Saint-Simon, t. V, p
3. Il n'avait pu payer aux troupes une partie de leur solde qu’en empruntant plus de 16 millions à des banquiers juifs, dout 11 au seul Samuel Bernard.
sité, C’était un nouveau Pontchartrain, avec même facilité brillante et hardie, même don d’éblouir et d’entrainer, mais plus de savoir spécial en matière de finances : les fautes qui avaient enta ché sa jeunesse ne se renouvelèrent jamais. Le langage que lui tint le roi en l’installant au contrôle-général attesta que Louis ne se faisait aucune illusion sur l’état des choses. « Je vous serai obligé si vous pouvez trouver quelque remède, et ne serai point du tout surpris si tout continue d’aller de mal en pis". »
La situation était, en effet, la plus effrayante possible. C'était le chaos du temps de Mazarin, mais avec une nation épuisée et qui semblait avoir vieilli comme son roi, au lieu d’une nation pleine d’ardeur et de séve. Les sept années de guerre avaient coûté plus de 1,346 millions, dont plus de 400 millions fournis par les affaires extraordinaires, 386 en dettes exigibles, 69 en anticipations sur 1708 et les années suivantes, etc. Les revenus ordinaires n'avaient fourni que 387 millions, beaucoup moins du tiers de la dépense totale! Déduction faite des charges et des anticipations, il ne restait guère que 20 millions de disponibles pour 1708! Desmaretz débuta par deux mesures nettement accentuées. D'une part, il rétablit la pleine liberté de payer, soit en argent, soit en billets, ce qui fit ressortir l’argent de dessous terre; d’autre part, sentant la nécessité d’assurer à tout prix le service de l’armée, il rejeta sur 1709 le remboursement des fonds consommés d'avance sur 1708 et, par cette suspension de paiement, expédient fort irrégulier, mais nécessaire, il se procura les moyens de faire subsister les armées. Des créations de rentes au denier 16, de nouvelles créations de charges et offices plus étranges et plus parasites les uns que les autres, diverses affaires extraordinaires, quelques anticipations qui portèrent jusque sur 1716, complétèrent les ressources de l’année. On autorisa les particuliers à se racheter de la capitation en payant comptant six années, dont le roi leur ferait la rente au denier 20 (septembre 1708). C'était un nouvel avantage accordé aux riches aux dépens des pauvres, sur qui tout l'impôt devait ensuite retomber *. On doubla les droits
1. Saint-Simon, t, VI, p. 103. — Compte-rendu de Desmaretz au régent, ap. Forbonnais, t. II, p. 180.
2. Le clergé s'était déjà racheté moyennant 4 millions par an pendant huit ans,