DRAGONNADES
cents personnes en deux mois (février-avril 1685). Ce fut alors qu'il réclama l'assistance de l’armée pour achever l’œuvre, en promettant « de tenir la main à ce que les soldats ne fissent au- « cune violence‘. » Ceci était pour rassurer la conscience du roi, Les troupes furent donc concentrées dans les villes et bourgs remplis de religionnaires; les cinq derniers temples conservés eurent le sort de tous les autres et les pasteurs furent bannis, les uns à six lieues de leurs temples détruits, les autres hors du ressort du parlement de Pau. La terreur volait devant les soldats : dès qu’on voyait poindre les uniformes rouges et les hauts bonnets des dragons ?, des corporations, des villes entières envoyaient leur soumission à l’intendant. Une panique presque universelle glaçait les cœurs. La foule des religionnaires signait ou acceptait verbalement une confession de foi catholique, se laissait conduire à l’église, courbait la tête sous la bénédiction de l’évêque ou du missionnaire, et le canon et les feux de joie célébraient l’heureuse réconciliation. Les protestants qui avaient espéré trouver un refuge dans la liberté de conscience sans culte extérieur voyaient s’évanouir cette dernière espérance. Foucault ne tint nul compte des arrêts du conseil, qui régularisaient les baptêmes, les mariages et les décès des protestants, parce que, mandait-il au ministre, « dans la disposition présente d’une conversion générale dans très- « peu de temps, ce seroit exposer ceux qui chancellent et endurcir « les opiniâtres. » Le conseil rendit un nouvel arrêt confirmatif des précédents et spécial au Béarn. Foucault, suivant ses propres termes, « ne jugea pas à propos de l’exécuter ». Cette insolence fut impunie. Le succès justifia tout. Avant la fin d'août, les vingtdeux mille protestants du Béarn furent convertis, sauf quelques centaines. Foucault, dans ses Mémoires, où il étale ses triomphes avec cynisme, n’en avoue pourtant pas tous les moyens. S'il confesse que « la distribution d’argent a beaucoup attiré d’âmes à l'église », il ne dit pas comment il tint sa promesse d'empêcher « que les soldats ne fissent aucune violence. » Il ne raconte pas les brutalités, les dévastations, les tortures employées contre les ré-