‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 288 sur 341 · DÉTRESSE DE L’ÉTAT · texte numérisé non relu

DÉTRESSE DE L’ÉTAT

avance de deux cents pistoles. Les Français prisonniers en Hollande y meurent de faim, faute de paiement de la part du roi... Les blessés manquent de bouillon, de linge et de médicaments. Le pain est presque tout d’avoine. Le prêt manque aux soldats : les officiers subalternes souffrent à proportion encore plus. »

Pour comble de malheur, Villars, très-souffrant des suites de sa blessure, ne fut point en état de rejoindre l’armée de bonne heure : il avait demandé Berwick pour auxiliaire ; on eût dû envoyer Berwick au plus tôt à sa place; on n’en fit rien et on laissa provisoirement le commandement de la frontière à un général médiocre, au maréchal de Montesquiou. On n’avait point de fourrages, ce qui devait retarder le rassemblement de l’armée jusque vers la mi-mai, et l’on se figurait que les alliés, de leur côté, ne marcheraient pas avant juin. Ils marchèrent dès la mi-avril. Eugène et Marlborough rassemblèrent rapidement soixante mille hommes et tombèrent sur ces lignes de l’Artois qu’ils n’avaient osé attaquer lorsque Villars était derrière. Montesquiou, surpris, avec huit ou neuf mille hommes, près du canal de Douai à Lille, n’eut pas le temps de réunir ses forces et se retira sur Cambrai. Les ennemis franchirent les lignes et investirent Douai (22- 25 avril.) L'armée française ne fut en état de s’approcher de la ville assiégée qu’au bout d’un mois. Sur la fin de mai, Villars et Berwick débouchèrent par Cambrai et vinrent présenter la bataille aux alliés dans les plaines entre Arras et Douai. Ils pouvaient avoir quatre-vingt-dix mille hommes: les ennemis, qui avaient fait des efforts prodigieux, en avaient au moins cent trente mille; mais il leur fallait garder le canal de Douai à Lille contre les partis français et leurs lignes de siêge contre la garnison de Douai forte de sept à huit mille hommes et très-bien commandée. Ils n’acceptèrent pas la bataille en plaine et restèrent derrière les retranchements qu’ils avaient élevés de Vitri sur la Scarpe jusqu’à Hennin-Liétard, près du canal de Lille. Il était impossible de les y forcer. Villars se retira sous Arras et Berwick le quitta pour aller se mettre à la tête de l’armée des Alpes. Le gouverneur de

1. Fénelon, t. V, p. 141. Les usuriers prenaient 80 p. 100 d’escompte sur des billets de subsistance délivrés aux officiers au lieu d'argent! Villars, p. 192.

Douai, n’espérant plus de secours, capitula le 25 juin avec les honneurs de la guerre.

Villars s'était placé de manière à couvrir à la fois Arras et les places qui nous restaient sur l’Escaut. Les ennemis, se retournèrent contre Béthune (14-15 juillet.) Béthune, petite place médiocrement fortifiée, fut très-bravement défendue et ne se rendit que le 29 août. Pour pouvoir pénétrer plus avant en France, il fallait passer sur le corps à Villars, qui était venu s’établir entre les sources de la Scarpe et de la Canche, protégeant Arras et Hesdin et prêt à devancer les ennemis à Boulogne. Eugène voulait attaquer : les Hollandais, qui se souvenaient de Malplaquet,refusèrent. Au lieu de pousser devant eux, les ennemis assiégèrent à la fois Aire et Saint-Venant sur leurs derrières (6 septembre). Saint-Venant, mauvaise petite place de terre, n'avait guère de défense que la faculté de s’entourer d’inondations : la sécheresse lui en retira en partie les moyens; elle se défendit néanmoins jusqu’au 30 septembre. Aire, qui avait été fort en renom autrefois, était beaucoup plus grande et mieux munie : les pluies d’octobre lui facilitèrent les inondations qui avaient manqué à Saint-Venant; elle résista avec une extrême énergie ; elle finit toutefois par être obligée de capituler le 9 novembre. L’ennemi occupa ainsi tout le cours de la Lis *.

Les troupes françaises avaient partout fait leur devoir : la campagne n’en était pas moins malheureuse, puisque les ennemis avaient arraché encore un lambeau de la frontière. La France se défendait pied à pied; mais sa chute ne semblait plus être pour ses adversaires qu'une question de temps et de persévérance.

Comme en 1709, cependant, les alliés avaient échoué dans leurs aftaques contre le sud-est. Vers le Rhin, on s'était contenté de s’observer : vers les Alpes et la Méditerranée, au contraire, les alliés avaient arrêté un plan assez redoutable. Le comte de Thaun, avec le gros de l’armée austro-piémontaise, descendit par le coi de l’Argentière dans la vallée de Barcelonette (21 juillet). Son projet était de pousser sur Gap et de donner la main aux nouveaux converlis dauphinois, qui devaient prendre les armes et se

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