‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 24 sur 341 · PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

PERSÉCUTION

décliner, devant l’histoire, sa part de cette terrible responsabilité‘.

L'événement dépassa les espérances du roi et de Louvois. La Guienne se rendit aussi facilement quele Béarn. L'église de Montauban, chef-lieu de la Réforme dans ces contrées, se réunit en grand e majorité, après quelques jours de vexations soldatesques; Bergorac tint un peu plus longtemps; puis toute résistance collectiv € cessa. Les villes et les bourgs envoyaient, de dix ou douze lieues, aux chefs militaires, leurs promesses d’abjuration. En trois semaines, il y eut soixante mille conversions dans la généralité de Bordeaux ou de Basse-Guienne, vingt mille dans celle de Montauban ou de Haute-Guienne. D’après les rapports de Boufflers, Louvois, le 7 septembre, comptait qu'avant la fin du mois, ilne resterait pas, dans la Basse-Guienne, dix mille religionnaires, de cent cinquante mille qui s’y trouvaient le 15 août. « Point de courrier, » écrivait madame de Maintenon, le 26 septembre, « qui n'apporte au roi de grands sujets de joie, c’est-à-dire des nouvelles de conversions par milliers ?. » Les seules résistances qu’on daignât remarquer çà et là, c’étaient celles d’un certain nombre de gentilshommes de province, gens de mœurs simples et rigides, moins disposés que la noblesse de cour à sacrifier leur foi à l’intérêt et à la vanité. :

La Guienne soumise, on fit marcher l’armée de Béarn, partie en Limousin, Saintonge et Poitou, partie en Languedoc. Le Poitou, déjà dragonné en 1681 par l’intendant Marillac, venait d’être si bien travaillé par le successeur de Marillac, Lamoignon de Basville, aidé de quelques troupes, que Foucault, envoyé de Béarn en Poitou, n’y trouva plus qu’à glaner. Le roi fit même recommander par Louvois de ne pas prétendre convertir tout d’un coup tous les religionnaires, de peur que les familles riches et puissantes, qui avaient dans leurs mains le commerce de ces contrées, ne prissent le parti de s’enfuir par mer (8 septembre). Basville, grand administrateur, mais d’une dureté inflexible , fut expédié de Poitou en Bas-Languedoc, dans la première quinzaine de sep-

1. V. les lettres de Louvois dans Rulhière, p. 212. — Cependant M. de Noaïlles (t. II, p. 417) cite une autre lettre où le roi parle d’exemples à faire contre les officiers qui s’'échapperoient.

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