‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 244 sur 341 · BATAILLE DE VELEZ-MALAGA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE VELEZ-MALAGA

des Français! La reprise de Gibraltar eût été probablement la conséquence de la victoire !!

On ne retrouva pas plus l’occasion de reprendre Gibraltar, qu’on n'avait retrouvé l’occasion de marcher sur Vienne. La bataille de Velez-Malaga fut la dernière grande Journée de cette marine qu’avait créée Colbert et qui expira entre les maïns de Pontchartrain. Louis XIV, moins clairvoyant et plus obstiné dans ses choix à mesure qu’il vieillissait, garda Pontchartrain, malgré les justes plaintes du comte de Toulouse, et'le ministre ne tarda pas à persuader au roi que les grandes flottes étaient inutiles et que des escadres séparées suffisaient pour protéger le commerce français et inquiéter celui de l'ennemi. L'état désastreux des finances ne venait que trop en aide aux arguments de Pontchartrain. Il eût fallu, du moins, entretenir cette marine à laquelle on enlevait les chances des grandes choses ; mais on laissa tout dépérir, le matériel, les cadres, les ports même. Pontchartrain, dans un mémoire justificatif, en rejeta plus tard la faute sur Chamiilart.

On essaya cependant de reconquérir Gibraltar par un siége en règle. La flotte, en retournant à Toulon, avait laissé devant Gibraltar, déjà ravitaillé et renforcé, une escadre chargée de seconder un petit corps d’armée franco -espagnol qui attaquait par terre. Mais le général espagnol, Villadarias, ne sut ni conduire les attaques, ni profiter des travaux dirigés par Petit-Renau, notre illustre ingénieur maritime ; les Anglais, après avoir réussi, à la fin de novembre, dans une première tentative de secours, en préparèrent une autre sur une plus grande échelle, vers la fin de l'hiver. Le chef de l’escadre de blocus, Pointis, le vainqueur de Carthagène, sachant que le vice-amiral anglais Leake avait sur lti une énorme supériorité, s'était retiré à Cadix pour attendre un renfort de Toulon; le conseil de Castille lui enjoignit de retourner devant Gibraltar. Il obéit ; il avait treize vaisseaux français et quatre galions contre trente-cinq vaisseaux anglo-bataves; un coup de vent dispersa son escadre, et il fut attaqué, avec cinq vaisseaux, par toute la flotte ennemie : il se battit, quatre heures durant, un contre sept ; trois vaisseaux français furent pris après

1. Hist. de la puissance navale de l'Angleterre, par Sainte-Croix, t. Il, p. 104-110. — Villette, p. 154-349. -- Saint-Simon, t. IV, p. 232-236.

avoir repoussé trois fois l’abordage ; Pointis et un autre se firent jour, s’'échouèrent et se brülèrent à la côte. Il en avait coûté aux Anglais deux vaisseaux coulés et plusieurs démâtés (21 mars 1705). Le siége fut levé quelques semaines après (fin avril).

L'Italie seule présentait à Louis XIV des sujets de consolation.

Les alliés n’avaient pu faire leur grand effort en Allemagne, qu’en négligeant l'Italie et en sacrifiant leur nouvel auxiliaire, le duc de Savoie, au succès de leur plan général. A la vérité, le secours amené par le général Stahremberg, en janvier, avait momentanément sauvé le duc, en empêchant le siége de Turin; mais ce secours fut le seul de toute l’année, et Le petit corps laissé par Stahremberg sur le Bas-Pô et réduit à cinq ou six mille hommes ne reçut aucun renfort au printemps. Dès le commencement d’avril, ce corps, pressé par les troupes françaises de la Secchia, aux ordres du grand-prieur, frère de Vendôme, fut contraint d’évacuer les positions qui lui restaient au midi du Pô, excepté la Mirandole. Tandis que les Impériaux étaient abandonnés à euxmêmes, l’armée française était remontée par douze mille recrues et par une amnistie offerte aux déserteurs qui rejoindraient leurs drapeaux. Le Piémont, au mois de mai, fut attaqué de deux côtés à la fois. Le corps qui avait occupé, presque sans résistance, toute la Savoie, sauf Montmélian, passa les Alpes et prit Suse (1°'-12 juin), pendant que Vendôme investissait Verceil. Le roi, par une circonspection exagérée, avait empêché Vendôme d’entreprendre une opération plus décisive, c’est-à-dire d’assiéger Verrue, qui couvrait Turin, à la vue de l’armée austro-piémontaise retranchée à Crescentino. Durant le siége de Verceil, le grand-prieur, avec le corps de la Secchia, se porta au nord du PÔ et chassa les Autrichiens à l’est de l’Adige; de là, ils regagnèrent le Trentin, d’où ils étaient partis en 1701. La Lombardie était complétement débarrassée, sauf la petite place de la Mirandole, et toute la guerre

1. Sw les affaires d'Espagne et de mer, v. Quinci, t. IV, p. 400-454. — Mén. de Louvilie, t. I, p. 127-154, ct t. I‘, passim. Louville attribue les revers d'Espagne à ce que Louis XIV, par un trop grand ménagement pour les préjugés et pour les ombrages des Espagnols, n'avait pas entrepris assez résolûment la réforme de leurs conseils et de tout leur gouvernement, Il eût voulu qu’on envoyât, de France, dès 1701, trois hommes capables, énergiques, pour réorganiser les finances, l’armée et la marine espagnoles. Il est douteux que l'Espagne se fût laissé faire,

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