NÉGOCIATIONS
vues en Angleterre et en Hollande comprirent qu’on ne pouvait plus réclamer sérieusement le traité. de partage tel qu'il était, et visèrent à en retourner, pour ainsi dire, les dispositions, c’est-àdire à faire donner l'Italie à l’archiduc Charles, à faire occuper la Belgique par les Hollandais et les Anglais, et à obtenir que le gouvernement bourbonien d’Espagne n’accordât dans les Indes aux Français aucun privilége commercial refusé aux autres nations ‘. Cette transaction était, en majeure partie, celle à laquelle devait aboutir la guerre après bien des années de calamités! Mais il était impossible d’y arriver de prime abord; Louis XIV, Guillaume ne l’ignorait pas, était engagé d'honneur à entamer, sinon à pousser jusqu’au bout la lutte pour défendre l'impossible intégrité de la monarchie espagnole.
Le 4 décembre 1700, l'ambassadeur de France à La Haie présenta aux États-Généraux la réponse du roi : le mémoire français, bien raisonné, mais trop superbe dans la forme (on y exhortait les Etats-Généraux à tâcher de mériter la continuation des bontès et de la protection du roi), justifiait l'acceptation du testament sur le refus fait par l’empereur d’accepter le traité de partage et sur la certitude que la succession, si on l’eût refusée à Paris, eût été immédiatement acceptée à Vienne ?. Le roi rejetait bien loin toute idée de partage. Les Etats-Généraux ne répliquèrent que le 15 janvier. Ils proposaient une conférence pour aviser au maintien de la paix générale et de leur sûreté particulière, mais ne s’expliquaient pas sur l’avénement de Philippe V. La position était singulière. Les Hollandais, en vertu de leurs traités avec l'Espagne, tenaient garnison dans un grand nombre de places belges, c’està-dire dans des places appartenant à un roi dont ils ne reconnaissaient pas le titre. Cet état de choses ne pouvait se prolonger. Louis XIV n’avait le choix qu'entre deux partis : ou gagner les Hollandais en leur accordant la pleine possession militaire des places qu’ils regardaient comme leur barrière, ou les mettre hors de ces places au plus vite. Louis eüt-il réussi à obtenir leur neutralité en leur octroyant la barrière et en leur donnant des garan-
1. Cette année même (août 1701), le triste privilége de la Traite des Noirs, dans les colonies espagnoles, fut accordé à une compagnie française. 2. La Torre, t. Il, p. 216 et 247.
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ties contre tout monopole français en Amérique? Cela est fort douteux : c'était assez pour les intérêts de la Hollande; mais ce n’était pas assez pour le système politique de Guillaume, qui eût bien su empêcher les Hollandais de s’isoler. Louis prit le second parti. Les dispositions furent concertées avec l'électeur de Bavière, zouverneur de Belgique, qui se montrait disposé à s’atiacher sans réserve à la cause franco-espagnole. Dans la nuit du 5 au 6 février, des troupes françaises furent introduites par les gouverneurs espagnols dans toutes les places où se trouvaient des garnisons hollandaises. L’ambassadeur d’Espagne à La Haie signifia aux Etats- Généraux que l’appel des auviliaires français avait été motivé par les armements menaçants des Provinces-Unies et par leur retard à reconnaître Philippe V. Les États-Généraux craignirent quelque chose de pis. Leurs troupes n’avaient été l’objet d’aucunes violences; mais elles furent quelques jours retenues dans les places belges, comme si l’on eût eu dessein de ‘les garder prisonnières. Les conseils ne manquèrent point dans ce sens à Louis XIV : on le pressa de saisir l’occasion d'imposer la loi à la Hollande. Louis ne voulut pas commettre une violation du droit des gens, qui, outre ce qu’elle avait d’odieux, eût profondément blessé un allié utile, l'électeur de Bavière. Ce prince considérait son honneur comme engagé à renvoyer sauves et libres les troupes que lui avaient confiées les États-Généraux. Les garnisons hollandaises eurent donc la liberté de retourner dans leur pays; mais, en même temps, Louis XIV pressa vivement les États-Généraux de s’expliquer. Les États se décidèrent à reconnaître le roi d’Espagne, en répétant qu'ils étaient prêts à négocier pour la paix européenne et pour leur sûreté particulière, mais de concert avec l’Angleterre (22 février). Ils demandaient provisoirement que les Français évacuassent les Pays-Bas Catholiques ainsi qu’avaient fait les Hollandais. Louis XIV promit de retirer ses troupes dès que la Hollande aurait cessé ses armements (5 mars). C'était là une sorte de cercle vicieux. Déjà les États-Généraux avaient requis le gouvernement anglais d’apprèter éventuellement les secours promis par le pacte défensif de 1677, resté en vigueur entre les deux puissances maritimes (2 mars).
Le nouveau parlement anglais s'était ouvert en février. Guil-