‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 23 sur 341 · Mém. de Foucault, p · texte numérisé non relu

Mém. de Foucault, p

2. On employa surtout les dragons, comme servant à pied et à cheval, et propres à tout,

calcitrants, les outrages aux femmes, ni ces soldats se relayant d'heure en heure pour empêcher leurs hôtes de dormir pendant des semaines entières, jusqu’à ce que ces malheureux, hébétés, en démence, sigrassent une abjuration*.

Le roi ne vit que le résultat. La résolution fut prise d’envoyer partout ces missionnaires bottés qui avaient si bien réussi en Béarn. Louvois manda, de la part du roi, le 31 juillet, au marquis de Boufflers, leur générai, de les conduire en Guyenne et de « les « loger entièrement chez les religionnaires… observant d'essayer « de diminuer le nombre des religionnaires, de manière que, dans « chaque communauté, les catholiques soient deux ou trois fois « plus forts qu'eux; en sorte que, lorsque, dans la suite, Sa « Majesté voudra ne plus permettre l'exercice de cette religion « dans son royaume, il n’y ait plus à appréhender que le petit « nombre qui restera puisse rien entreprendre ?. » On retirerait les troupes à mesure qu’on aurait atteint ce but dans chaque lieu, sans prétendre tout convertir sur-le-champ. On pousserait les ministres à passer en pays étranger, bien loin de les retenir de force : les pasteurs éloignés, on aurait plus facilement raison du troupeau. Les soldats ne devaient pas faire « d’autres désordres que de retirer 20 sous (par jour) par cavalier ou dragon, et 10 sous par fantassin. » Les excès devraient être sévèrement punis. Louvois, dans une autre lettre, avertit le général de ne pas céder à toutes les suggestions des ecclésiastiques, ni même des intendants. On ne comptait pas pouvoir aller aussi vite qu’en Béarn.

Ces instructions font connaître avec précision, non pas ce qui fut fait, mais ce que le roi voulait qu’on fit. Les subalternes, bien sûrs de l’impunité en cas de succès, agirent bien plus selon l’esprit de Louvois que selon ses paroles dictées par Louis. Le roi, quand par hasard il apprenait qu’on avait dépassé ses ordres, châtiait rarement les transgresseurs, de peur qu’on ne püt « dire aux « religionnaires que Sa Majesté désapprouve quoi que ce soit de « ce qui a été fait pour les convertir. » Louis XIV ne sacrait done

A. Hist. de l'Édit de Nantes,t. V, liv. XxX11. — Mém. de Foucault, p. 278-287. — Ces Mémoires d’un persécuteur sont, malgré bien des réticences, le monument contemporain où l’on voit le mieux la conduite et les ressorts de la persécution.

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