PACTE CONTRE LA FRANCE
grandes positions militaires et maritimes contre la France. Guillaume n’avait omis qu’une chose, c’était de régler un autre partage dans le partage, celui entre l'Angleterre et la Hollande; œuvre plus difficile encore que le reste!
La guerre ne commença pas cette année aux Pays-Bas ni sur le Rhin. L'empereur et ses alliés n’étaient point encore en état d’attaquer la Belgique, et Louis XIV ne s’occupa qu’à réorganiser militairement ce pays, où finances, troupes, places fortes, étaient dans le dernier délabrement. Il n’y avait en tout que dix mille hommes de troupes; les cavaliers étaient à pied ; les arsenaux et les magasins étaient vides. La France fut obligée de tout fournir, argent, ustensiles et soldats. Les places furent réparées le moins mal qu’on put et l’on couvrit le pays entier par une immense ligne fossoyée et semée de redoutes, qui s’étendit de la Meuse à la mer, sur soixante-dix lieues de développement, gigantesque ouvrage qui satisfit et rassura les populations belges, mais dont l'utilité réelle fut bien controversée entre les gens de guerre. Au delà de cette ligne, par la Gueldre espagnole, fortement occupée, on donnait la main à l’électorat de Cologne. L’électeur de Bavière avait entraîné son frère de Cologne dans les intérêts des deux couronnes : singuliers retours de la politique! C'était ce même Clément de Bavière que l’empereur avait fait électeur de Cologne malgré la France et dont l'élévation à l’électorat avait été la cause immédiate de la Guerre de 1688‘. Louis XIV, au reste, ne cherchait pas précisément de ce côté des alliances offensives : il ne souhaitait point de porter les hostilités sur le Rhin ni outre Rhin, et ce qu’il voulait de l'Allemagne, c'était qu’elle gardât la neutralité entre lui et la maison d'Autriche. C'était d'accord avec lui que l'électeur de Bavière était allé dans son duché négocier un acte de neutralité qui fut signé, le 31 août, entre le cercle électoral du Rhin et les cercles de Bavière, de Souabe, de Franconie et du Haut-Rhin. La diète germanique parut d’abord disposée à prendre
1. L’électeur de Cologne avait signé un traité secret avec le roi dès le 13 février : l'électeur de Bavière signa le sien le 9 mars. Le roi consentit que les deux électeurs ne se déclarassent pas offensivement avant d’avoir levé des forces suffisantes et s’engagea à ne point faire de paix que les électeurs n’eussent été remis en possession de tout ce que la guerre leur avait enlevé. — Hist. abrégée des Truités de paix, etc., par ñe Koch, refondue par Schæll, t. II, p. 22.
la même attitude; mais l’empereur, secondé par l’énergique fiplomatie anglo-batave, fit de violents et d’opiniâtres efforts pour changer ces dispositions trop pacifiques et pour rallumer les passions de 1689. Les électeurs de Trèves et de Mayence étaient compris dans l’union des neutres comme membres du cercle électoral du Rhin : Louis XIV eût désiré que l'électorat de Cologne et l'évêché de Liége, avec le cercle de Westphalie dont ils dépendaient entrassent dans cette association; maïs le chapitre archiépiscopal de Cologne, en lutte avec son archevêque et tout autrichien, s’y opposa et protesta contre l’union des neutres : les troupes hollandaises et celles de l'électeur palatin menaçaient d’envahir l'électorat pour soutenir le chapitre et la ville de Cologne : l’électeur appela les Français dans les places de l'électorat et à Liége (novembre 1701). La guerre fut dès lors inévitable sur le Bas- Rhin et il devint très-probable que l’union des neutres ne tarderait pas à se dissoudre.
La guerre générale était devenue inévitable à la fin de l’année; elle ne l'avait pas été absolument jusqu’au mois de septembre. La Hollande eût certainement hésité à prendre l'initiative, si l’Angleterre ne l’eüt poussée, et l'Angleterre elle-même hésitait. Les tories, malgré les démonstrations belliqueuses de la dernière session, conservaient leur répugnance pour la guerre, et la classe si puissante des fabricants et des commerçants balançait entre son antipathie pour la France et le souvenir des pertes effroyables infligées au commerce par la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Guillaume craignait de n’obtenir que bien difficilement les moyens d’exécuter les conventions de la nouvelle triple alliance et, de plus, on était maintenant assuré que Guillaume ne dirigerait pas longtemps la coalition : il luttait en vain . contre la phthisie qui l’entraînait visiblement vers la tombe. La mort prochaine de Guillaume pouvait profondément modifier la politique européenne. |
Sur ces entrefaites, le beau-père et le rival de Guillaume, le roi détrôné Jacques IT, fut pris à Saint-Germain d’une attaque d’apoplexie qui le laissa prolonger quelques jours son agonie. Une question de la plus haute gravité fut posée dans le conseil de Louis XIV. La France reconnaîtrait-elle au fils de Jacques II ce