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PACTE CONTRE LA FRANCE

titre de roi d'Angleterre que le père avait conservé sans réclamation depuis que Louis XIV avait reconnu le roi Guillaume? Le dauphin et le duc de Bourgogne insistèrent pour l’affirmative, au nom du principe dynastique : les ministres d’état se prononcèrent énergiquement pour la négative, au nom des intérêts de ja France. Le roi se résigna d’abord à suivre l’avis de ses ministres et à sacrifier son inclination à ses vrais devoirs. Mais à peine était-il sorti du conseil, que la reine d'Angleterre, femme de Jacques Il, vint le trouver chez madame de Maintenon et le conjura, en pleurant, de n'être pas moins généreux envers son fils qu'envers son mari, de ne pas lui refuser « un simple titre, seul reste de tant de grandeur. » Madame de Maïntenon joignit ses instantes prières à celles de la reine déchue. Louis céda. Il annonça à Jacques II mourant qu’il reconnaîtrait Jacques III. Un accès de sensibilité, chez madame de Maïntenon, si rarement conduite par le sentiment, fut plus fatal peut-être à la France que tous ses calculs intéressés !.

Jacques IT mourut le 10 septembre et les honneurs royaux furent aussitôt rendus à son fils. Louis XIV essaya en vain d’atténuer l'effet de cet acte par une espèce de manifeste où il énonçait l'intention d'observer le quatrième article du traité de Ryswick, c’est-à-dire « de ne point troubler le roi Guillaume I dans la possession de ses états. » À la nouvelle de la reconnaissance de Jacques IT, Guillaume rappela l’ambassadeur qu’il avait encore en France et chassa d'Angleterre le chargé d’affaires de Louis XIV. Une explosion de colère éclata dans toute la Grande-Bretagne *. Des adresses furent expédiées de toutes parts à Guillaume contre le roi de France, « qui osait faire à la nation anglaise l’affront de prétendre lui imposer un roi.» Guillaume tenait désormais l'Angleterre. Ilse réconcilia avec les whigs et repassa de Hollande en Angleterre au mois de novembre, après avoir réglé avec jes États-Généraux et l'ambassadeur de Léopold les contingents de la

1. Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xvii. — Mém. de Berwick, t. I‘, p. 169 et p. 498, note 4.

2. Les surtaxes ou les prohibitions qu’on venait d'établir en Krance sur les marchandises anglaises, en réponse aux démonstrations hostiles de Guillaume III, avaient dé5à très-mal disposé les classes commerçantes,

88h LOUIS XIV. (2701)

future campagne. L'empereur promit de solder quatre-vingt dix mille combattants; la Hollande, cent deux mille! Guillaume, pour la seconde fois depuis un an, déclara le parlement dissous et, en convoqua un autre, fin décembre. Les whigs l'emportèrent de quelques voix, et les tories s’abandonnèrent au mouvement national pour ne pas perdre toute influence. Guillaume ouvrit la session par un discours très-violent et très-belliqueux. Les deux chambres répondirent par des adresses plus violentes encore. Les lords déclarèrent qu’il n’y aurait point de sûreté « jusqu’à ce que l’usurpateur de la monarchie d’Espagne eût été mis à la raison. » Les communes votèrent à l’unanimité un contingent de cinquante mille soldats et de trente-cinq mille matelots, outre les subsides pour les auxiliaires danois et allemands : elles demandèrent qu’on insérât dans tous les traités d'alliance un article interdisant de faire la paix ayec la France, jusqu’à réparation de l’outrage fait au roi et à la nation anglaise. Un bill d’attainder (mise hors de la loi) fut lancé par les deux chambres contre le prétendu Jacques IE.

Tout était donc préparé selon les vœux de Guillaume; mais il ne devait pas voir le succès de ses plans. Le 4 mars 1702, une chute de cheval déchira son poumon malade et précipita sa fin. L’opiniâtre adversaire de Louis le Grand expira Le 19 mars, à o1 ans, absorbé, jusque dans la mort même, suivant l’énergique expression de Saint-Simon, par la pensée du système politique dans lequel il avait mis toute son âme, et consolé par la certitude que ce système lui survivrait ‘, Il s'était assuré un successeur moins passionné, mais aussi redoutable que lui dans les négociations et plus redoutable dans la guerre. C'était ce John Churchill, comte de Marlborough, qui l'avait trahi naguère? mais chez qui il avait reconnu le seul génie capable de continuer son œuvre; en le faisant l’homme le plus puissant de l'Angleterre, il espérait obtenir de lui une fidélité posthume fondée sur l’intérêt. [] l'avait donc fait, dès 1701, général des troupes anglaises

. Il laissait à l'Angleterre, pour soutenir ce système, des forces navales telles qu’elle n’en avait jamais possédées; deux cent quatre-vingt-deux navires de guerre, dont cent trente vaisseaux de ligne. — Sainte-Croix, t. Il, p. 90.

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