s'attaquer sans témérité au colosse bourbonien, si Léopold ne se fût estimé assuré de puissants appuis; mais il ne doutait pas d’entraîner promptement dans sa querelle l’Angleterre, la Hollande et la diète germanique. Déjà plusieurs princes allemands lui étaient engagés ; il avait gagné le duc de Hanovre par un bonnet d’électeur et un prince plus puissant, l'électeur de Brandebourg, par une couronne royale. Par un traité du 16 novembre 1700, l’empereur avait consenti à l'érection de la Prusse ducale en royaume, à condition que le nouveau roi lui fournit un secours de dix mille soldats. L’électeur Frédéric IT apprit cette grande nouvelle à ses courtisans à la fin d’un repas, en buvant à la santé de Frédéric Ie, roi de Prusse; puis il se fit proclamer roi à Kænigsberg le 15 janvier 1701. Le chef de la maison de Brandebourg parvint donc à la royauté peu après le chef de la maison de Saxe, mais cette couronne était héréditaire et non élective comme celle d’Auguste de Saxe, et la grandeur des Brandebourg, mieux préparée, devait être mieux soutenue et plus durable. L’Autriche se préparait une redoutable rivale ‘ !

1. Le pape protesta contre cette nouvelle royauté, non pas seulement parce que la Prusse ducale avait été autrefois enlevée à un ordre religieux, aux chers teutoniques, mais parce que «il n’appartient qu’au Saint-Siége de faire des rois! »

L'empereur, qui n’avait pas licencié ses troupes depuis la paix avec les Turcs, était armé : la Hollande l’était à demi ; l'Angleterre ne l'était pas du tout; aussi Guillaume IIT, après le premier mouvement de colère que lui causa l'acceptation du testament de Charles IT et qu'il exprima, dit-on, par un mot piquant, à l’ambassadeur de France ', jugea-t-il nécessaire de louvoyer et de laisser espérer la paix à Louis XIV. Il mit à profit le temps qu’il gagnait de la sorte : la chambre des communes lui avait causé de grands embarras dans les dernières sessions; il déclara le parlement dissous (29 décembre 1700) et en convoqua, pour le 6 février 1701, un autre qu'il se flatta de trouver plus docile. Le 20 janvier 1701, son résident et celui des Etats-Généraux à Copenhague signèrent avec le Danemark un traité qui mettait 12,000 hommes de troupes danoises à la solde de l’Angleterre et de la Hollande : des pactes analogues furent négociés avec le Palatinat, le Brandebourg, le Hanovre, la Hesse-Cassel, etc.

C'était entre la France et la Hollande que le débat devait s’engager tout d’abord : il y avait là non pas seulement une question générale d'équilibre européen, mais une question spéciale et immédiate de frontières. À la première nouvelle de l'acceptation du testament, les Etats- Généraux avaient adressé à Louis XIV un mémoire où ils le priaient de se rappeler les engagements qu’il avait contractés avec eux pour le maintien de la paix de l’Europe, « qui allait sans doute être troublée.…, à moins qu’on ne donnât à « l’empereur quelque satisfaction juste et raisonnable ?. » La politique indiquée dans ce mémoire était celle à laquelle s’arrêta Guillaume TI. Le testament de Charles IT et la soumission de toute la monarchie espagnole au successeur désigné par le feu roi avaient fait une situation nouvelle dont il fallait bien tenir compte. Guillaume et les hommes d'état qu’il avait associés à ses Lamberti, Mém. pour servir à l'hist. du xvire siècle, t. Ier, p. 383, in-do; La Haie, 1724, Ces Mémoires, fort utiles, forment une espèce d'histoire diplomatique où sont intercalées les pièces.

1, Comme l'ambassadeur Tallard voulait persuader à Guillaume que le choix fait par Charles IT était le seul moyen de maintenir l'équilibre de l'Europe : — Monsieur, dit Guillaume, je vous prie de ne vous fatiguer pas tant pour justifier la conduite de votre maître : le Roi Très-Chrétien ne pouvait pas se démentir; il a agi à son

ordinaire. La Torre, t. II, p. 250, 2. La Torre, t. II, p. 216.

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